César 2016: la diversité au cinéma est un pari risqué

César 2016: la diversité au cinéma est un pari risqué

Publié le 27/02/2016 à 17:56 - Mise à jour à 18:08
©Pyramide Distribution
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
-A +A

Si les César 2016 ont fait la part belle à la diversité, l'historien et sociologue Gérard Noiriel appelle à ne "pas tomber dans l'angélisme et croire que tous les problèmes sont pour autant résolus". Car, selon lui, traiter la diversité au cinéma reste un challenge, un "risque financier que peu de producteurs sont prêts à prendre".

Les César ont fait une belle place à la diversité, en sacrant Fatima meilleur film et en décernant à une de ses actrices, Zita Hanrot, le César du meilleur espoir féminin, mais il "ne faut pas tomber dans l'angélisme", estime le sociologue et historien Gérard Noiriel. Ce spécialiste de l'immigration - auteur d'un ouvrage sur le clown Chocolat (Bayard) qui vient d'être adapté au cinéma -, souligne que la diversité sur grand écran représente une importante prise de risque que peu de producteurs sont prêts à prendre.

 

Plusieurs films nommés cette année aux César illustrent la diversité. Est-ce un hasard, selon vous, ou le cinéma reflète-t-il une évolution de la société?

"Il est vrai que le cinéma, notamment en France, fait plutôt figure de bon élève avec des oeuvres qui, de plus en plus, rendent compte du caractère pluriel de notre société. Toutefois, il ne faut pas tomber dans l'angélisme et croire que tous les problèmes sont pour autant résolus. La diversité est loin d'être satisfaisante dans d'autres milieux à commencer par la politique qui, comme le cinéma, se trouve dans le champ de la représentativité de la société".

"Dans le football aussi, il y a eu la coupe du monde 1998, Zidane et le fameux slogan Black-Blanc-Beur, dont on a vu qu'il n'a pas résisté au temps. La question se pose sans doute avec plus d'acuité aux Etats-Unis, pays capable d'élire un président noir, où la diversité au cinéma est encore plus importante que chez nous et où l'on voit pourtant surgir des polémiques aux Oscars parce qu'ils n'accorderaient pas assez de places aux acteurs issus des minorités".

 

La diversité au cinéma sert-elle la cause des minorités?

"Bien que présente, elle peut aussi être là pour de mauvaises raisons et il faut y prendre garde. Le problème se posait déjà à l'époque du clown Chocolat, cet artiste noir qui a été très populaire en France à la Belle Epoque. Il avait une ambiguïté quant aux motifs de sa réussite. Avait-il du succès parce qu'il avait du talent où parce que le public se moquait de lui ? Lui même a été traversé toute sa vie par le doute à ce sujet.

"Et si les temps ont changé - nous ne sommes plus à l'époque coloniale - cette question n'est pas forcément obsolète aujourd'hui. Par exemple, la critique a été faite au film Intouchables, notamment aux Etats-Unis, où l'on a dit qu'Omar Sy jouait le rôle du jeune de banlieue au service du bourgeois blanc, répondant ainsi à un stéréotype bien établi".

 

Quels sont les obstacles à une plus grande diversité dans le cinéma ?

"Les enjeux économiques au cinéma sont considérables. Et même si l'on considère que la France est une société plurielle, la grande majorité des Français va se définir par rapport à des critères franco-français. L'intérêt que le grand public va porter à un film répond aussi à des logiques d'identification à des héros, à des personnages".

"Dès qu'on décide de s'attaquer à des codes, de casser certains préjugés ou schémas traditionnels, on fait un pari. Traiter aujourd'hui un sujet comme celui des migrants équivaut à prendre un risque financier que peu de producteurs sont prêts à prendre. Tout le talent du créateur réside dans sa capacité à aborder des sujets non consensuels sans brusquer le spectateur mais tout en étant capable de faire bouger les lignes insensiblement".

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Cette année, "Fatima" de Philippe Faucon a remporté le César du meilleur film.

Newsletter


Fil d'actualités Culture




Commentaires

-