Le gouvernement français a-t-il fait preuve d’une inacceptable ingérence dans la production scientifique en sciences médicales ?

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Jean-Paul Bourdineaud (1), pour France-Soir
Publié le 19 juin 2023 - 14:00
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Braun Véran
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LUDOVIC MARIN / AFP
De gauche à droite, le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran, le ministre français de la Santé François Braun et le ministre français de la Transformation et des Services publics Stanislas Guerini, le 9 mai dernier.
LUDOVIC MARIN / AFP

TRIBUNE/ANALYSE - Le vendredi 2 juin 2023, un fait notable sans précédent a eu lieu dans notre pays. Il concerne un article scientifique en sciences médicales, article proposé pour publication dans une revue scientifique, et rendu disponible et public sur le site MedRxiv (prononcez "med-archive"), une plateforme du prestigieux Cold Spring Harbor Laboratory.

Sous la pression gouvernementale, et à la suite de menaces proférées en plein Sénat par le ministre de la Santé, François Braun, à l’encontre de tous les signataires de l’article, les auteurs dudit article ont décidé de se rétracter et de retirer l’article.  

Il s’agit de l’article de l’Institut Hospitalo-Universitaire de Marseille (IHU-M) montrant que le traitement combiné hydroxychloroquine plus azithromycine diminue par un facteur 2,4 la mortalité par Covid des patients non hospitalisés et par un facteur 1,7 celle des patients hospitalisés

Le 11 juin 2023, le Professeur Raoult a expliqué au micro d’Ivan Rioufol (dans l'émission "Face à Rioufol" sur CNews) que certains jeunes professeurs et chercheurs avaient reçu des pressions et que les auteurs ont collégialement décidé de retirer leur article afin d’épargner d’éventuelles sanctions à l’encontre de ceux ayant subi ces pressions.

Il a ajouté que l’article serait derechef revu, signé par des auteurs ne craignant plus les pressions, puis publié. 

À l’Université, j’enseigne avant tout l’esprit critique, qui est la base essentielle de la production du savoir scientifique. L’objet de cet article est donc de proposer au lecteur une véritable analyse critique de ce qui s’est passé. En tant que fonctionnaire d’État de rang A, il est attendu de moi un devoir de réserve.

Cependant, en tant que professeur enseignant le doute, sel de l’esprit et indispensable dans les disciplines scientifiques, et facilitant la capacité des étudiants à interroger les données scientifiques avec un regard neuf et critique, attitudes tant essentielles dans l’apprentissage de la science, il est aussi de mon devoir, et c’est même une mission des universitaires, d’apporter la critique ainsi que le débat à tout élément qui semble contradictoire d’avec la production scientifique, afin d’éclairer le débat et le public, et notamment dans les champs disciplinaires concernés où mes compétences sont sollicitées.

Le citoyen que je suis est également motivé par le transfert de connaissances scientifiques et technologiques en direction du grand public, afin que mes contemporains puissent exercer leur libre entendement concernant les nouvelles avancées de la science et de la technologie, qui ne sont pas toutes obligatoirement bénéfiques au genre humain. 

Critique de la méthode employée qui a toutes les apparences d’une attaque concertée

La chronologie médiatique des évènements est la suivante :  

  • L’article a été accueilli par medRXiv le 4 avril 2023 ;  

  • Le 28 mai 2023, le journal Le Monde publie une tribune (2) attaquant l’IHU Méditerranée et son article avec demande de sanction, tribune signée par seize sociétés dites "savantes" ;  

  • Intervention du sénateur Bernard Jomier au sénat le 31 mai 2023 (3) ;  

  • Réponse du ministre de la Santé, François Braun au sénateur Jomier durant la même séance ;  

  • Pression exercée sur les auteurs de l’article aboutissant au retrait de celui le 2 juin 2023 (4)

Au cours de cette séquence médiatique, le ministre semble rendre justice à l’éthique et aux demandes des plaignants.  

Une première question se pose : les plaignants sont-ils sincères et agissent-ils de manière dûment éclairée, en leur âme et conscience, et selon leur complet professionnalisme, ou se sont-ils faussement scandalisés afin de constituer la polémique ? Sincérité ou instrumentalisation par les autorités de tutelle ?

