Feuilleton des incohérences, épisode 3: climat, développement durable, pollution, numérique

Auteur(s)
Caroline Porteu, pour FranceSoir
Publié le 13 juillet 2022 - 13:30
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Changement climatique
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"La priorité consiste avant tout à encadrer les individus dans leur comportement, et non de rechercher les sources d’économie écologique réelles"
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TRIBUNE - L’écologie et son corollaire, le développement durable, sont au cœur des préoccupations des médias qui nous distribuent à foison des informations diverses, pas toujours cohérentes, et des recommandations qui, le plus souvent, paraissent, à l’analyse, poursuivre le but de soulager nos consciences plutôt que constituer des solutions, même partielles, aux problèmes de pollution ou de surconsommation d’énergie.

S’attaque-t-on aux vraies causes ou sommes-nous endormis par un discours lénifiant qui nous détourne des vrais enjeux ?

Imaginer limiter nos chauffages individuels ou rouler en véhicule électrique, pourquoi pas ? Mais le « en même temps » prévaut quand on sait que les Jeux Olympiques de Pékin se sont déroulés sur de la neige artificielle ou que la Coupe du monde de football aura lieu au Qatar où les huit stades seront surclimatisés car installés dans le désert. Ou quand on sait que la compagnie aérienne Lufthansa a effectué 8 000 vols à vide pour préserver ses slots aéroportuaires. Ou enfin quand la politique suggérée par les écologistes allemands conduit le pays à remettre en fonction ses centrales à charbon.

Incohérences sûrement, mais on peut trouver encore mieux en s’intéressant, par exemple, à notre politique agricole, mais aussi aux façons dont nos dirigeants envisagent de mesurer notre soi-disant empreinte carbone, ou, enfin, en s’intéressant au développement exponentiel du numérique.

Relocalisation et autonomie alimentaire contre mondialisation effrénée et recherche du profit à tout prix.

Prenons l’exemple du kilo de tomates espagnoles qui parcourt plus 1 000 km pour arriver dans les rayons de nos grandes surfaces. Il est d’abord produit en serre dans des conditions phytosanitaires déplorables et s’il est moins cher à l’achat, ce n’est qu’une apparence en termes de coût, car cette différence de prix est surtout due aux incohérences fiscales et sociales en vigueur dans l’Union européenne.

D’un point de vue plus global, la première réaction de bon sens qui permettrait de protéger un minimum notre planète devrait être de favoriser la proximité, et non une mondialisation généralisée, source d’inflation et génératrice de profits captés par de grandes multinationales sans que le « ruissellement » ne parvienne vraiment ni aux producteurs, ni aux consommateurs.

Pourquoi faire venir notre viande de pays éloignés alors que nos éleveurs et nos agriculteurs n’arrivent même plus à vivre de leurs métiers ?

Et l’Union européenne, qui veut pourtant bientôt pister notre consommation carbone, vient de signer un traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande pour l’importation de légumes, fruits et viande, alors que nous cultivons ou élevons nous-mêmes la plupart des produits concernés. Imaginons un instant la réalité de l’empreinte carbone de ces produits qui auront traversé la planète !

L’expérience pilote suédoise

Les équipes du Nouvel Ordre Mondial veulent nous imposer très rapidement un suivi de notre consommation carbone individuelle. En Suède, la société Doconomy « souhaite sensibiliser les consommateurs par le biais d’une carte bancaire d’un nouveau genre : l’idée est d’intégrer la notion d’empreinte carbone à l’un des objets les plus utilisés au quotidien dans nos sociétés occidentales. Comment ? En commercialisant une carte de crédit capable de calculer le taux d’émission de CO2 généré par chaque achat. »

Le fabricant du produit, dont les données sont ensuite croisées avec celles du Åland Index, une technologie permettant d’estimer l’empreinte carbone moyenne des fabricants et de leurs produits (utilisation d’eau, d’électricité, de pétrole…). Les résultats détaillés concernant chaque produit acheté seront visibles dans l’application.

L'indice Åland calcule l'impact climatique supposé de vos transactions par carte en utilisant une empreinte carbone moyenne pour chaque industrie. Il détecte donc le lieu d’achat et mesure son impact tout en oubliant d’inclure l’impact de la fabrication et du transport du produit spécifique.

Car ce pistage ne concerne que l’aliment et non pas son site de production, le nombre de kilomètres parcourus, ni la manière dont il a été cultivé : en plein air ou en serre.  Donc, en fait, la tomate achetée en Suède aura la même empreinte carbone, qu’elle soit fabriquée dans la serre d’à côté ou en Espagne. Il y manque d’autres informations essentielles comme le déplacement et les conditions de ce déplacement (camion frigorifique ou autre suivant les produits), mais aussi les informations concernant l’emballage du produit.

