Une crise économique aux conséquences sans pareil pour l’emploi. Un dur réveil

Auteur(s)
Xavier Azalbert - Directeur de la Publication
Publié le 11 avril 2020 - 18:09
Mis à jour le 16 avril 2020 - 12:19
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Le dur reveil
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nile de Pixabay
Une crise économique sans pareil, un dur reveil
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EDITO : Un mois déjà de confinement avec, comme l’a dit le ministre de la Santé : « on entrevoie une pâle lueur  » sur le front des hospitalisations. Les chiffres continuent à grimper mais moins vite. "On arrive a un très haut plateau épidémique" mais on ne connait pas sa forme ni sa durée.  L’activité médiatique autour de l’épidémie est sans pareille, jour et nuit et la consommation d’internet explose au point que les opérateurs en diminuent le débit. Sur le plan des aides 500 milliards débloqués par l'Europe (240 milliards pour les états, 200 pour les entreprises et 100 milliards pour le chômage partiel). Les 37 millions de français confinés, après l’euphorie initiale des premiers jours, se posent tous des questions : Que va-t-il se passer après le confinement ?  Les 8 millions de français au chômage partiel se demandent : Aurai-je toujours un travail en septembre ?

Quelques semaines avant la crise, les dirigeants, les marchés pensaient qu’il y avait peu d’incertitude et se sentaient très à l’aise dans leurs prévisions.  Aucune entreprise n’envisageait un plan d’activité réduit à 20% ou 50% malgré l’existence de l’épidémie en Chine. Bien sûr il y avait eu l’incertitude du Brexit, de la guerre commerciale sino-américaine mais au 28 février cela semblait derrière nous.  A ce moment-là, l’incertitude n’avait jamais été aussi grande car un tsunami sanitaire se préparait qui allait demander aux entreprises de modifier dramatiquement leurs prévisions et de s’adapter.

Aujourd’hui, confinés, nous pensons que l’incertitude est élevée car nous ne savons pas quand le confinement va être levé ni comment. Cependant si l’on regarde bien, l’incertitude n’a jamais été aussi faible.

Nous sommes confinés, c’est un fait, la crise sanitaire va durer, l’Etat est intervenu avec un soutien sans précédent aux entreprises. Les salariés ont leurs salaires payés. Les français n’auront peut-être pas de bal au 14 juillet, mais l’analyse médicale avançant, le taux de mortalité lié au Covid 19 est très faible.  La Grippe de 2018 particulièrement mortelle, n’a pas demandé de confinement ni un arrêt de l’économie avec plus de six millions de français en chômage partiel. La bourse a dévissé, elle baissera encore s’il y a une seconde vague.

Lire aussi : Pâques : quand on teste les limites de la confiance des français, les cloches sonnent.

Les français s’inquiètent, non pas pour leur santé, mais sur ce qui va se passer après. Après l’effet d’aubaine du robinet de la dette et des aides, le réveil des français face à l’emploi sera dur et la reprise ne se passera peut-être pas en « V » comme le prédisent certains mais peut être en « L » c’est-à-dire un plateau plus bas, plus lent qu’une reprise rapide.  Le tourisme, le transport se remettra lentement de cette situation ; 2022 prédisent certains.

Les crises engendrent de multiples abus liés aux effets d’aubaine : des employés au chômage partiel travaillant à 100%, d’autres au chômage dans des entreprises qui n’en ont pas besoin car elles ont la trésorerie, d’autres mis en arrêt technique pour cause de Covid (exemple de La Poste avec la désorganisation des premiers jours, des villages ont eu leurs bureaux de poste fermés pendant 15 jours).  Cependant, pour 7% des français, la crise aura été source d’opportunités (certaines parties du secteur médical, l’agriculture, la logistique) requérant des adaptations temporaires du code du travail pour permettre de déplafonner les heures travaillées. Les cabinets comptables ne font plus la comptabilité mais passent leur temps à faire des Prêts Garantie par l’Etat pour leurs clients.

Un dirigeant d’une entreprise agroalimentaire fait le tour de ses usines avec un matelas dans sa voiture dormant avec les routiers sur les aires d’autoroute car les hôtels sont tous fermés. 3000km par semaine pour s’assurer que tout le monde est au travail et respecte les conditions sanitaires pour que les français puissent encore se nourrir.