Cependant, les plaignants en question ne sont pas les supposées victimes, qui, elles, ont échappé à la mort par Covid en recevant le traitement de l’IHU-M, mais les médecins en contact étroit avec les industriels : jouent-ils le rôle pour lequel leurs maîtres industriels les paient ? C’est-à-dire monter au créneau dès que les profits futurs matérialisés par la vente de milliards de doses de vaccins génétiques pourraient être mis en cause ou s’amenuiser ?

L’hypothèse la plus probable que l’on peut formuler quant à cette agitation médiatique concertée est que le microcosme médico-politico-industriel a élaboré cette mascarade médiatique à l’intention de l’opinion publique, avec une montée en puissance dramatique (tribune des sociétés dites "savantes" gavées de conflits d’intérêts mais néanmoins outragées, sénateur horrifié, puis Ministre de la Santé lui-même scandalisé, et donc bien obligé de réagir).   

France-Soir a révélé le 4 juin 2023 les accointances entre les signataires de la tribune du journal Le Monde et le milieu industriel, puisque le premier signataire, le Pr Mathieu Molimard, a engrangé ces quatre dernières années plus de 41 000 euros, et les sociétés savantes plus de 16,9 millions d’euros.  

Mais à quoi servent ces sociétés dites "savantes" ? Car l’argument d’autorité employé par les médias en se grisant du terme "sociétés savantes" laisse entendre que puisqu’elles sont nombreuses à signer la tribune, et parce qu’elles regroupent en leur sein des dizaines de membres, l’argument du poids se suffirait à lui-même et que nous n’aurions nul besoin de nous interroger plus avant sur la pertinence de ce qui est dénoncé par icelles.

Mais ces sociétés "savantes" ne sont que des baudruches en termes d’avancement de la Science, et ce terme ne sert qu’à impressionner la galerie. Contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord, elles ne créent pas de science, et au mieux facilitent son exercice.

En fait, les membres du conseil d’administration de ces sociétés se réunissent quelques fois par an pour décider de la manière de dépenser la manne délivrée par les industriels : une partie sera dissipée en congrès ou en colloques que ladite société organisera, avec tous les frais afférents, et notamment les transports et logements des collègues invités à venir donner une conférence, et une portion congrue pour financer quelques bourses de thèse à des étudiants méritants ou de petites dotations à des collègues chercheurs sur une thématique précise.

Bien entendu, les industriels généreux donateurs pourront venir déployer leur propagande dans les congrès et colloques organisés par ces sociétés, soit directement, soit par l’affichage des résultats d’un de leurs médecins féaux.  

Ce que le public doit savoir, c’est que les auteurs de l’article de l’IHU-M n’étaient en rien obligés de déposer cet article sur le site de medRXiv. Ils auraient pu tout simplement envoyer l’article aux éditeurs d’un journal scientifique médical. Et que ce serait-il passé ? Et bien, un éditeur (5) du bureau éditorial se serait emparé de l’article et l’aurait proposé à deux ou trois collègues scientifiques réputés pour leurs compétences et savoirs, et ces derniers, après lecture attentive et analytique, auraient rédigé un rapport avec d’éventuelles critiques et demandes de correction.

L’éditeur en question aurait alors dans un second temps demandé aux auteurs de réviser leur article, puis en une troisième étape, l’éditeur, au vu des corrections apportées par les auteurs, aurait refusé ou accepté l’article ; à ce stade-là, l’acceptation est très probable. Et alors toute cette tempête médiatique n’aurait pu se déclencher qu’après l’acceptation finale de l’article, et tout ce beau monde aurait alors été coincé. Le ministre Braun n’aurait pas pu dire au Sénat :  

"Nous parlons ici d’une étude qui a été présentée en 'pre-print', c’est-à-dire qui n’est pas encore acceptée par des revues scientifiques, heureusement devrais-je dire […] Devant cette publication qui pourrait… cette proposition de publication qui pour moi s’apparente à de la provocation, nous serons amenés, et l’étude est en cours avec les services juridiques, à prendre avec ma collègue Sylvie Retailleau pour l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et moi-même, toutes les mesures nécessaires envers l’ensemble des signataires de cet article".  