Lorsque vous allez chez votre marchand de fruits et légumes, chez votre boucher ou chez votre fromager, il emballe vos achats dans un papier ou vous les met directement dans le sac que vous avez apporté à cet effet. Là aussi, la consommation carbone d’un produit préemballé sous plastique est nettement supérieure à celle des cinq tomates et deux melons versés dans votre sac, ou de votre poulet ou fromage emballé dans du papier. L’endroit où vous achetez (grande surface ou commerce proximité) va également modifier cette empreinte de manière non négligeable, sans parler de la nécessité de prendre son véhicule pour aller dans la grande surface alors que votre commerce de proximité si vous habitez en centre-ville est à quelques mètres de chez vous.

“You get what you measure!” (Vous obtenez ce que vous mesurez), disent les Anglo-saxons. On voit bien ici que la priorité consiste avant tout à encadrer les individus dans leur comportement, et non de rechercher les sources d’économie écologique réelles.

L’incohérence du numérique

Mais il y a une autre incohérence de taille dans cette évaluation : elle repose sur l’utilisation d’outils numériques, cartes de crédit et leurs lecteurs connectés et branchés sur l’électricité (bases de données numériques (data centers) et transport de ces données, qui sont eux-mêmes des gouffres énergétiques producteurs de CO2 et de gaz à effets de serre).

Et c’est là que cette initiative devient encore plus incohérente.

Déjà, on utilise de l’argent numérique, un lecteur de carte numérique, connecté et branché, au lieu d’utiliser un billet ou une pièce de monnaie qui, une fois fabriqués, sont réutilisables un bon nombre de fois, qui ne produisent aucune émission carbone et qui n’ont besoin d’aucune énergie pour fonctionner.

En effet, « le secteur numérique demande beaucoup d’énergie pour fonctionner, c’est un grand consommateur de ressources naturelles non renouvelables. Si Internet était un pays, il serait le troisième consommateur mondial d’électricité après la Chine et les États-Unis. »

Et ces datas centers sont appelés à se multiplier du fait de ce genre d’application de contrôle et, de par la manière dont elles sont organisées, ils consomment eux-mêmes une énergie probablement supérieure à celle nécessaire pour fabriquer les produits mesurés.

Les chiffres de consommation du numérique sont même invraisemblables : « Un data center de 10 000 m² consomme en moyenne autant qu’une ville de 50 000 habitants. Et 40% de cette consommation électrique est utilisée uniquement pour les refroidir. »

« En 2025, 20 % de la consommation d’électricité mondiale et 10 % des émissions de gaz à effet de serre sont attribués aux data centers », rapporte FranceSoir dans son récent article sur le refroidissement des data centers à l’huile de cuisson !

Le passeport numérique et l’identification numérique, comme l’argent numérique que l’on cherche à nous imposer par tous les moyens, font partie des projets des banques centrales ainsi que de l’agenda 2030 de Davos. À terme, toutes les informations concernant notre vie privée seront regroupées : nos habitudes de voyage et de consommation, nos habitudes de dépenses, nos actifs, l’état de notre compte en banque. Mais il s’agit d’une source de pollution supplémentaire qui conduira à une aggravation de nos conditions climatiques, par augmentation drastique de nos dépenses d’énergie et de notre consommation carbone.

Proximité, relocalisation, lien social, monnaie fiduciaire, carte d’identité et passeports papier, sont d’abord les meilleurs moyens de limiter cette consommation énergétique impérative pour le futur de notre planète. L’article qui suit de Grizzlead est parfaitement explicite sur le sujet ainsi que le schéma qui l’accompagne :

La pollution des objets connectés (extrait de l’article de Grizzlead)

« Les objets connectés génèrent à eux seuls 39% des émissions de gaz à effet de serre du domaine du numérique. Ils contribuent également à hauteur de 76% à l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables du monde. 94% des Français ont un smartphone mais seuls 6% d’entre eux sont recyclés dans le pays. Ce chiffre tombe à 5% quand on considère les appareils du monde entier. On estime à 110 millions le nombre de portables inutilisés par les Français qui dorment au fond d’un tiroir.

La tendance qui se dessine n’est pas très optimiste, la planète comptera 48 milliards d’objets connectés en 2025 avec une empreinte environnementale 3 fois plus importante qu’en 2010. »

On voit bien que les sources majeures de consommation carbone et d’émission de gaz à effet de serre ne sont pas forcément celles dont on nous parle. Sans vouloir être passéiste, on peut s’interroger sur le fait que les transformations récentes de nos modes de vie, promues par nos dirigeants, ont une fâcheuse tendance à aggraver significativement la situation.

Faire son marché chez les commerçants de proximité, payer en liquide ou par chèque, garder le même cabas pour transporter ses courses, envelopper les produits dans du papier journal, consigner les bouteilles de verre, échanger les bidons de lait avec le laitier qui faisait sa tournée, tout cela contribuait à limiter notre impact sur la pollution. Sans doute pas une source de développement durable, mais peut-être un pas en avant pour reconcevoir le développement sur des bases plus saines, prenant en compte l’impact réel des évolutions sur l’écologie générale. Avec un effet secondaire positif qui serait de restreindre les velléités de nos dirigeants d’administrer nos vies ! Nul doute cependant que l’idéologie dominante n’y trouvera pas son compte et ne se laissera pas faire !

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