Guy Degrenne met les petits plats dans les grands

Guy Degrenne met les petits plats dans les grands

Publié le :

Mardi 10 Novembre 2015 - 12:40

Mise à jour :

Jeudi 19 Novembre 2015 - 07:56
Guy Degrenne perfectionne son art de la table depuis 1948. A 67 ans, le design et l’esprit du n°1 européen dans la fabrication des couverts n’ont pas pris une ride. Et ses partenariats avec des grands noms de l’hôtellerie et de la restauration n’y sont pas pour rien.
©Guy Degrenne
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La rédaction de FranceSoir.fr

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L’entreprise d’art de la table Guy Degrenne a su garder après 67 ans d’existence une qualité et un savoir-faire qui font d’elle le leader européen et le n°2 mondial de la fabrication de couverts. Son créateur –qui a donné son nom à la marque– fut un visionnaire et un homme très apprécié de son entourage. La petite histoire raconte qu’à la naissance de Guy Degrenne, son père aurait oublié de le faire déclarer à l’état-civil. C’est son oncle qui se chargea de cette formalité. Après être passé par quelques bistrots normands, il aurait oublié l’ordre des prénoms. Au lieu d’Emile-Guy, le nourrisson fut baptisé Guy tout court.

Enfant brillant, Guy Degrenne étudia à Caen jusqu’à son admission à l’ESSEC. Son père tenait une forge à Tinchebray (Normandie) dans laquelle il fabriquait des couverts en fer blanc, un matériau relativement peu solide. Le jeune homme réussit non sans difficultés à convaincre son père de troquer le fer blanc contre de l’inox. C’est à ce moment-là, en 1948, qu’il créa avec son père et son frère l’entreprise à laquelle il donna son nom.

L’entreprise avait besoin d’acier pour couler ses couverts, or la France n’en avait que peu. Guy Degrenne eu alors l’idée de récupérer ledit matériau des chars américains du débarquement normand.

Un spot publicitaire en contre-pied

L’intelligence de Guy Degrenne fut en réalité loin de l’image de cancre qui lui sera donnée par la première publicité de l’entreprise, Proviseur (1978). L’entrepreneur avait saisi l’importance de la télévision comme nouveau vecteur auprès des Français. A cette époque, les écrans couleur existent depuis une décennie mais il prend le parti de réaliser une publicité vieillotte et en noir et blanc. Le coup de com’ fonctionne à merveille, le chiffre d’affaires s’envole et Guy Degrenne marque les esprits.

Guy Degrenne sera la 2e société française à utiliser l’open space et s’informatisera très tôt. En 1987 le créateur considère qu’il a fait son temps à la tête de l’entreprise et qu’aucun de ses enfants n’a la carrure pour reprendre l’affaire. Il la cède à Table de France. L’industriel ne remettra jamais les pieds dans son entreprise. "A la mort de Guy Degrenne en 2006, des clients sont venus présenter leurs condoléances dans nos boutiques. Certains se demandaient même si l’entreprise allait perdurer. Or Guy Degrenne n’était plus à la tête de son entreprise depuis une vingtaine d’années déjà", explique Thierry Villotte, président du directoire de l’entreprise depuis 2008, à FranceSoir.

Après son rachat par Table de France, l’entreprise se tourne au-delà des couverts vers la porcelaine. Elle rachète deux entreprises situées à Limoges et à Alföld (Hongrie) et continue son ascension à la fin des années 90.

La crise économique de 2008 rend la gestion de l’entreprise plus difficile. "Lorsque j’ai pris la direction du groupe en octobre 2008 je me rappelle que la banque Lehman Brothers venait de faire faillite quelques semaines plus tôt. Le contexte était difficile et ma nomination a été un signal fort envers les investisseurs et la direction de l’entreprise car je m’occupais de la finance du groupe depuis 5 ans",  explique Thierry Villotte.

Une théière Salam vendue toute les 5 minutes

Pour conserver une longueur d’avance, l’entreprise lie de manière très régulière des partenariats avec de grands noms de la restauration. "On considère que notre marque doit être premium et les restaurateurs nous sont très utiles pour innover et adapter au mieux notre art de la table", ajoute le dirigeant. L’entreprise vend aux professionnels (30%) et aux particuliers au travers des 700 points de vente de la marque dans le monde (30%), le reste étant destiné à la sous-traitance. Quatre sites de productions situés à Vire (Calvados), Limoges, Alföld (Hongrie) et Siam Tableware (Thaïlande) se partagent la production, les usines françaises restant essentiellement axées sur le haut de gamme et l’artisanal. L’entreprise a en effet conservé un savoir-faire minutieux récompensé par le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant). Ce succès lui rapporte 85,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014 dont 25% à l’export. Sa théière Salam est grand succès de la marque, il se vend une toute les cinq minutes dans le monde!

L’usine de Vire et ses 4 hectares a dû diversifier son activité de manière importante pour tourner à plein régime. Elle travaille désormais en partie pour le nucléaire, le médical, la parfumerie et l’électroménager. "Les Français côtoient les produits Guy Degrenne sans le savoir dans leur quotidien", explique l’actuel président du directoire. Et les produits de l’usine rencontrent un fort succès outre-Rhin. "Les Allemands nous commandent beaucoup de produits et, on ne le dit pas assez souvent, le savoir-faire français a du succès en Allemagne".

Une nouveauté est venue célébrer le début de l’année 2013: "id-listes". Le concept consiste à créer des listes de mariage ou de cadeaux communs alimentées sur une carte Visa. Cette carte de paiement permet à ses bénéficiaires de régler leurs achats dans les magasins partenaires. "Nous sommes actuellement en partenariat avec une dizaine d’enseignes, toutes françaises. L’objectif est de monter le ratio à une cinquantaine", explique Thierry Villotte.

Un défi que l’entreprise entend relever avec ambition, en cohérence avec l’avant-gardisme de son créateur.

 

 

La cloche tapissée d’une feutrine de la théière Salam permet de conserver le thé à une température optimale deux fois plus longtemps que dans une théière classique.


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