Les auteurs n’auraient pas pu être aussi explicitement menacés de représailles, et n’auraient donc pas été contraints, sous cette menace, à retirer leur article de medRXiv puisqu’il aurait alors été déjà accepté pour publication et publié par un journal scientifique. 

Mais alors, pourquoi les auteurs ont-ils pris le risque de déposer leur article sur la plateforme transitoire medRxiv ?  

Il y a deux raisons qui motivent les auteurs d’articles scientifiques à agir de la sorte. La première est liée à la compétition scientifique : le dépôt sur medRXiv  se fait en même temps que l’envoi de l’article aux éditeurs d’un journal scientifique où les auteurs voudraient voir publié celui-ci.

Or, le processus d’examen peut prendre entre plusieurs semaines et plusieurs mois, et dans un contexte très compétitif, une équipe peut se voir "doublée" par une autre durant ce laps de temps là, si cette autre équipe a, elle, bénéficié d’un temps d’examen plus court. Donc, le dépôt sur medRXiv assure aux auteurs l’antécédence de la découverte narrée ou des résultats contenus dans leur article.

Mais dans le cas qui nous occupe, cela n’a pas pu être la motivation des équipes de l’IHU-M puisque les résultats médicaux associés au traitement de leurs patients appartiennent à l’IHU-M, et il n’y avait donc aucune compétition possible à imaginer ni même redouter.

La seconde raison est donc la bonne : il s’agit, et dans une optique très généreuse, de divulguer des résultats avant publication dans un journal scientifique, à l’ensemble de la communauté scientifique, afin de lui faire bénéficier des résultats, ce qui est d’autant plus important et urgent pour des traitements potentiellement salvateurs. Les équipes de l’IHU-M se sont donc montrées pleinement éthiques, et paradoxalement les chiens de garde médiatiques se déchaînent en prétendant l’inverse. 

Pourquoi cette manœuvre concertée ? 

La stratégie de mise en place d’une vaccination à l’échelle du monde entier ne pouvait être rendue possible qu’à partir du moment où les traitements médicamenteux alternatifs étaient prétendus inefficaces.

Il fallait donc envoyer aux pelotes l’ivermectine puis le couple hydroxychloroquine/azithromycine en prétextant des méta-analyses leur niant un potentiel thérapeutique, et en ignorant tous les essais cliniques et méta-analyses qui leur en accordaient. Également, les essais cliniques dits "randomisés" ont été portés au pinacle quand les études dites observationnelles (telles que celles conduites à l’IHU-M) sont écartées et prétendues dénuées de valeur scientifique par tous les valets à la solde du Grand Capital industriel. Ces astuces scientistes, véritables outrages à la Science, ont été déconstruites dans "La Science outragée" par le rédacteur de ce texte (6).  

Que sont les essais "randomisés" ? Ce sont ceux qui procèdent par tirage au sort (car le mot anglais random signifie aléatoire, par hasard), et dans lesquels des cohortes de patients âgés malades, atteints du Covid et donc risquant la mort, sont tirées au sort (l’essai Recovery par exemple), jeu pervers à l’issue duquel certains, les chanceux, pourront bénéficier du traitement, et les autres, dindons de la farce "randomisées" devront se contenter d’un placébo, c’est-à-dire de poudre de perlimpinpin.

Ah, mais tout ça est très éthique nous dit-on ! Les patients ont donné leur consentement éclairé paraît-il, et un comité d’éthique a donc déclaré éthique ce qui ne l’était pas, une sorte de fétichisme transsubstantiel, transformant l’immoral en éthique, et ce qui devrait être répréhensible en processus légal. C’est magique, il faut y croire !

Les comités d’éthique fonctionnent donc comme des églises laïques : il suffit de croire à leur magie et toute puissance à déclarer l’éthique. Ce couillon de Mengele aurait dû faire valider ses expériences par un comité d’éthique ayant préalablement déclaré des conflits d’intérêts avec des entreprises pharmaceutiques, et la messe eût été dite. 

