Le désespoir est une arme de destruction massive

Auteur(s)
Marilis Valo, pour FranceSoir
Publié le 20 avril 2021 - 14:26
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Danser encore
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Chante, danse et mets tes baskets...
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TRIBUNE - Comme beaucoup d’entre vous, je lis quotidiennement la presse qui tente de braver la pensée unique en communiquant à ses lecteurs des faits qui donnent à réfléchir.

Mais depuis quelques semaines, je constate qu’un pessimisme croissant est exprimé dans ces média – pessimisme justifié par le fait avéré que la liberté des peuples rétrécit chaque jour un peu plus sous nos yeux stupéfaits, sans que la majorité des humains semble y voir d’inconvénient.

La démoralisation et la faculté de désespérer l’autre sont des armes puissantes, grâce auxquelles le tortionnaire obtient la soumission de sa victime, et le gourou pervers assoit son emprise sur ses adeptes.

J’ai su que j’avais quitté la secte le jour où, après des années vécues dans la peur et le désespoir, j’ai pu rire de mon gourou en le regardant dans les yeux. Il a bien tenté de me le faire payer de multiples façons, mais ça en valait vraiment la peine. Je me remémore toujours cet instant de victoire dans les moments où le découragement me guette, pour m’aider à changer d’état émotionnel.

« Personne ne peut vous faire sentir inférieur sans votre consentement », disait Eleonor Roosevelt. De même, sauf cas extrême (si vous êtes sous l’influence de certaines drogues, par exemple), personne ne peut vous désespérer sans votre consentement. Réfléchissez-y. C’est un fait.

Vous avez sans doute lu des articles ou des livres décrivant les ravages que cause le stress chronique dans notre corps. Si le stress à long terme peut littéralement détruire notre corps, alors, quelle dévastation le désespoir chronique peut-il causer ? Quel cocktail biochimique mortel déclenche-t-il ? Les article abondent qui vous expliquent que la chimie du cerveau détermine nos états émotionnels, mais vous avez vous-même constaté que la proposition inverse est également vraie : nos états émotionnels modifient la chimie de notre cerveau, et donc, de notre corps, les gens chroniquement heureux (et les neurosciences, aussi) en font la preuve quotidiennement !

J’ai publié un roman jeunesse de 274 pages juste pour tenter de faire comprendre ce concept à mes lecteurs, avant qu’ils aient complétement intégré les croyances victimisantes colportées par notre système éducatif. Il est temps qu’on cesse de faire croire aux jeunes (comme aux adultes) que leur vie doit se dérouler inéluctablement selon l’un de ces deux scénarios catastrophe : être un prédateur, ou être une victime. Il existe une troisième voie : apprendre à se rendre maître de ses émotions pour :

- cesser définitivement d’être manipulé par ceux qui savent exactement comment les exploiter à notre détriment, et
- se libérer de la tentation de manipuler les autres.

Un gourou à l’égo surdimensionné, le petit chef qui harcèle son subordonné, un « être cher » qui, sous couvert d’amour, jouit de sa domination sur celui/celle qui est tombé(e) sous son charme, un chef d’État narcissique qui se délecte en voyant paniquer dès qu’il ouvre la bouche ceux qui l’ont mis au pouvoir: les cas de figure abondent, mais tous décrivent la même réalité, la même toxicité dans la relation qui unit celui qui sait jouer sur des émotions négatives, et celui qui devient son jouet.

Sommes-nous des jouets ? Est-ce vraiment là notre destin ?

Comprenons bien que nous avons le choix. Nous avons le choix de décider quelles émotions nous voulons éprouver, et nous avons les moyens pour le faire. Au lieu de se laisser accrocher chaque jour par les mauvaises nouvelles qui nous font paniquer, au lieu de se recroqueviller pour ne pas voir les pressions grandissantes qui sont exercées sur nos vies, nous pouvons choisir de ne porter notre attention que sur ceux qui luttent grâce à leurs armes absolues contre le désespoir: humour, art, expression de la joie sous toutes ses formes, refus absolu de laisser qui que ce soit leur dicter leurs émotions.

La joie de vivre, l’amour, la passion pour ce que l’on fait, la gratitude pour tout ce qui est bon dans nos vies (eh oui, il y a aussi du bon !), toutes ces émotions génèrent dans notre corps un cocktail biochimique de dopamine, d’ocytocine, d’endorphines et de sérotonine, ces « hormones du bonheur » qui, littéralement, augmentent la résistance de notre organisme ! C’est un véritable cocktail molotov non-violent que nous pouvons et devons lancer à la face de ceux qui voudraient nous pousser au désespoir.

Personnellement, je choisis de rire à gorge déployée en regardant Les Goguettes parodier de vieux tubes pour mettre en lumière les contradictions de nos gouvernants, ou en écoutant Marcel D se moquer du triste spectacle de marionnettes qui s’offre à nos yeux, je choisis de dire « Stop ! Je suis vivante !» quand je sens la peur tenter de s’immiscer en moi, et comme HK, je choisis de continuer à danser encore.

Le lendemain du massacre du Bataclan, Antoine Leiris a eu l’héroïsme d’opposer aux assassins de son épouse l’arme absolue contre le terrorisme : « Vous n’aurez pas ma haine. », a-t-il déclaré.

A l’instar de Monsieur Leiris, soyons héroïques, soyons puissants : dansons, rions, vivons, et proclamons : « Vous n’aurez pas ma peine ! »
 

Marilis Valo est écrivain.

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