L'envers du décor, épisode 2 : tellement insignifiants, le drame de la SPILF

L'envers du décor, épisode 2 : tellement insignifiants, le drame de la SPILF

Publié le 18/02/2021 à 11:32
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Auteur(s): Le Collectif citoyen, pour FranceSoir

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Pour ce second épisode de l’envers du décor, nous allons découvrir les pratiques méconnues d’une société savante, qui est, doit-on se le rappeler une association loi 1901 autoproclamée « savante et experte ».

Depuis maintenant plusieurs mois, vous avez pu découvrir ou redécouvrir le terme « conflits d’intérêt » qui décore, telle une légion de « déshonneur » de nombreux médecins de plateau TV ou afficionado des réseaux sociaux.

Nous allons découvrir que tout n’est pas si rose pour la SPILF, (Société de pathologie infectieuse de langue française) qui doit se tourner vers Big Pharma pour faire rentrer la « grosse Moula ». Sont-ils tellement insignifiants aux yeux des « maitres financiers », qu’ils doivent richement payer un intermédiaire pour faire banquer les sponsors (les BigPharma) ?

Tout commence en 2008, lorsque se présente Yannick Queyrou, qui propose son aide pour faire grossir à vue d’œil le compte en banque de la SPILF. Il est le gérant de la société Interval Santé et a développé son réseau dans le monde sportif et notamment dans le rugby. Son but annoncé est d’être « facilitateur d’échanges d’expertises », un bien joli terme pour caractériser le lobbyiste, l’intermédiaire ou « le porteur de mallettes ».

Extrait du conseil d’administration de la SPILF du 10 novembre 2008

8. Proposition d’aide à la recherche de fonds (Y. Queyrou) qui offre de :

  • Monter un document de présentation sur la SPILF, « book » devant favoriser le démarchage des donateurs potentiels
  • Réaliser un état des lieux (labos, assurances, fondations…) sur la façon dont est ressentie la SPILF, ce en quoi elle est connue ou inconnue, et sur les disponibilités potentielles de financements
  • Servir d’intermédiaire pour la recherche de financements (au-delà des seules firmes pharmaceutiques).

Il est intéressant de noter, dans le compte-rendu du conseil d’administration de la SPILF du 10 novembre 2008, que « Le financement de la prestation serait un contrat au temps passé pour bâtir le book et réaliser la prospection puis un pourcentage des recettes obtenus pour financements », mais que la SPILF préfère « une proposition bâtie uniquement et strictement sur l’intéressement ! ». En résumé, nos infectiologues se moqueraient-ils du contenu de son travail et de ses méthodes pourvu qu’il rentre du cash ? Sont-ils si dénués d’utilité qu’il faille trouver un « gros bras » pour convoyer le grisbi ?

Et cela va fonctionner, au-delà de toutes espérances, comme le comité d’administration le relève dans son compte rendu du 02 avril 2010 : « Le partenariat avec Y Queyrou est très profitable. Il y a un risque que si la somme est trop élevée, il soit considéré comme mandataire et que l'on doive payer des impôts. » (extrait du Conseil d’Administration de la SPILF du 10 novembre 2008, section "6. Trésorerie : fin du mandat de gestion ... perspective")

Effectivement, la consultation du bilan prévisionnel pour l’année 2010, présenté lors de l’assemblée générale de la SPILF à Montpellier le 10 juin 2010, fait état que Yannick Queyrou a reçu 72 000€ d’honoraires, oui, vous avez bien lu. On peut, dès lors, imaginer les sommes déposées à la BNP, qui était alors la banque de la SPILF.

Mais la SPILF a-t-elle besoin de plus pour, lui demander l’exclusivité et faire une crise de jalousie car il collabore avec d’autres sociétés « savantes » ? C’est à cette époque que Yannick Queyrou signe un partenariat exclusif avec la FFI, la Fédération Française d’Infectiologie, récemment créée et qui intègre la SPILF et le CMIT (Collège des universitaires de Maladies Infectieuses et Tropicales), qui compte dans ses rangs plusieurs infectiologues qui font la messe sur les plateaux depuis plusieurs mois, comme le professeur Eric Caumes notamment.

Ils écrivent, lors de leur Assemblée Générale du 07 janvier 2010, ceci : « Yannick QUEYROUX ("Intervalle Santé ") démarche des entreprises, en règle (générale) pharmaceutiques, pour collecter des fonds. Pour cela, il propose au partenaire éventuel des "packages" à montant de rémunération variable en fonction des prestations demandées (ex : accueil de délégués dans les unités de soins, intervention de membres de la Société Savante à la demande du laboratoire comme intervenants, mention de la firme dans certaines actions). »

Extrait du compte rendu de l’assemblée générale CMIT du 7 janvier 2010

9 – La Fédération Française d'Infectiologie (FFI) –Recherche de fonds : Yannick Queyroux 

… Yannick QUEYROUX ("Intervalle Santé ") démarche des entreprises, en règle

pharmaceutiques, pour collecter des fonds. Pour cela, il propose au partenaire éventuel des

"packages" à montant de rémunération variable en fonction des prestations demandées (ex :

accueil de délégués dans les unités de soins, intervention de membres de la Société Savante à la demande du laboratoire comme intervenants, mention de la firme dans certaines actions..). Le contenu de ces packages n’est donc pas nominatif, individuel mais engagerait le CMIT dans sa globalité…

Yannick Queyrou est donc payé « plutôt richement »  par la FFI, pour faire entrer « les loups dans les bergeries ». Ceci présente un avantage de masquer les éventuels liens ou conflits d’intérêt personnels. Car si le système de santé a essayé de redorer son image, comme nous l’avons vu dans le premier épisode de la série l’envers du décor, aucune déclaration au nom d’une société savante dans son intégralité, n’est demandée lors des nombreuses collaborations entre la Haute Autorité de Santé et la SPILF par exemple.

C’est donc coup double pour les sociétés savantes, qui reçoivent l’argent des labos par l’intermédiaire d’un intermédiaire « porte valises », puis le redistribuent aux membres sous la forme de bourses d’étude ou autres financements.

C’est dans ce cadre, par exemple, que Nathan Peiffer Smadja a bénéficié de fonds de la SPILF pour financer ses études à Londres, comme acté dans le compte-rendu du comité d’administration de la SPILF du 19 novembre 2018.

«…Comparaison avec Pocast (UK, mobilité de Nathan Pfeiffer Smadja, du Réjif, à Londres,

pour 1 an)… »

Yannick Queyrou est même devenu « Pascal le grand frère » pour les jeunes comme en atteste son rôle dans les training junior des infectiologues, décrit dans le compte rendu du comité d’administration du 6 juin 2019 :

« Projet 2019 14-15 novembre porté par Yannick Queyrou.

Coordination du projet proposé au REJIF. Partenariat affiché des partenaires majeurs.

20 jeunes infectiologues ».

Sans oublier d’afficher les partenaires majeurs comme lors de l’assemblée générale de la SPILF en juin 2019, en page 2 du compte rendu :

Une question que l’on peut se poser :

Y a-t-il "ruissellement" des liens et conflits d'intérêt, orchestré par les infectiologues les plus anciens, qui investiraient sur l'avenir en semant quelques euros sur le terrain des jeunes pousses, afin qu'elles soient bien alignées et redevables en arrivant en maturité ?

Auteur(s): Le Collectif citoyen, pour FranceSoir

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