On peut imaginer le petit scénario suivant :  

"Bonjour M. Fichu, vous êtes tout vieux décrépi, obèse et l’avenir grevé par tout un tas de comorbidités, et dans ce contexte votre Covid risque bien de ne pas vous permettre d’atteindre la fin du mois si vous n’acceptez pas notre protocole d’essai clinique dans lequel vous aurez la chance de vous voir proposer au hasard le Molnupiravir, le Remdesivir, ou l’excellent paracétamol. Vous êtes d’accord ? Ah, excellent choix ! Dans le cas contraire une mort prochaine serait fort probable. Et puisque nous avons si bien éclairé votre entendement et votre capacité décisionnelle, n’oubliez pas de cocher la case 'dûment informé par l’équipe soignante' !" 

Donc, tous ceux qui ont dit aux malades, restez chez vous et n’appelez votre médecin, ou les urgences mais sans abuser, qu’à partir du moment où vous suffoquez, puis qui ont encensés les vaccins génétiques tout en niant le moindre effet secondaire grave, se retrouvent bien ennuyés aujourd’hui par la preuve qu’il suffisait de gober des médicaments éprouvés depuis des décennies pour leur innocuité et leur grande efficacité contre le paludisme ou des maladies auto-immunes, et maintenant contre le Covid.

Certains d’entre eux se retrouvent tout affolés : "Les profits de nos amis les industriels risquent de chuter, et la conséquence immédiate c’est que je pourrais me voir supprimer mes délicieux 'conflits d’intérêts' en mesure de rétorsion pour mon manque d’efficacité à la cause du Grand Capital vaccinal".

Sans compter qu’un jour le peuple de France serait bien capable de demander des comptes lorsque les effets secondaires graves des vaccins génétiques ne pourront plus être niés, ce qu’ils (les stipendiés) ont réussi à faire jusqu’à présent en osant cette incongruité consistant à dire que la pharmacovigilance n’était qu’un répertoire de cas fumeux dont on ne pouvait tirer aucune inférence quant à la dangerosité des vaccins génétiques.  

La pharmacovigilance est gênante ? Il suffit de dire qu’elle est frappée de nullité et incapable de rendre les services pour lesquels elle a été créée, c’est-à-dire mettre en garde sur d’éventuels effets toxiques et délétères des médicaments. Avec le Viox et le Mediator, les experts de l’AFSSAPS, l’agence précurseur de l’ANSM, disaient la même chose : pas de preuve d’imputabilité de ces médicaments dans la mort des patients les ayant absorbés.  

Le public sait-il que l’ANSM n’a fait qu’acquérir son nom par un tour de passe-passe politique ? Le pouvoir politique de l’époque, en 2012, et afin de faire diversion et de redorer le blason d’une agence flétrie par le scandale du Mediator a décidé de modifier le nom de l’AFSSAPS en ANSM, mais plusieurs experts siégeant n’ont, eux, pas changé, parmi ceux-là mêmes qui traitaient le Dr Irène Frachon de "folle de Brest". 

Tous ceux qui ont lourdement appuyé les vaccins génétiques et surtout ceux qui sont intervenus pour rendre la vaccination obligatoire ont eux-mêmes intérêt à ce que le traitement de l’IHU-M soit déconsidéré. Or, en date du 4 octobre 2021, les sénateurs Bernard Jomier et Patrick Kanner ont proposé un amendement au Code de la santé publique pour la vaccination obligatoire contre le covid, amendement heureusement rejeté le 6 octobre (7)

Et puisque l’incendie risque de les brûler, il convenait d’allumer un contre-feu, en espérant que l’incendie principal ne puisse dépasser certaines limites. Alors les déclarations outragées ont fusé. Tout d’abord, le Pr Molimard feint-il la surprise lorsqu’il déclare dans un article publié par France 3 (8) : "'Nous avons découvert en avril 2023 que des patients avaient été traités jusqu’en 2021 par de l’hydroxychloroquine. Il ne s'agit pas de un, deux ou trois patients, mais de 30 000', reprend le professeur bordelais, toujours estomaqué par cette découverte".  

