Mobilisés contre la réforme des retraites, 29 étudiants, suspectés de dégradations de biens publics, interpelés

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FranceSoir
Publié le 28 janvier 2023 - 13:30
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Une trentaine d’étudiants de l'école des hautes études en sciences sociales (EHESS) ont été interpelés par les forces de l’ordre lundi 23 janvier au campus Condorcet à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
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Une trentaine d’étudiants de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) ont été interpelés par les forces de l’ordre lundi 23 janvier au campus Condorcet à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), à Paris.

Opposés au projet de réforme des retraites du gouvernement d’Elisabeth Borne, les étudiants ont occupé un local associatif pour exprimer leur rejet du texte. Ils ont été suspectés d’avoir “dégradé des biens publics”. Leur interpellation tout comme l’intervention de la police dans un campus à la demande du président de l'université a été décriée dans les milieux universitaires. Nous nous sommes rendus sur ce campus en vue de recueillir le témoignage d'étudiants de l'université.

Lundi dernier, une assemblée générale s’était tenue sur ce campus. Une partie des étudiants ont décidé d’occuper, en guise de protestation contre la réforme des retraites, un local associatif et culturel installé au fond du campus universitaire. Les forces de l’ordre ont surgi une vingtaine de minutes plus tard pour interpeler et embarquer 29 étudiants.

Les étudiants, placés en garde à vue, étaient suspectés, selon le parquet de Bobigny, de “dégradations de biens publics”. Ils étaient soupçonnés d’avoir abîmé des portes d’accès, peint des caméras de surveillance et couvert les surfaces vitrées de “bandes occultantes afin d’empêcher toute visibilité depuis l’extérieur”. Après 22 heures de garde à vue, ils ont été relâchés sans aucun motif de poursuite, a expliqué l’un de leurs avocats.

Cette intervention des forces de l’ordre dans le campus, sollicitée par le président du campus Condorcet, Pierre-Paul Zalio, a été qualifiée “de l’erreur politique de l’année” par une étudiante.

Interrogés par Mediapart, les personnes interpellées ont décrit un climat “intimidant”. “Nous sommes emmenés, menottés par deux, on reste debout dans des camionnettes, les policiers conduisent comme des fous, ils nous font valdinguer dans tous les sens”, a expliqué une étudiante.

Seize d'entre eux ont été entassés pendant des heures dans une cellule vitrée de “deux mètres sur deux” avant une longue nuit sans manger, ni dormir, ni même “aller aux toilettes”. Éparpillés dans différents commissariats pour des interrogatoires par la police judiciaire, les étudiants ont été libérés 22 heures après leur arrivée, sur demande de Pierre-Paul Zalio.

Des forces de l’ordre dans des campus... “irresponsable et dangereux”

Le syndicat étudiant “Solidaires” de l’EHESS a vite dénoncé, le lendemain, l’intervention des forces de l’ordre dans le campus, exigeant la levée des poursuites judiciaires contre les étudiants. Dans la foulée, un mouvement de protestation a eu lieu le mardi 24 janvier, encerclé par une forte présente policière. 

Les étudiants de l’EHESS n’étaient pas les seuls à dénoncer une intervention de la police dans l’université. Une semaine auparavant, les forces de l’ordre ont évacué une assemblée générale à l’université de Strasbourg.

Vincent Legeay, un enseignant-chercheur de l’université de Créteil, présent au rassemblement de mardi, a qualifié les événements “d’hallucinants”, qualifiant la sollicitation des forces de l’ordre “d’irresponsable et de dangereux”. “Les présidents d’université ne doivent pas se sentir autorisés à faire cela”, estime-t-il.

La loi garantit aux étudiants comme aux enseignants un droit absolu à “l'expression politique à l’université”, où “les rassemblements politiques, les contestations” sont “légitimes”. Il convient, “à tout prix”, de ne pas faire venir les forces de l’ordre, rappelle la professeure de droit public Stéphanie Hennette-Vauchez.

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