Chronique N°50 – « Il faut vraiment d’urgence apprendre à compter à nos Énarques »

Chronique N°50 – « Il faut vraiment d’urgence apprendre à compter à nos Énarques »

Publié le 05/02/2021 à 16:17
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Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir
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Tribune : Petit tutoriel pour bien analyser les données chiffrées et prendre les bonnes décisions dans la gestion de la pandémie

En avril 2019, après « le grand débat », Emmanuel Macron voulait supprimer l’ENA, pour « renouveler les élites » selon Les Echos (ici). Il affirmait alors « Nous avons besoin d’une élite de décideurs ». Le Chef de l’État avait-il pressenti à l’époque, le naufrage des décisions administratives qui allaient être prises quelques mois plus tard pour lutter contre la pandémie, sans résultats probants sur le plan sanitaire, par lui-même (promotion Senghor), ainsi que par ses camarades Edouard Philippe (promotion Marc-Bloch) et Jean Castex (promotion Victor Hugo), entraînant le marasme de nos vies économiques, sociales, culturelles, gastronomiques… 

 

Nous remarquons ici qu’aucune promotion de l’ENA n’a pris le nom d’un mathématicien…

Déjà le principe du « Quoi qu’il en compte » qui signifie littéralement que l’on ne compte plus la dépense, à lui seul prouve l’aversion de nos énarques pour le calcul, l’arithmétique, et préfigure même celle pour la géométrie.

Le désintérêt de nos Énarques pour les maths, explique certaines incohérences dans leurs décisions.

 

En voici un exemple récent :

Dans sa dernière recommandation publiée le 21 janvier 2021 (ici pour une synthèse succincte, et ici, pour le document complet avec argumentaire très creux, mis en ligne le 28 janvier) pour faire face aux nouveaux variants du Sars-Cov-2, le Haut Conseil de Santé Publique prône le doublement de la distanciation sociale (ou mieux, « physique ») qui passe de 1 mètre à 2 mètres, comme le rappelais le Dr Pierre-Louis Drouais, Membre du Conseil Scientifique où il représente les médecins généralistes, et Vice-Président à la Haute Autorité de Santé de la Commission Recommandations, pertinence, parcours et indicateurs, interviewé sur France Info le 23 janvier 2021 (À 11:44 de l’enregistrement audio : ici)

 

Pierre-Louis Druais « Je rappelle les distances barrières qui sont en train d’augmenter à 2 mètres. La distanciation physique est importante, aussi l’aération des locaux »

Nous noterons qu’aucune étude clinique prouvant une réduction des contaminations virales obtenue en respectant une distance de 2 mètres par rapport à 1 mètre, n’est produite dans ce rapport de recommandation de 25 pages… Déjà la distanciation d’un mètre ne reposait sur aucune donnée probante !

 

En ce qui concerne l’efficacité attribuée aux masques, de quelque catégorie qu’ils soient, je ne peux que vous suggérer de (re)lire ma chronique N°49 : ici.

 

Il est vrai que pour la population, le fait de croire en l’efficacité du masque est rassurant, et auto-alimente la croyance religieuse en un bout de tissu fixé par un élastique…

 

C’est dans ce contexte, et on peut le penser, en toute connaissance de cause, que Jean Castex prenait la décision de rehausser la jauge de 1 personne pour 8 m2, à 10 m2, le vendredi 29 janvier. Le lendemain sur France Info (À 16:39 de l’enregistrement : ici). « Vous écoutez France Info, il est 17h30. Et un nouveau point sur l’information avec Pauline Renoir « Plus que quelques minutes pour terminer vos courses dans les grands centres commerciaux. Près de 400 hyper de plus de 20.000 m2 ferment ce soir pendant au moins 4 semaines. Nouvelles restrictions sanitaires contre l’épidémie de covid, les rayons alimentaires restent ouverts. Une autre contrainte pour les commerces, validée cette après-midi lors d’une réunion avec le ministre de l’économie, la jauge de fréquentation des grandes surfaces est renforcée. On passe à 10 m2 par client au lieu de 8 pour un magasin de plus de 400 m2 ».

 

Mais alors, n’y aurait-il pas une incohérence entre ces deux mesures administratives, la distanciation sociale à 2 mètres et la jauge à 1 personne pour 10 m2 ?