Le gouvernement doit prendre les mesures économiques pour le moyen terme rapidement afin de ne pas creuser l’écart entre les français. Après le choc initial du confinement, un temps de réflexion et de la raison, comment expliquer le choix cornélien donné à nos concitoyens entre rester à la maison payé à 70 à 95% selon les conventions et aller travailler à 100% en se mettant en danger.

Notre système social repose sur l’éducation à la base. Cette éducation qui doit nous tirer vers le haut.  Aujourd’hui nous sommes dans un système de transition proche d’un système répressif. Eduquer les gens à travailler en situation de crise sanitaire est une nécessité. En temps normal beaucoup d’entreprises sont soumises à des contraintes d’hygiènes sanitaires (agroalimentaire, grande consommation) mais aussi celles des métiers plus à risques (désamiantage, traitement des déchets, pétrochimie) ou encore celles travaillant avec des salles blanches ou la moindre poussière est malsaine (industrie pharmaceutique, circuits intégrés), tout cela pour ne pas parler des chirurgiens qui portent masques, gants et tenues aseptisées pour éviter toute transmission de bactéries. Toutes ces entreprises utilisent masques, combinaisons et autres équipements de protection.  A-t-on déjà vu un soudeur ne pas utiliser de masque de protection ? On a même réussi à faire porter la ceinture de sécurité à tous les français ; l’éducation et la formation fonctionnent.

Le vent des aides sans fin de l’Etat pourrait tourner.

Il est temps que l’Etat reprenne le contrôle de sa responsabilité éducative et plutôt que d’assigner les français à résidence qu’il propose des solutions alternatives pour que chaque français puisse travailler sereinement. La peur ne dure qu’un temps, les ressources financières ne sont pas infinies, et on sait bien que la fin justifie les moyens. Les chiffres sur l’épidémie doivent être mis en perspective par rapport à d’autres conditions médicales comme par exemple la grippe de 2018 ? On s’étonne des décès en ephad (25% des décès en France, 400 par jour) alors qu’en temps normal ceci n’est pas la priorité du gouvernement ni des français. 

La vérité est due aux français qui peuvent l’entendre. Ils ont l’habitude de s’adapter et d’apprendre comme ils le démontrent quotidiennement dans les métiers et filières qui l’imposent.

L’horizon des salariés pourrait s’obscurcir, après un été confiné, qu’il y ait des tests, des masques ou pas, le retour au travail sera un choc. «Impact Covid, combien de personnes seront rétrogradées pour faire partie des français qui ont encore un travail »  Combien de personnes diront « je bosse, mais retour à l’usine, de directeur commercial, je deviens préparateur des commandes internet ».

Il ne faudrait pas non plus que cela tourne à la tempête pour le gouvernement

Le confinement, sûrement une mesure sanitaire essentielle, aura permis d’aplatir la courbe des admissions à hôpital et de mieux la gérer.  Est-ce que le risque était réellement sanitaire ou était-ce un risque d’ordre public. Qu’arriverait-il si les seuils des admissions en hôpitaux étaient dépassés ?  Est-ce que les banlieues se seraient soulevées entrainant la France dans la rue avec de la violence.

Agir vite sur les bons leviers en évitant les effets d’aubaine, afin d’éviter que l’histoire de ce gouvernement ne s’écrive avec un sentiment de 6ieme, 7ieme ,8ieme,…, 15ieme semaine de congés payés.  En segmentant les personnes entre emplois de première nécessité et les autres, cela génère un sentiment d’inégalité alors que pour créer un sentiment d’unité d’autres actions sont possibles, certaines entreprises ont mis tout le monde à 50% le matin.

Un discours présidentiel pour annoncer la prolongation du confinement, la gestion de la crise et non l’heure du bilan, un soutien à la première ligne en plein emploi et sur activité et à la seconde ligne confiné en chômage temporaire ou pas, une nouvelle doctrine sur les gestes barrières et équipement de protection. Cependant sans réponses, même partielles aux préoccupations des français, le risque est d’en laisser plus d’un sur sa faim. Cette période si propice à la prise de conscience collective doit être mise au meilleur usage afin d’envisager le monde d’après.

« Je vous signale entre parenthèses que si le gouvernement actuel n´est pas capable d'assurer la catastrophe, il est possible que l'opposition s'en empare ! »  Raymond Devos.

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