Election présidentielle et signatures : les "candidats hors système" en difficulté

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FranceSoir
Publié le 18 février 2022 - 12:44
Mis à jour le 20 février 2022 - 18:36
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Conseil constitutionnel
Les "candidats hors système" parviendront-ils à imposer leur candidature à l'élection suprême de 2022 ?
Conseil constitutionnel

La course aux 500 parrainages requis pour se qualifier au grand rendez-vous démocratique du 10 avril 2022 bat son plein, le 4 mars étant la date butoir pour réunir l’ensemble des signatures de maires (ou parlementaires, conseillers régionaux et départementaux... (voir la liste complète des élus pouvant « présenter » un candidat).

Clara Egger, Alexandre Langlois, Jean-Marc Governatori… Sur notre plateau, nous avons reçu plusieurs de ces candidats à la présidentielle « hors système » désireux de bouleverser la donne politique actuelle et de proposer aux Français des projets « nouveaux », « démocratiques » et « citoyens ».

Alors que les candidats des grands partis ont rempli ce qui n’est pour eux qu’une simple formalité, les autres candidats, pour certains encore novices de la politique, doivent batailler… non sans peine. Quand bien même leurs idées peuvent susciter intérêt et enthousiasme au sein de la population, pour parvenir à la fonction suprême, il faut se frotter aux règles du jeu en vigueur. Et force est de constater qu’elles leur donnent du fil à retordre. Contactés, ils nous ont racontés leurs péripéties.

Clara Egger

L’équipe de Clara Egger, candidate d’espoir RIC 2022 qui comptait hier 16 parrainages confirmés par le Conseil constitutionnel, nous le confie : « Nous avons environ 250 maires qui nous ont témoigné leur sympathie ». Si notre interlocuteur ne nous cache pas que certains d’entre eux attendent de voir avant d’offrir leur parrainage si une dynamique se crée, le constat reste amer : « Les maires ne veulent pas parrainer. Ils craignent vis-à-vis de leurs administrés de voir leur nom affiché publiquement. »

Quand bien même des maires sans étiquette souhaiteraient parrainer un candidat dans la seule intention de faire vivre la démocratie, ils ne le font pas car « cela reste perçu comme une allégeance » et peut, par ailleurs, ouvrir la « possibilité à des mesures de rétorsion » de la part des partis politiques dominants. Néanmoins, l’équipe de campagne ne se décourage pas et reste décidée à poursuivre la bataille.

Voir aussi : "Être en démocratie, ça change la vie" Clara Egger poursuit sa lutte avec Espoir RIC 2022

Alexandre Langlois

Même son de cloche chez Alexandre Langlois. Dans un communiqué, déplorant que ne se soit pas « créée une dynamique par un envoi rapide des parrainages par des élus », le candidat libre annonce préférer retirer sa candidature pour que les élus qui le soutiennent « puissent apporter leur parrainage à celui des candidats qui leur apparaitre comme le plus compatible » avec le projet qu’il portait, estimant néanmoins que « le programme de Georges Kuzmanovic est le plus abouti ».

Alexandre Langlois nous explique la réticence des maires par le fait qu’ils reçoivent l’ordre de ne parrainer que le candidat de leur parti ou par la crainte de se voir refuser des subventions dans l’éventualité où l’opposant au candidat qu’il parraine serait élu. Un phénomène qui touche jusqu’au conseil municipal de sa propre ville, nous rapporte-t-il.

Voir aussi : Alexandre Langlois au Défi de la vérité : refondation 2022 ?

Georges Kuzmanovic

Lors d’un appel téléphonique, Georges Kuzmanovic, président de République Souveraine avec 38 parrainages confirmés, nous relate les mêmes problématiques. S’il est conscient que les élus locaux dépendent de financements venant de la région, du département, de l’intercommunalité pour réaliser leurs projets au service de leurs administrés, il souhaiterait que « la première ligne de représentation de notre démocratie »accomplisse son devoir, rappelant l’extrême nécessité de « faire vivre le débat public dans notre pays ».

Précisant que de nombreux élus locaux lui ont dit refuser de parrainer « par principe », le candidat, dont l’objectif est la restauration de la souveraineté populaire, ne cache pas ses craintes de voir « s’accentuer la rupture entre les citoyens et les élus ».