 

Vérification élémentaire :

La surface d’un cercle de rayon r est égale à : π x r²

Résolvons l’équation suivante :  10 m2 = 3,14 x r2

D’où : r = √10/3,14 = 1,785 m (avec n’importe quelle calculette ou sur son téléphone mobile)

 

Pour avoir une distanciation de 2 mètres, il aurait fallu une jauge de 3,14 x 22, soient 12,56 m2

 

Après, l’importance de l’analyse des données chiffrées sur lesquelles baser ses décisions est évidemment primordiale. Commençons par voir ce que nous disent les données hospitalières, puisque nous sommes un pays « hospitalo-centré »

L’évolution des décès covid-19 déclarés à l’hôpital depuis le 1er mars 2020 jusqu’au 2 février 2021

La vitesse de montée du pic de décès covid19 à l’hôpital, saute aux yeux. Elle a été sensiblement identique lors de la première vague (pic du 6 avril) et de la deuxième vague (pic du 9 novembre). Les confinements, dur pour le premier (17 mars), assoupli pour le second (30 octobre), n’ont nullement retardé l’ascension, contrairement à l’objectif qui leur avait été assigné. Ils devaient permettre d’éviter la submersion des capacités de réanimation. En revanche, la descente est ralentie, les décès s’égrènent pendant de longues semaines. La répétition des confinements semble aggraver ce phénomène. La descente est chaque fois plus lente.

 

L’exécutif qui (enfin) a choisi d’éviter un nouveau reconfinement, commencerait-il à percevoir les méfaits du confinement sur le plan sanitaire ? Enfermer à l’aveugle, conduit à mélanger dans un même foyer des porteurs du virus avec des « naïfs », et propage l’infection à la maison.

L’évolution du nombre de patients vovid-19 en réanimation depuis le 18 mars 2020 jusqu’au 2 février 2021

Plutôt que de s’en remettre à des modèles mathématiques pour faire des projections hypothétiques, il est préférable d’observer les séries statistiques collectées lors de la pandémie. Pour les patients hospitalisés en réanimation pour covid19, nous assistons à une atténuation des pics, toujours dissymétriques avec ralentissement à la montée comme à la descente, mais aussi, et cela devrait inquiéter, l’atteinte d’un plateau, qui pourrait à chaque fois se situer plus haut que le précédent. Cette allure des courbes en « marches d’escalier » est problématique.  

 

Plus que la hauteur des pics, c’est l’aire sous la courbe qu’il convient de prendre en compte. En date du 2 février 2021, et depuis le 1er mars 2020, le covid-19 à « consommé » 7,5 fois plus de journées d’hospitalisation en réanimation après le premier pic, qu’avant…

 

L’évolution des nombres de patients covid-19 hospitalisés tous services entre le 18 mars 2020 et le 2 février 2021

Le phénomène prend de l’ampleur lorsque l’on examine la courbe des patients hospitalisés pour covid-19, « tous services ». L’impression que le virus repart de plus belle après chaque déconfinement, devrait amener à reconsidérer l’intérêt de confiner.

 

L’examen de la mortalité covid19 par million d’habitants doit encore plus interpeler les responsables politiques

 

LA MORTALITÉ PAR MILLION D’HABITANTS EST 9% PLUS ÉLEVÉE DANS NOTRE PAYS PAR RAPPORT À LA SUÈDE QUI N’A PAS CONFINÈ, NI FERMÉ, NI DÈCONFINÉ, NI RECONFINÉ !

 

La Suède s’en sort mieux et souvent beaucoup mieux, que les pays qui ont confiné durement : France, Italie, Espagne, Royaume Uni. Seuls quelques pays qui n’ont pas été des adeptes du confinement dur et généralisé, font mieux que la Suède : Suisse, Pays-Bas, Allemagne.

 

Mise en garde : Les échelles sont très variables d’un pays à l’autre, puisque ces pays ont des populations différentes et ont pris des mesures variables contre la pandémie. Il est plus pertinent de comparer les cumuls de décès par million d’habitants et d’observer le tracé des courbes depuis mars 2020 jusqu’au 2 février 2021.

La Suède avait été durement touchée par la pandémie au printemps, puis s’était refaite une santé pendant l’été et au début de l’automne. Elle a compté jusqu’à 38% de décès par million d’habitants en moins que la France. Elle a été à nouveau frappée fortement depuis des semaines avec une deuxième vague décalée par rapport à la nôtre. Mais la courbe actuelle semble indiquer la fin du pic, l’hémorragie serait sur le point d’être jugulée. Il se pourrait qu’elle reprenne des couleurs dans les semaines à venir et qu’elle accentue jour après jour son avance sur les pays qui ont enfermé leur population.

