Mais où est la France ? réformer ou reformer ?

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Mais où est la France ? réformer ou reformer ?

Publié le 17/04/2021 à 09:38
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Auteur(s): Le Collectif Citoyen pour FranceSoir
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ANALYSE : Selon des statistiques publiées le 16 avril 2021 par l’Insee, la surmortalité en 2020 serait deux fois plus élevée chez les étrangers en France.

Les chiffres

En 2020, les décès ont augmenté  de 9% en France à 669 000, ceux concernant les personnes étrangères ont cru de 17%. « Pendant la première vague de la pandémie, la hausse des décès des personnes nées à l'étranger a ainsi été 2,1 fois plus forte en moyenne que celle des personnes nées en France » déclare l'Insee, avec une très forte hausse des décès chez les africains.

Qui est plus particulièrement touché ?

Les décès des personnes originaires d’Europe ou d’Océanie ont une hausse de mortalité en ligne avec celle observée pour les personnes nées en France donc proche de 9% d’augmentation.

Par contre, cette hausse est de 21% chez les personnes nées au Maghreb ( 40 100 décès ) et 36 % chez les natifs d’autres pays d'Afrique (7 400). De leur côté les ressortissants asiatiques connaissent une hausse de 29% avec 6300 décès.

Causes inexpliquées selon l’Insee

L'Insee explique que son étude « ne permet pas d'expliquer la différence de surmortalité » entre ces deux populations.  Cependant en creusant, l’Insee mentionne que l’écart s’est accentué en mars et avril 2020 au cœur de la période épidémique et du premier confinement.

En mars et avril 2020, « toutes causes confondues, les décès de personnes nées à l'étranger ont augmenté de 49 % » comparé à la même période en 2019.  Ce chiffre est de 23 % pour les ressortissants nés en France. 

En particulier, les données de l'Insee révèlent qu'à cette période la surmortalité a culminé à 55 % chez les Maghrébins, 117 % chez le reste des Africains et 92 % chez les Asiatiques. Le ratio de la surmortalité des étrangers « est plus modéré pour la deuxième vague (1,7 contre 2,1), même s'il demeure élevé », écrit encore l'organe de statistiques.

 

En cherchant plus loin

En 2010, le rapport du Crest, faisait état que « les Français ayant au moins un parent immigré originaire du Maghreb ont des taux d’emploi inférieurs de 18 points et des salaires 13 % inférieurs à ceux des Français dont les deux parents sont français de naissance. »

Toujours en 2010, une étude établissait « La fragilisation de l’état de santé de la population immigrée peut être attribuée à plusieurs facteurs tels que la moindre transférabilité du capital humain dans le pays d’accueil, des difficultés d’accès au marché du travail, de plus mauvaises conditions de travail, des difficultés d’accès aux soins ou encore un isolement social induit par la migration. »

En 2017, une analyse de l’OCDE concluait : « plus le revenu national et les dépenses de santé sont élevés dans un pays, plus l’espérance de vie de sa population est longue. Ces facteurs ne peuvent expliquer qu’une partie des écarts constatés entre les pays. En moyenne, une hausse de 10 % des dépenses de santé par habitant est associée à un allongement de 3.5 mois de l’espérance de vie. Une amélioration de 10 % des modes de vie est associée à un gain de 2.6 mois d’espérance de vie. Les déterminants sociaux plus généraux entrent aussi en ligne de compte. Une hausse de 10 % du revenu par habitant se traduit par un allongement de 2.2 mois de l’espérance de vie, tandis qu’une expansion de 10 % de la couverture de l’enseignement primaire est associée à un gain de 3.2 mois. Les niveaux minimums absolus de revenu sont particulièrement essentiels pour la protection de la santé des individus. »

En décembre 2020, l’Insee écrivait : « les inégalités sociales de santé apparaissent avant même la naissance, avec des différences de suivi prénatal et de comportements à risque pour l’enfant à naître. Ainsi, 94 % des femmes cadres déclarent ne pas avoir fumé pendant leur grossesse, contre 66 % des ouvrières. Dès la petite enfance, des inégalités de santé se développent. À 6 ans, les enfants de milieu social modeste sont plus souvent en surcharge pondérale et celle‑ci persiste plus souvent au cours de l’enfance et de l’adolescence. »

De son côté l’Ined étudiant la population de Seine-Saint-Denis, une des plus touchées par l’épidémie de Covid-19 avance des hypothèses plus complètes que celle de l’Insee :

