De la crise migratoire à la fin du salariat

Auteur(s)
Claude Berger
Publié le 25 octobre 2023 - 17:54
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Tuerie d'Aigues-Mortes
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Illustration du massacre des travailleurs italiens d'Aigues-Mortes d'août 1893, publiée début septembre 1893 en une du supplément dominical du journal La Tribuna.
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TRIBUNE - En matière d’immigration, une étape semble avoir été franchie. Une majorité de la population est désormais convaincue que l’immigration est en lien, d’une part, avec le terrorisme qui a sévi en France depuis un bail, mais d’autre part avec l’insécurité sociale engendrée par les émeutes, les agressions, les vols, les viols et la délinquance avec ou sans usage de drogue, tous critères qui minent la société française. Bref, tout laisse croire que ces violences qui semblent plutôt émaner de milieux migrants (mais pas exclusivement) ne sont qu’un début et qu’il n’y aura pas de retour vers une phase paisible. La raison en est simple, mais exige de lever l’omerta qui règne, tant à droite qu’à gauche, sur le salariat, c'est-à-dire sur le fondement du système de la marchandisation du travail concurrentiel, né au XIVe siècle, qui, à l’instigation des marchands, a façonné les sociétés depuis ces temps.

Un schéma s’est mis en place au cœur de nos sociétés : les travailleurs exploités luttent contre l’exploitation et les organisations patronales ou financières répliquent après coup par l’importation d'une main-d’œuvre étrangère moins chère issue de l’immigration ou par l’exportation des fabriques (qui a alimenté la tendance à la mondialisation du marché du travail ou la robotisation), et, de nos jours au recours à l’intelligence artificielle, pour aboutir à la crise du salariat dans le monde entier, sans tenir compte des cultures des populations migrantes ou exotiques, qui peuvent être détentrices d’une mythologie violente qu’il convient d’analyser au cas par cas.

Le diagnostic du salariat est donc simple, mais censuré : il repose sur la marchandisation concurrentielle du travail, tout le contraire d’une association des travailleurs qui serait fondée sur le partage, l’entraide et un lien social nouveau. Dès lors, on ne voit pas comment ce système pourrait s’opposer à l’immigration qui est son essence même. Après l’Asie, le continent africain, haut lieu de l’animisme, est dans l’attente.

Le salariat est donc une invention. Il succède au servage et à l’esclavage et s’oppose à la corporation. Fernand Braudel, qui en fut l’historien, en proclamait la naissance en 1393 à Auxerre, pour ce qui concerne la France, combinée avec l’individualisme et le chacun pour soi. Une affirmation confirmée plus tard par Turgot puis par Marx qui déclarait : "Le capital et le salariat sont liés l’un à l’autre et disparaîtront ensemble. Il est donc absurde de parler de capitalisme sans salariat." (Fondements de la critique de l’économie politique).

Dès lors, commence ce cycle infernal du capitalisme et la naissance de l’idéologie absurde qui règne à gauche toute : l’importation de mains-d’œuvre moins chères en réponse à la revendication contre l’exploitation se retrouve face aux nouveaux demandeurs d’emplois, ceux-là recrutés individuellement et librement en concurrence, sans tenir compte de leurs cultures, fussent-elles mortifères. Le cycle  "salariat-lutte contre l’exploitation-immigration-marché du travail-exportation des fabriques" est né. La violence de la lutte contre l’immigration s’est exercée souvent, notamment au dix-neuvième siècle, contre les migrants eux-mêmes. Le massacre de travailleurs italiens à la fin du mois d’août 1893 à Aigues-Mortes, dans le sud de la France, reste un épisode de triste mémoire.

La réduction du capitalisme à la seule exploitation dans l’ignorance de la marchandisation concurrentielle du travail reste au fondement de l’aveuglement de la gauche. Sa prétention à la réduction du socialisme au capitalisme d’Etat suit le même aveuglement. Historiquement, cette opération mystificatrice remonte à Lasalle et sera développée par Lénine puis Mao et colportée par les sociaux-démocrates et les partis communistes.

La pensée "absurde" de gauche qui règne toujours aujourd’hui de façon archaïque - façon Mélenchon - ou libérale, a également censuré la pérennisation de la concurrence salariale et l’accroissement du rôle de l’Etat pour prétendre incarner le lien social.

Il est certain que nous vivons la fin de la gauche avec la crise migratoire et la crise du salariat.

Face à cette mutation du marché du travail et face à la hausse prévisible des couches migratoires, les dirigeants politiques ne pourront rester éternellement silencieux ni fuir le débat sur la cohésion de la nation culturelle et sur son avenir socio-économique.

Nous approchons de l’impasse finale du système salarial porteur de la perte du lien social. Il n’est pas trop tard, le possible n’est pas impossible. "Le kibboutz est mort, vive le kibboutz urbain", tel était le titre d’un article que nous avions fait paraître au sujet d’une nouvelle formule née du côté de Tel Aviv dans la revue Le Meilleur des mondes.

Claude Berger est l’auteur, entre autres, de Marx, l’association, l’anti-Lénine, vers l’abolition du salariat (Payot, 1974)En finir avec le salariat, Pourquoi l’antisémitisme, Itinéraire d’un juif du siècle (tous trois publiés en 2013 et 2014 aux éditions de Paris).

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