Aussi, l’homme qui a reçu le soutien de Jacques Cheminade, candidat en 1995, 2012 et 2017, plaide pour « le retour aux parrainages anonymes ». Il rappelle que la réforme de l’ancien président François Hollande a permis de rendre ces parrainages publics, ce qui « ouvre la voie à tous les malentendus et à toutes les pressions ».

En 2016, quelques mois avant son départ de l’Élysée, le président socialiste de l’époque avait pris soin de fermer la porte derrière lui, procédant à une modification électorale d’apparence bénigne, mais en vérité capitale. Depuis la campagne présidentielle de 2017, les maires qui accordent leur parrainage à un candidat doivent le faire publiquement, leur nom et leur choix étant affichés à la vue de tous sur le site du Conseil constitutionnel…

Hélène Thouy

La candidate du Parti animaliste, Hélène Thouy, qui a récolté 74 parrainages, nous rapporte avoir validé 300 promesses de parrainages. Bien qu’elle se présente à la présidentielle non pas pour l’emporter, mais pour placer la cause animale au cœur du débat, l’avocate déplore les pressions dont les élus font l’objet : « Nous avons dû faire face à des désistements du fait de la levée de l’anonymat », explique-t-elle. Mais la Girondine reste déterminée à faire valoir sa cause, œuvrant à « rassurer les maires sur leurs inquiétudes » et assurant que ses militants restent mobilisés.

Florian Philippot

Dans un communiqué, le président des Patriotes Florian Philippot, ardent opposant aux restrictions sanitaires, a lui, annoncé ce 18 février ne finalement pas se présenter à l'élection présidentielle. Le 15 février sur France 5 être en pourparlers avec des maires, il évoquait ses difficultés à recueillir les signatures nécessaires, du fait qu’il ne soit pas un « candidat du système », rapportant par ailleurs lui aussi les menaces et pressions dont les maires font l’objet pour ne pas accorder leurs parrainages. Aussi, est-il écrit dans le communiqué, « le président des Patriotes prend acte de l'impossibilité d'aller au bout de sa candidature à l'élection présidentielle annoncée en juillet dernier, au lendemain de la terrible intervention du président Macron sur le "passe sanitaire" », une décision justifiée par « un système de parrainages totalement verrouillé et vicié. »

Voir aussi : Accusant un système "verrouillé et vicié", Florian Philippot retire sa candidature à la présidentielle

François Asselineau

François Asselineau, président de l’Union Populaire Républicaine (UPR), dispose à ce jour de 217 parrainages validés par le Conseil constitutionnel. Son entourage nous informe faire le nécessaire pour que le candidat du Frexit puisse de nouveau concourir en 2022 à l’élection suprême. S’il regrette le haut niveau d’abstention des élus locaux pour les raisons déjà évoquées, notre interlocuteur tient à rappeler le rôle capital qu’est celui des maires, qui, selon lui, est d'offrir aux Français la possibilité de « s’extirper du carcan européen » qui « bloque » toute véritable alternative politique. Il tient aussi à rappeler que les Français n’ont plus confiance dans les politiciens « présentés par les médias comme les grands candidats », un constat qui se traduit par des taux d’absentions record dès les élections législatives de 2017 jusqu’aux dernières élections municipales et régionales.

Voir aussi : François Asselineau manifeste devant le Sénat : l'entretien essentiel

Jean-Marc Governatori

S’il a annoncé sa candidature à la présidentielle dans un communiqué du 21 janvier 2022, le centriste qui ambitionne de retirer l’écologie des mains de la gauche nous a déclarés qu’il n’effectuait aucune recherche de parrainage. Ayant participé aux élections présidentielles de 2007 et de 2012, le candidat malheureux à la primaire des écologistes nous explique qu’il avait obtenu des milliers de promesses de parrainage à ces occasions, qui ne se traduisaient pas en signatures. Aussi se présente-t-il à l'élection suprême de façon symbolique de manière à faire peser sa ligne écologique centriste dans le débat présidentiel. Il estime que celle-ci représente plusieurs pourcentages de voix et qu’elle sera donc un sujet incontournable pour le candidat qui veut espérer l’emporter à l’entre-deux tours. S’il ne concourt pas à la plus haute fonction de l’État, Jean-Marc Governatori a néanmoins en vue l’élection législative qui suit de près l’élection d’avril.

