France Police: le sulfureux syndicat policier qui drague les gilets jaunes

France Police: le sulfureux syndicat policier qui drague les gilets jaunes

Publié le :

Jeudi 17 Janvier 2019 - 17:08

Mise à jour :

Jeudi 24 Janvier 2019 - 15:39
© MEHDI FEDOUACH / AFP
PARTAGER :
-A +A

Syndicat minoritaire au sein du ministère de l'Intérieur, France Police-Policiers en colère l'est nettement moins au sein des Gilets jaunes. Les prises de position du syndicat, proche de l'extrême droite, ont un certain succès auprès des membres d'un mouvement contestataire pour lequel il prend clairement parti.

Des interviews données à des sites dit de "réinformation" de la fachosphère et une équipe syndicale où se côtoient des personnes proches de l'extrême droite ou encore membre du Rassemblement national: le syndicat France Police-Policiers en colère, plutôt marginal au sein des forces de l'ordre, fait beaucoup parler de lui sur les réseaux sociaux depuis le début du mouvement des Gilets jaunes.

Le syndicat s'est fait remarquer par une frange des Gilets jaunes sur les réseaux sociaux pour ses déclarations très hostiles au gouvernement et en faveur des contestataires. Michel Thooris, le secrétaire général de France Police-Policiers en colère, expliquait sur RT France, la chaîne d'information russe en français inféodé au Kremlin, qu'il n'avait jamais vu une telle réponse sécuritaire en 20 ans de métier. Une petite phrase qui a été très remarquée par les réseaux sociaux.

Notons également que France Police est la seule entité qui propose un décompte des manifestants depuis le début du mouvement. Leurs chiffres sont très largement supérieurs à ceux du ministère de l'Intérieur. Le 24 novembre, le syndicat avait ainsi recensé un million de manifestants, contre 81.000 selon les autorités. Le samedi 5 janvier lors de l'Acte 8, le syndicat a estimé la participation à 300.000 manifestants, contre 84.000 selon Beauvau. Des chiffres qui ont un certain succès sur les pages des réseaux sociaux proches de Gilets jaunes ou se revendiquant comme tel. Le dernier comptage a également été partagé par des pages internet bien plus sulfureuses comme le site de Salim Laïbi, un militant complotiste et antisémite qui a été un temps poche d'Alain Soral avant de se brouiller avec lui.

Joint par France-Soir, Michel Thooris explique utiliser deux méthodes différentes pour arriver à ces estimations: celle du comptage fixe et celle du comptage par cliché. Soit deux méthodes régulièrement utilisées par les syndicats, les instituts de sondage et l'Intérieur pour dénombrer les participants d'une manifestations.

"Les chiffres du ministère de l'Intérieur sont sous-évalués. Si on prend les chiffres de Beauvau de l'Acte 9, il y aurait eu un policier ou gendarmes déployé pour un manifestant. Tout le monde peut constater que ce n'était pas le cas", argumente Michel Thooris.

Lire : Gilets jaunes gravement blessés: la colère monte et met la police sous pression

Une apparence de crédibilité et de neutralité qui ne doit toutefois pas faire oublier le profil très engagé des dirigeants de ce syndicat se définissant pourtant "100% apolitique". En épluchant le profil de ses cadres, il ressort ainsi une forte représentation de l'extrême droite. Michel Thooris a lui même été élu sous l'étiquette du Rassemblement Bleu Marine, et était le conseiller "Police" de Marine Le Pen pour les élections présidentielles de 2012. Il est régulièrement l'invité de RT France. Il a d'ailleurs donné plusieurs interviews à des sites de la fachosphère, notamment Riposte Laïque, connu pour son islamophobie manifeste et grand colporteur de Fake News, dont la dernière en date sur le traité d'Aix-La-Chapelle. Michel Thooris y a signé un billet en octobre dernier concernant le fait qu'en Italie "on a le droit de tirer sur son cambrioleur". De son propre aveu, il décrit les émeutes de 2005 en banlieue comme une "intifada aux cris d’Allahou Akbar".

On retrouve également dans l'équipe dirigeante de France Police un certain Damien Monchau, élu au conseil national du RN ainsi qu'ancien candidat (battu) du Front national aux législatives de 2017 et aux municipales partielles de 2015 à Vénissieux. Mais aussi Marc Taïr, membre du comité de soutien de Marin Le Pen pour la présidentielle de 2012; Smaïl Khaldi, de la très droitière Union des patriotes français juifs, que préside également Michel Thooris; ou encore Jean-Paul Laurendeau, historique du syndicalisme d'extrême droite. Celui-ci, "membre fondateur honoraire" de France Police, a ainsi créé et dirigé le syndicat "FN-police" en 1995 et lancé son équivalent en prison "FN-pénitentiaire" en 1996 (deux organisations dissoutes par la justice dès 1998).

Interrogé par France-Soir Michel Thooris balaye les accusations portant sur l'étiquette "extrême droite" accolée à son syndicat: "Je suis moi-même juif, mon bras droit est d'origine maghrébine et mon trésorier est musulman. Si c'est cela être d'extrême droite... Je précise que nous sommes le seul syndicat policier à proposer la légalisation des produits stupéfiants et à soutenir les blessés parmi les gilets jaunes". Quant à son engagement politique, il reconnaît être élu sous la bannière du Rassemblement national et avoir été un conseiller de Marine Le Pen. "Louis Aliot est même un très bon ami. Pour autant, ça n'interfère pas sur mes activités syndicales. Beaucoup de personnes dans les syndicats on une activité politique annexe", tient-il à préciser.

Ses interviews données à Riposte Laïque? Michel Thooris n'y voit aucun inconvénient. "C'est un site qui fait de l'audience et où je peux parler de mon syndicat, c'est ce qui importe. Si BFMTV me donnait l'occasion de m'exprimer à son antenne j'irais. Je répondrais même à L'Humanité si ils me posaient des questions".

Voir:

Les Gilets jaunes se préparent pour l'Acte 10

Gilet jaune blessé à Bordeaux par la police: Olivier, pompier, est dans le coma

"Ils lui ont tiré en pleine tête": la colère de la femme d'Olivier, victime de LBD

Le syndicat France Police est plébiscité par une partie des Gilets jaunes.


Commentaires

-