Mais toute la France savait que ce traitement a continué à être prescrit à l’IHU-M. Lorsque l’article pionnier de Gautret et consorts a été publié en mars 2020 (9), portant sur une quarante-deux patients, la camarilla aux bottes des industriels s’est mise à hululer d’abondance, disant que le nombre de patients était trop faible et que les résultats d’études observationnelles étaient fort peu scientifiques. Mais les mêmes ont ensuite fait mine d’ignorer les articles suivants de l’équipe raoultienne portant sur 80 (10), 1061 (11) puis 3737 (12) patients.

Alors, ces gens-là ignoraient-ils la littérature scientifique médicale ou bien opposaient-ils silence et mépris aux médecins de l’IHU-M, car parler de ces articles aurait inévitablement attiré l’attention du public sur ces résultats mirifiques et en contradiction d’avec la doxa gouvernementale ? Mais maintenant, avec plus de 30 000 patients, les résultats sont irréfragables, et il convenait d’attaquer non pas les résultats, puisque constatés devant huissier ils sont difficilement contestables, mais la supposée méthodologie "déviante" pour reprendre un terme du ministre Braun. 

Seconde étape, la dénonciation par les signataires de la tribune, emmenés par le Pr Molimard, "du plus grand essai thérapeutique 'sauvage' connu à ce jour". Tremblez Français ! Ces redresseurs de torts abreuvés par les mamelles industrielles sont catégoriques dans leur indignation : "Nous estimons que ces prescriptions systématiques ont en outre été réalisées en dehors de toute autorisation de mise sur le marché, mais aussi en dehors de tout cadre éthique ou juridique…".

Un autre article du journal Le Monde (13) se veut rigoureux et nous informe que : "Dès le 27 mai 2020, le Haut Conseil de 
la santé publique (HCSP) avait mis fin aux dérogations concernant les prescriptions d’hydroxychloroquine hors autorisation de mise sur le marché (AMM)… ". Las, les journalistes manquent décidément de rigueur puisque l’interdiction de prescription hors AMM s’est seulement étendue du 25 mars 2020 (en réaction à l’article frauduleux du Lancet prétendant que l’hydroxychloroquine tuait en masse) au 10 juillet 2020.

Et donc, ces prescriptions ont pu reprendre dès le 11 juillet alors que la tournure de phrase employée par les journalistes laisse supposer que l’interdiction perdure depuis le 27 mai 2020. 

Troisième étape, celle niant les soins d’urgence délivrés aux patients et les assimilant à de l’expérimentation médicale. Ainsi, le sénateur Jomier a-t-il déclaré au Sénat : "Un protocole thérapeutique a été mis en œuvre jusqu’au 31 décembre 2021 dans notre pays, portant sur 30 000 personnes et en violation flagrante de la loi protégeant les personnes soumises à une recherche médicale".

Dans sa réponse le Ministre Braun avait surenchéri et parlé de cette étude dans les termes suivants : "Une étude […] qui porte sur 30 000 patients qui ont été traités à l’Institut Hospitalo-Universitaire Marseille-Méditerranée, pour dire les mots, en dehors de tout cadre d’expérimentation clinique, en dehors de tout cadre d’utilisation des médicaments puisqu’ils étaient utilisés hors AMM, autorisation de mise sur le marché".

Ah, les règles du Saint Marché auraient été enfreintes, sacrilège ! Il est bien entendu que l’expérimentation sur les humains, non approuvée par les autorités et réalisée en cachette ou de manière "sauvage" constitue bien un crime. Et donc, l’équipe du Pr Raoult est réduite à une bande organisée de médecins criminels. Ce n’est pas dit explicitement, mais suggéré. 

Mais le sénateur Jomier et le ministre Braun sont pourtant médecins, et tout comme le Pr Molimard, peuvent-ils donc ignorer que les médecins de l’IHU-M avaient toute liberté pour prescrire, même hors AMM, les médicaments honnis par les zélotes industriels ? Et puis entretiennent-ils délibérément la confusion entre le traitement thérapeutique dont ont bénéficié les patients de l’IHU-M, et l’expérimentation clinique et la recherche médicale, ou bien ne serait-ce que maladresse ou surinterprétation de leur part ?