  • Des conditions de vie plus précaires pouvant favoriser la transmission du virus : une densité de population de 64 fois la densité moyenne en France (6208 h/km2), des formes de cohabitation multigénérationnelles favorisant la transmission du virus aux membres âgés du foyer et 35 sites de travailleurs migrants.
  • Des inégalités de santé dans la population d’immigrés et descendants d’immigrés : « À âge identique, l’état de santé déclaré des immigrés est globalement plus mauvais que celui des Français de naissance, ce qui apparaît étroitement lié aux conditions de vie précaires auxquelles ils font plus souvent face, mais aussi aux expériences de discriminations et de racisme, qui sont un facteur explicatif des inégalités de santé. Une étude récente (2019, SSM- Population Health) a mis en évidence que les hommes descendants d’immigrés maghrébins ont une mortalité supérieure à la population majoritaire et aux descendants d’immigrés d’Europe du Sud à milieu social et niveau d’éducation comparables. »
  • Des emplois subalternes souvent plus exposés au virus.
  • Des inégalités dans l’accès aux soins et la prise en charge par le système de santé : « Le taux d’équipement hospitalier est également le plus faible de la région pour tous les types d’établissements (2 lits en hospitalisation complète pour 1 000 hab., contre 3,3 en Île-de-France et 7,7 à Paris). Si les indicateurs de santé de la population sont aussi dégradés par rapport à la moyenne régionale, en particulier pour les facteurs de comorbidité associés à la Covid- 19 (diabète, asthme, maladies cardio-vasculaires, affections du système respiratoire et tuberculose), l’offre de soins limitée du département et le moindre recours aux soins des personnes précaires en général et des immigrés en particulier sont très susceptibles de produire une aggravation particulière de la crise sanitaire et de ses effets. »

La France est le pays de la liberté d’expression -quoique dégradée par The Economist au rang de démocratie défaillante -, de la culture, de la gastronomie, cependant la grande tradition sanitaire française est reléguée en milieu de peloton quand il s’agit de la gestion de la crise Covid.  Les rapports de la Cour des comptes, de l’Assemblée nationale ou du Sénat ainsi que de divers think-tanks ne devrait pas manquer de montrer qu’augmenter les dépenses sociales et de santé en France, déjà parmi les plus élevées au monde, atteint des seuils de rebroussement d'efficacité.  En d’autres termes chaque euro dépensé supplémentaire n’amène qu’une contribution marginale.  Il faut se pencher sur l’efficacité des sommes dépensées tant dans la recherche et développement – rappelons que la France n’a pas brillé par ses découvertes médicales dans la Covid avec aucun vaccin et aucun traitement, que dans la complexité engendrée par le mille-feuille administratif de nos systèmes.

Le 18 avril 2020 un article de FranceSoir s'interrogeait sur la nécessité de « Réformer ou re-former »

« Sans aucun doute, réformer est une nécessité pour la France afin de préserver notre système et d’en assurer sa sérénité. Il y a encore quelques semaines nos parlementaires, syndicats, membre du gouvernement s’écharpaient sur l’Age pivot à 64 ans. Tout cela peut aujourd’hui paraitre futile à l’aube de la prochaine crise économique, mais cela sera surement salvateur. Réformer n’était pas suffisant. La Cours des comptes le disait. Les réformes n’allaient pas assez vite, pas assez loin. Tout cela était nécessaire, mais en aucun cas suffisant

Ce n’est pas réformer qu’il faut, mais RE-FORMER notre système, repenser nos modes de fonctionnement de manière profonde afin de sortir de cette « guerre » en minimisant les dégâts.

Dans le monde de l’entreprise quand les processus deviennent obsolètes on lance un projet de "Core Process Redesign" profond ou tout est permis. Nous ne parlons pas de régression sociale, mais de progression sociétale vers un monde ou les droits de chacun respectent notre devise nationale de liberté égalité et fraternité. Nous avons commencé à perdre certains degrés de liberté (confinement…) ce qui permet de se poser de bonnes questions sur les inégalités qui existent dans notre pays dans les systèmes. »

Pour Assoumou Urbain Kadjo, un citoyen « quand une chose est abondante, le gaspillage s'invite insidieusement dans la conscience des hommes, même consciencieux. »  

Albert Einstein disait : « nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avions quand nous les avons créés. »

Auteur(s): Le Collectif Citoyen pour FranceSoir

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