L'avis Tranchant d'Alain : réplique d'un procureur à un Président

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L'avis Tranchant d'Alain : réplique d'un procureur à un Président

Publié le 25/01/2021 à 08:07
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Auteur(s): Alain Tranchant, pour FranceSoir

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"Un Président ne doit pas parler comme ça". Tel est le titre que j'avais donné à ma tribune publiée le 14 janvier sur France Soir.

Il n'a pas fallu huit jours pour que M. Macron vienne confirmer mes dires. Nul ne sait, en tout cas pas l'auteur de ces lignes, quelle mouche l'a piqué pour qu'il profite d'une sortie de l'Elysée, le 21 janvier, pour proclamer : "Ce qui va avec la défiance française, c'est aussi cette traque incessante de l'erreur. Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs (...). Ce n'est pas comme ça qu'on fait face aux crises ou qu'on avance". Concluant sa leçon au peuple français, le président de la République déclarait : "S'améliorer, c'est ce qui fait une grande nation".

Maniant la plume régulièrement, et la trempant parfois dans l'ironie ou la critique, mon appartenance à l'immense cohorte des procureurs ne fait évidemment pas le moindre doute. Pour autant, le jugement du chef de l'Etat ne me semble pas spécialement adapté à "66 millions" de Françaises et de Français. Et il me paraît d'autant plus immérité que nos compatriotes ont fait preuve, depuis bientôt un an, d'un respect des consignes peu compatible avec les "Gaulois indisciplinés" qu'observait, en son temps, César.

Très curieusement, cette diatribe du Président adressée au peuple français n'a pas suscité de remarques particulières. Certes, elle a été relevée, çà et là. C'est bien le moins ! Mais, en d'autres temps, une opposition résolue, jouant pleinement son rôle d'opposant, se serait levée pour dénoncer cette étrange adresse au peuple français. Alors, je ne sais pas si "s'améliorer, c'est ce qui fait une grande nation". Mais, à coup sûr, c'est ce qui fait un gouvernement. Surtout quand, en l'occurrence, le pouvoir manifeste autant de certitudes, aussi peu de capacité de remise en question, autant d'arrogance, aussi peu de modestie.

Sans doute des chefs d'Etat ont-ils pesté parfois, dans le secret de leur bureau ou la discrétion de leurs entretiens, sur ce peuple français qu'ils auraient aimé voir plus enclin au respect de la règle, plus conquérant aussi. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu un prédécesseur de M. Macron parler comme cela, publiquement, du peuple français. Et, après tout, si à l'expérience le caractère de notre peuple ne lui convient pas, à lui d'en tirer la leçon ! Il lui est loisible de ne pas solliciter un second mandat en 2022.

La "sortie" du président de la République me semble d'autant plus invraisemblable que je ne suis certainement pas le seul à considérer que nos compatriotes ont eu quelque mérite à se plier aux injonctions du pouvoir politique. M. Macron oublierait-il que c'est lui qui disait, en mars dernier, que le pays n'allait tout de même pas se priver de vivre et de sortir, au motif qu'un vilain virus venait de s'abattre sur la planète ? Et, quelques jours plus tard, c'est lui qui assignait à résidence le pays une première fois pour deux mois, parce que nous étions - prétendait-il - "en guerre".

Il est vrai que, pour lui, président de la République, la vie continue. Il peut en permanence se déplacer où il veut, quand il veut. Il peut recevoir à sa guise, quitte à dépasser la norme de six couverts recommandée à son peuple, même si cela ne passe pas inaperçu ! Mais enfin, avant d'adresser cette philippique au peuple français tout entier, il aurait dû mesurer que, pour l'immense majorité des "gens", ce n'est plus de vie qu'il s'agit, mais de survie. Que les relations familiales, ou amicales, sont réduites à leur plus simple expression. Que, pour beaucoup de dirigeants d'entreprises, en particulier dans le domaine de l'hôtellerie, des cafés-restaurants, c'est la pérennité de leur affaire qui est menacée, leur avenir personnel et professionnel qui est en cause. Que pour une grande partie des Gaulois non réfractaires, quel que soit leur âge, c'est leur participation à un club sportif, à une association culturelle ou de loisirs qui est rendue impossible.

Bien sûr, j'entends nos gouvernants nous dire : "quoi qu'il en coûte", on va aider les entreprises, le monde de la culture. Mais, outre que les aides mettent apparemment un certain temps à venir, un prêt n'a d'autre vocation que d'être remboursé. Et, si dans le domaine médical, quand on enlève une perfusion, c'est que le malade est guéri, il n'en ira sans doute pas de même dans la vie économique : quand la perfusion sera arrêtée, le risque est grand de voir des entreprises tomber, et le chômage prospérer.

Pour toutes ces raisons, un Président ne doit pas parler comme ça. Il devrait même, il peut même s'estimer heureux que les Françaises et les Français - mais M. Macron a lâché, un soir, le chiffre de "400 000 morts" à la télévision ! - aient accepté aussi aisément les contraintes qui leur sont imposées. D'autant que les vertus du confinement, procédé moyenâgeux s'il en est, ne sont pas à ce jour démontrées. Il n'est que de comparer la situation de la France à la Suède pour s'en convaincre.

Alors, monsieur le Président, si vous nous parliez de la Suède ? Si vous nous expliquiez pourquoi votre gouvernement, sous l'ère Castex comme sous l'ère Philippe, a écarté toute stratégie de traitement de la maladie, au profit d'une vaccination qu'il a tant de mal à organiser ? Si vous vous engagiez à ne pas mettre en place ce passeport vaccinal qui a déjà fait l'objet d'un... projet de loi ?

Auteur(s): Alain Tranchant, pour FranceSoir


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