Or, les patients ont été soignés, avec leur accord d’ailleurs, et ceux qui ne voulaient pas du traitement ont pu l’éviter. Il s’agit d’une étude rétrospective, où l’on compare six semaines après le début du traitement les taux de mortalité entre plusieurs groupes soignés avec des médicaments différents ; il n’y a eu aucune sauvagerie infligée aux patients, et aucune expérimentation, comme le confirme une tribune de soutien international (14) accueillant plus de huit milles signatures le 8 juin 2023

Assiste-t-on à un autoritarisme et une immixtion gouvernementale inadmissible dans les affaires scientifiques ? 

En sommes-nous donc arrivés là en France où le gouvernement aurait la volonté d’étendre son contrôle sur la production scientifique, et plus précisément dans ce qui est publié par des équipes scientifiques médicales ? Le personnel politique n’a pas à dire ce qui doit être mis en œuvre ou ce qui ne doit pas l’être en matière scientifique. Pour quelles raisons?  Et bien rappelons-nous l’affaire Lyssenko, ce dernier ayant imprimé sa marque funeste sur la biologie et l’agronomie soviétique.

Lyssenko prétendait que les plantes pouvaient être améliorées génétiquement par la modification des conditions du milieu environnemental, ce qui cadrait parfaitement avec l’idéologie soviétique des masses prolétaires en action, elles-mêmes modifiant les déterminants sociétaux et par là même redessinant l’évolution de la société.

Tous les savants agronomes et biologistes qui ont tenté de montrer que la théorie de Lyssenko était fausse, voire frauduleuse, tous ceux se réclamant de la génétique mendélienne ont perdu leurs postes universitaires et académiques, et plusieurs ont été jugés puis emprisonnés ou internés (comme le botaniste et académicien Nikolaï Vavilov, condamné à mort, sentence commuée en vingt ans de prison, où il mourut d’inanition).

Le biologiste agronome Jaurès Medvedev, ayant critiqué la théorie lyssenkiste, fut interné en hôpital psychiatrique, et en fut libéré après une intense campagne de soutien nationale et internationale. Lui et son frère publièrent un livre (15) dénonçant l’instrumentalisation de la science afin de museler l’opposition. Le régime stalinien décrétait ce que devait être la bonne science agronomique et en réalité tous les champs disciplinaires étaient soumis à cette férule.

Alors bien sûr, l’opposition à la science vaccinale "officielle" ne se solde pas par la mise en camps d’opposants ou à leur internement en hôpital psychiatrique, mais les méthodes d’intimidation restent néanmoins musclées et signent l’entrée en régime autoritaire (je n’ai pas dit dictatorial, puisque le cas échéant, je ne pourrais pas écrire le texte que vous lisez).

Des collègues universitaires ont été sanctionnés, notamment le mathématicien Vincent Pavan et l’informaticienne Emmanuelle Darles, parce qu’ils avaient cru que dans notre pays la parole était libre. Le Dr Amine Umlil, spécialiste de santé publique, a été suspendu parce qu’il a osé répondre à une demande d’audition de la part du Sénat, et dit ce qu’il pensait de la situation épidémiologique. Le Pr Perronne a été sanctionné, et jusqu’au philosophe René Chiche qui écope d’une suspension de trois mois.

Ces graves entorses à la liberté d’expression et d’opinion expliquent-elles le classement calamiteux de la France parmi les démocraties de ce monde, vingt-quatrième en 2022, d’ailleurs rétrogradée dans le groupe des démocraties imparfaites (16) ?

Une question que les citoyens peuvent légitimement se poser est la suivante : le gouvernement tente-il aujourd’hui d’empêcher la publication d’un article scientifique gênant pour les intérêts des amis industriels qu’il semble protéger ? Ou bien, parce que, comme explicité plus haut, le temps viendra où le peuple demandera des comptes aux responsables de cette gabegie ? S’arc-boutent-ils contre le traitement raoultien car reconnaître sa pertinence serait avouer leurs fautes ? Donc, tout serait bon pour discréditer non seulement l’équipe du Pr Raoult mais l’IHU-M en son entièreté : accusation d’avoir mené une expérimentation "sauvage", assortie de menaces à l’égard des signataires de l’article, aboutissant au retrait de l’article.

