Ouïghours : la réalité derrière la propagande

Auteur(s)
Anne Philippe, pour FranceSoir
Publié le 16 février 2022 - 17:27
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Le drapeau Ouïghour.
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JUSTIN TALLIS / AFP
Le drapeau Ouïghour est régulièrement brandi lors de manifestations organisées un peu partout dans le monde pour réclamer la fin des agissement de la Chine contre eux ce peuple..
JUSTIN TALLIS / AFP

TRIBUNE — Alors que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, demande à la Chine d’autoriser une visite de Michelle Bachelet, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, au Xinjiang, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle visite au regard du piètre résultat de ce type de démarche et sur fond de pressions américaines. En effet, un ancien rapporteur à l'ONU a révélé les procédés utilisés par les États-Unis pour dicter leurs conditions aux Nations unies, estimant qu'ils tordent le bras aux pays membres. L'Étasunien Alfred de Zayas a également, dès 2019, critiqué le rapport Bachelet sur le Venezuela en le qualifiant de lamentablement déséquilibré, ce qui n’augure rien de bon pour un éventuel rapport objectif sur les Ouïghours.

Ouïghours et Hans, histoire et géographie

Si la province du Xinjiang forme le sixième du territoire chinois, les Ouïghours constituent 1% de la population chinoise dont une dizaine de millions se trouvent dans le Xinjiang, une province d’à peu près une vingtaine de millions d’habitants. Les Hans constituent la principale ethnie en Chine (92 % de la population). Le Xinjiang connaît un fort développement économique et est un territoire riche en ressources.

En 2009, les tensions entre les Ouïghours et les Chinois de souche Han ont donné lieu à des émeutes meurtrières, faisant près de 200 victimes (majoritairement des Hans) à Urumqi, capitale du Xinjiang. Suite à ces affrontements, Pékin a accru de manière significative la surveillance et les mesures de sécurité locales.

L’ETIM, mouvement terroriste reconnu comme tel à l’international

L’ETIM est une organisation paramilitaire, un acronyme qui signifie soit le Mouvement pour l’indépendance du Turkestan oriental, soit le Mouvement islamique du Turkestan oriental. Le groupe est également parfois connu sous le nom de Parti islamique du Turkestan oriental (TIP ou ETIP). Le Mouvement islamique du Turkestan oriental peut être considéré comme un groupe djihadiste dirigé depuis 2003 par Abdul Haq al-Turkistani, un Ouïghour né au Xinjiang. Son objectif est de créer un État ethnique exclusivement musulman (Turkestan oriental) au Xinjiang.

Un reportage de l’Associated Press de 2017 a révélé qu’au moins 5 000 Ouïghours du Xinjiang s’étaient rendus en Syrie pour s’entraîner et combattre aux côtés d’Al-Qaïda et de l’État islamique. Par ailleurs, les Nations unies notent que dans les années 2000, la principale source de financement de l’ETIM était Oussama Ben Laden. Le département d’État (États-Unis) a désigné l’ETIM comme groupe terroriste à partir de septembre 2002.

Réhabilitation de l’ETIM par les Occidentaux face à la percée économique chinoise

De nos jours, les relations entre les Occidentaux et la Chine se sont tendues sous l’effet de la forte croissance économique chinoise. À la guerre commerciale initiée sous le mandat de Donald Trump s’est ajoutée la guerre des mots. C’est dans ce contexte que les États-Unis ont commencé à dénoncer les activités de Pékin vis-à-vis de sa minorité ouïghour. Aujourd’hui, la CIA, sous couvert du National Endowment for Democracy (NED), accuse la Chine d’emprisonner entre un et trois millions d’Ouïghours, décrivant cela comme un « génocide ». Cette qualification de « génocide » a été rejetée par Jeffrey Sachs, chef du Réseau des solutions de développement durable de l’ONU. Selon lui, le contexte de la répression chinoise au Xinjiang s’inscrit dans le but d’arrêter le terrorisme. Selon Daniel Dumbrill, un Canadien installé actuellement au Xinjiang, il semblerait que de nombreux Ouïghours considèrent les djihadistes extrémistes comme leur principale préoccupation, et non les forces gouvernementales. La politique américaine de la liste du terrorisme a toujours été hautement suspecte (R. Reagan y avait placé en 1988 N. Mandela). Le changement de la politique des États-Unis vis-à-vis de l’ETIM n’est pas lié au mouvement lui-même, qui reste un groupe djihadiste lié à Al-Qaïda et à Daech, mais à un changement de position de Washington vis-à-vis de Pékin, qui est devenu un rival en plein essor au niveau mondial. L’ETIM, qui tente de générer des troubles en Chine, est donc passé pour les États-Unis du statut d’adversaire à celui d’allié.  Dans les derniers mois de son administration, le président Donald Trump a d’ailleurs retiré de la liste terroriste américaine l’ETIM.

En novembre 2021, à Prague, très officiellement 204 délégués du World Uyghur Congress (WUC) ont ainsi participé à l’assemblée générale de l’organisation, paravent du groupe historiquement terroriste appelé « Parti islamique du Turkestan » (anciennement « Mouvement islamique du Turkestan oriental », ETIM). Ce rassemblement était financé par le National Endowment for Democracy (NED), mentionné précédemment comme paravent de la CIA. En février 2017, Dolkun (actuel président du WUC) a organisé une réunion à Berlin pour préparer des actions terroristes au Xinjiang. Le WUC aujourd’hui, bien qu’ayant envoyé plusieurs milliers de djihadistes ouïghours se former en Syrie (gouvernorat d’Idlib), bénéficie non seulement du soutien des États-Unis, mais également de celui de nombreux Européens.

En conclusion, dans un contexte anti-chinois, on pourrait s’interroger sur l’indépendance des sources d’information de la presse et de l’impartialité du Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Certes, comme dans toute situation complexe, tout n’est ni tout blanc, ni tout noir, mais une information de qualité permettrait certainement à chacun de se faire une meilleure idée de la réalité loin des arrière-pensées politiciennes occidentales. L’opinion fondée sur le fait qu’il y aurait des « bons » et des « mauvais » terroristes ne saurait être acceptée.

Voir aussi : Armes chimiques en Syrie : la BBC reconnaît ses manquements déontologiques

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