 

Les données de Santé Publiques France permettent d’établir la faute majeure de l’exécutif dans la gestion de la pandémie pour les personnes âgées vivant en EHPAD.

Le Ministre Véran et la Ministre déléguée chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon, n’ont pas eu que des propos malheureux lorsqu’ils ont déclaré « Il faut protéger les personnes âgées, mais sans les isoler ». L’absence d’isolement strict en chambre individuelle et l’arrêt de la distribution des repas 3 fois par jour en salle à manger, qui seul aurait pu les protéger, n’a hélas pas eu lieu.

 

A partir du 18 octobre, une inflexion brutale de la courbe des nouveaux cas positifs en EHPAD a propulsé le nombre de résidents infectés au-dessus de 150.000. Cela signifie qu’un résident sur cinq a été contaminé.  Entre le 25 octobre 2020 et le 31 janvier 2021, en près de trois mois, les décès de résidents ont doublé à l’hôpital comme en EHPAD (72% des décès de résidents) soient 16.213 décès de résidents, davantage que les 15.582 décès enregistrés le 25 octobre depuis le 1er mars, soit en 8 mois. Un échec cuisant.

 

Ces nombreux décès étaient observés alors qu’à nouveau les réanimations avaient exclu massivement les 75 ans et plus au profit des 65-75 ans…

 

Dans l’analyse des chiffres et indicateurs suivis par l’exécutif pour prendre ses décisions, il convient bien entendu d’identifier les biais.

 

Les courbes de tendance des nouveaux cas positifs et des nombres de tests réalisés sont parallèles et il ne fait guère de doute que les chiffres ne veulent plus dire grand-chose, alors que les tests ont été multipliés par près de 10 entre le 18 mai 2020 et le 31 janvier 2021 !

La positivité des tests reste stable depuis 4 semaines entre 6,5% et 7,1%, bien loin des 21% touchés la semaine 44 (du 26 octobre au 1er novembre 2020). Les variations des nombres de tests réalisés d’une semaine à l’autre sont chaotiques…

Les taux d’incidence des 7 derniers jours pour 100.000 habitants et les taux de positivités des tests restent des indicateurs fortement pris en compte par l’exécutif. Sont-ils vraiment fiables ?

 

Voici les courbes quotidiennes tracés à l’aide des données extraites de la base SI-DEP (système d’information de dépistage)

 

Le taux d’incidence relevé le 1er février à 213, semble stabilisé, et pourrait s’évérer très faussement positif compte tenu de l’augmentation des nombres de tests et de l’introduction des tests antigéniques…

 

Quant à la positivité, elle redescend.

Une tendance à nouveau nette à l’augmentation des nombres de tests quotidiens, tire à la hausse les nouveaux cas positifs au covid19

 

L’ensemble de ces éléments montre que l’exécutif surestime la gravité de la situation sanitaire et surtout, qu’il a jusqu’à présent sur-réagi par des mesures de fermetures qui n’ont pas donné les effets escomptés et ont au contraire empiré le bilan humain, économique, social… de la pandémie.

 

Monsieur le Premier Ministre, le statu quo actuel est certainement préférable à un reconfinement « bête et méchant ».

 

Mais, il serait encore plus salutaire de lever le couvre-feu, de rouvrir les restaurants, les bars, les cinémas, théâtres, salles de spectacles, salles de sports, musées, opéras, remontés mécaniques, et tout ce que vous avez fermé. De lever les obligations inutiles : port du masque, télétravail *, etc…

 

En revanche, il conviendrait de protéger efficacement les résidents en les isolant plus strictement et en imaginant des solutions ** de maintien du lien social avec leur familles, leurs amis, les proches et avec les autres résidents, ainsi que le personnel des EHPAD, dont des animateurs, pour éviter les syndromes dépressifs

 

(*) Madame la Ministre Elisabeth BORNE, qui tient absolument à privilégier le télétravail, serait bien inspirée de lire la seule étude observationnelle publiée ayant évalué ce type de dispositif. Menée au Japon pendant la pandémie H1N1, Miyaki 2011 (voir à la fin de ma chronique N°38 : ici), elle a évalué l’intérêt de renvoyer dans leurs foyers les personnels infectés (en continuant à les payer). Le résultat est sans appel. Les contaminations au sein de l’entreprise diminuent de 20%, mais les infections sont multipliées par 2 dans les foyers !

 

(**) Les relations interpersonnelles des résidents à l’intérieur et à l’extérieur des EHPAD devrait investir largement les outils numériques de communication dans les périodes de pandémies virales

 

Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir

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