Dans le génial Vie et destin de Vassili Grossman, le physicien nucléaire Victor Strum décrit toutes les ruses et la cautèle dont il doit faire preuve afin de ne pas déclencher le courroux des sbires staliniens, qui lui imposent, tout ignares qu’ils soient, leur vue sur ce que doit être la recherche en physique nucléaire, pour la plus grande gloire de l’Union Soviétique.

Et bien, en serions-nous rendus là dans notre pays, pourtant inventeur de la Déclaration des droits de l’Homme ? Le gouvernement aurait-il la volonté de dicter à des médecins et chercheurs ce qui peut être acceptable de publier ou ce qui peut être écrit dans des journaux scientifiques ? Or, la liberté thématique de recherche et celle de publier sont des garanties légales inscrites au bulletin officiel. Publier est même l’une des missions des universitaires. 

Le plus étonnant est que les médias reprennent à l’unisson les jérémiades du gouvernement et des médecins à la solde des industriels, et ne dénoncent pas la tentative de mainmise sauvage du gouvernement dans les affaires scientifiques. Pourquoi le Ministre Braun n’attend-il pas le verdict du processus de publication ?

C’est aux éditeurs des journaux scientifiques et aux examinateurs mandatés de vérifier toute la scientificité de l’article, et sa pertinence. De plus, les éditeurs sont depuis plusieurs années franchement féroces sur tous les aspects éthiques. S’il y avait réellement un manquement éthique, l’article ne franchirait pas les fourches Caudines du processus d’examen éditorial. Le ministre Braun le sait, tout comme il sait que l’article, en réalité, ne serait pas inquiété pour un motif éthique : cette connaissance des faits l’a-t-elle contraint à devancer la décision des éditeurs, de manière autoritaire et sauvage en jetant l’anathème sur plusieurs équipes hospitalières de l’IHU-M ? 

Pourquoi les médias ne posent-ils pas cette question ? Pourquoi le ministre Braun refuse-t-il d’accorder confiance aux principes et aux mécanismes de la publication scientifique qui font intervenir quantité de personnes impartiales et dont on supposera a priori qu’elles adhèrent aux principes éthiques en vigueur en sciences biologiques et médicales ? Poser la question reviendrait-il à égratigner le gouvernement et son Ministre, et à reconsidérer la doxa du covid analysée par Laurent Mucchielli (17)

Tribune contre l’immixtion gouvernementale dans les affaires scientifiques 

Indépendamment de ce que nous pouvons penser de la controverse scientifique portant sur les traitements anti-Covid, nous, scientifiques de toutes disciplines, œuvrant en sciences biologiques et médicales, environnementales, en sciences chimiques, en sciences physiques, mais également nous autres chercheurs et savants en mathématique, informatique, intelligence artificielle, et sciences humaines toutes confondues, et nous médecins, déclarons et sommes solidaires des avenants suivants :  

  • Nous affirmons l’inaliénabilité de la liberté des chercheurs à traiter comme ils le veulent des thématiques qui sont les leurs. 

  • Nous affirmons l’inaliénabilité de la liberté des médecins à administrer à leurs patients le traitement qu’ils jugent pour eux le plus adapté et approprié, en leur âme et conscience, et dans le respect du serment d’Hippocrate. 

  • Un gouvernement de pays censément démocratique n’a pas à intervenir sur le contenu d’une publication scientifique. 

  • Un gouvernement ou l’un de ses représentants, n’a pas le droit de décréter ce qui est publiable et ce qui ne l’est pas en matière scientifique. 

  • Un gouvernement n’a pas à menacer des scientifiques en raison du contenu de leurs publications. 

  • Un gouvernement n’a pas à tordre la réalité ou à susciter des polémiques médiatiques de manière à se créer des motifs lui permettant de sanctionner des scientifiques. 

  • Les gouvernements et les autorités de tutelle des savants ne sauraient en aucun cas s’ériger en évaluateurs ou en examinateurs des travaux publiés ou proposés pour publication. 

  • Les gouvernements et les autorités de tutelle des savants doivent accorder confiance au processus de publication scientifique et d’examen par les pairs, le verdict final devant incomber aux éditeurs des journaux scientifiques, car c’est ainsi que fonctionne la science depuis presque deux siècles, et parce que l’on n’a pas pu trouver meilleur système d’évaluation des travaux scientifiques. 

Notes : 

(1) Jean-Paul Bourdineaud est certes Professeur à l’Université de Bordeaux, mais il déclare que le contenu de cet article n’engage pas son Université ni même ses collègues universitaires et chercheurs. C’est le citoyen qui parle, néanmoins éclairé par son savoir scientifique en sciences biologiques.

(2) Pr Mathieu Molimard, Société française de pharmacologie et de thérapeutique, et consorts. Recherche clinique à l’IHU de Marseille : "En l’absence de réaction des institutions, les graves manquements constatés pourraient devenir la norme". Le Monde, 28 mai 2023.

(3) Stephane Duguet. Essais thérapeutiques "sauvages" de Didier Raoult : "Pourquoi une telle inertie des pouvoirs publics face à ce scandale ?", interpelle Bernard Jomier. Public Sénat, le 31 mai 2023.

(4) Karen Cassuto. Retrait de l'étude sur 30 000 patients Covid co-signée par Didier Raoult, attaquée en justice par l'agence du médicament. France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, 3 juin 2023.

(5) Les éditeurs des journaux scientifiques n’ont rien à voir avec ce que l’on appelle "éditeurs" dans la publication classique des bouquins ; ce sont des scientifiques reconnus dans leurs champs disciplinaires et qui se chargent du travail d’examen des articles et du processus allant jusqu’à la publication finale. Ce sont eux qui décident à la fin de la procédure d’examen de publier ou pas l’article.

(6) Jean-Paul Bourdineaud. La Science outragée. Éditions Marco Pietteur, collection Résurgence, Médecine & Société, 2023.

(7) Vaccination obligatoire contre le covid-19 : le texte rejeté en commission au Sénat. Public Sénat, 6 octobre 2021. 

(8) Clémence Rouher & Marie Neuville. "On savait que ces produits étaient inefficaces". La charge des scientifiques contre "l'essai sauvage" du professeur Raoult. France 3 Nouvelle Aquitaine, 31 mai 2023.

(9) Gautret P, Lagier JC, Parola P, Hoang VT, Meddeb L, …, Raoult D. Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial. Int J Antimicrob Agents. 2020, 56(1):105949.

(10) Gautret P, Lagier JC, Parola P, Hoang VT, Meddeb L, Sevestre J, et al. Clinical and microbiological effect of a combination of hydroxychloroquine and azithromycin in 80 COVID-19 patients with at least a six-day follow up: A pilot observational study. Travel Med Infect Dis. 2020, 34:101663.

(11) Million M, Lagier JC, Gautret P, Colson P, Fournier PE, Amrane S, et al. Early treatment of COVID-19 patients with hydroxychloroquine and azithromycin: A retrospective analysis of 1061 cases in Marseille, France. Travel Med Infect Dis. 2020, 35:101738.

(12) Lagier JC, Million M, Gautret P, Colson P, et al. Outcomes of 3,737 COVID-19 patients treated with hydroxychloroquine/azithromycin and other regimens in Marseille, France: A retrospective analysis. Travel Med Infect Dis. 2020, 36:101791.

(13) Hervé Morin et Gilles Rof. Didier Raoult : révélations sur une déviance scientifique. Le Monde, 2 juin 2023.

(14) Tribune : soutien international au Professeur Raoult et à l’équipe de l’IHU méditerranée. France-Soir, 1er juin 2023.

(15) Jaurès & Roy Medvedev. Un cas de folie. Julliard, 1972.

(16) Classement des démocraties dans le monde. Wikipédia.

(17) Laurent Mucchielli. La doxa du Covid. Tome 1 : peur, santé, corruption et démocratie. Éditions Éolienne, Bastia, 2022 ; La doxa du Covid, sous la direction de Laurent Mucchielli. Tome 2 : enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid. Éditions Éolienne, Bastia, 2022.

 

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