Voir aussi : Jean-Marc Governatori, candidat à la primaire écologiste : "éducation à la santé" et écologie rassembleuse

Fabrice Grimal

Pour sa part, le candidat à la présidentielle pour La Concorde Citoyenne, même s’il n’a pas encore validé de signatures auprès du Conseil constitutionnel, revendique des soutiens de maires « qu’il tient en attente le temps de faire un programme encore plus commun avec quatre autres candidats citoyen ». Un travail qui sera présenté aujourd'hui. « On a une chance d’imposer à l’élection présidentielle notre mouvement. Il nous reste quinze pour accomplir l’exploit de convaincre les maires de France d’envoyer un candidat citoyen dans le grand bain », déclare-t-il dans une vidéo.

Olivier Grihaut, alias Oliv Oliv, nous confie par téléphone que l’alliance éco-citoyenne lancée le 4 janvier pourrait apporter son soutien à un candidat citoyen, potentiellement Fabrice Grimal, et que, lui, à titre personnel, procéderait à des appels aux maires.

Nous avons pris attache auprès du Collectif des maires résistants en vue de leur demander si ses membres avaient pu récolter des parrainages de maires à accorder à un candidat citoyen. Ils nous ont rapporté que le collectif était actuellement en cours de repositionnement, comme le « système est complètement verrouillé ».

Nicolas Miguet

Le candidat qui souhaite incarner les intérêts de la France rurale a recueilli à ce jour 12 parrainages validés par le Conseil constitutionnel. Nicolas Miguet nous confie ses difficultés à atteindre le seuil des 500 signatures : « Le principal souci, c'est que moins de 10% des maires ruraux, des maires de petites communes, ont parrainé un candidat ou une candidate. Cette "grève des parrainages" est un vrai souci démocratique ». Pour y répondre, il estime que « le parrainage devrait être obligatoire, comme le vote est obligatoire pour les élections sénatoriales. » En attendant, le « candidat des 50 000 clochers » ne jette pas l’éponge et maintient le cap : « Nous n'abandonnons pas. Chaque semaine, plus de 32 000 maires reçoivent une partie de notre programme complet pour " réparer la France " », dit-il, déterminé.

Des figures de la vie politique dont la qualification n'est pas acquise

Si le candidat d’Europe Ecologie-les Verts Yannick Jadot devrait recueillir sans difficulté avant le 4 mars le dix parrainages qui lui manquent, la question se pose de savoir si les Français pourront mettre dans l’urne les noms d’Eric Zemmour (291 parrainages), Marine le Pen (366 parrainages), Jean-Luc Mélenchon (370 parrainages) et Nicolas Dupont-Aignan (379 parrainages).

S’agissant d’Eric Zemmour qui dénonçait dans une vidéo en décembre un « système fait pour protéger les grands partis », « on a franchi le seuil des 500 promesses de parrainage », affirmait le 15 février sur France 2 Guillaume Peltier, vice-président de Reconquête ! et ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy dans le cadre de la présidentielle de 2012. Un entourage confiant donc, même si rien n'est gagné, puisque le candidat rappelait que les promesses ne sont pas toutes converties en parrainages effectifs, et qu'il leur faudrait donc plus de marge.

Au Rassemblement national, on ne cache pas son inquiétude : Sébastien Chenu, député du Nord, déclarait sur Public Sénat le 7 février : « Beaucoup de maires ne veulent signer pour personne, le système est verrouillé. Nous avons une vraie difficulté », voyant là lui aussi une conséquence de la publication des noms des parrains, mise en place depuis l’élection présidentielle de 2017.

Aucune certitude non plus à la France insoumise. Comme Marine Le Pen et Eric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon s'est dit pour une réforme du système de parrainage. Le candidat LFI milite notamment pour rétablir l'anonymat des élus qui donnent leur soutien.

Alors que la candidate socialiste Anne Hidalgo jugeait le 9 janvier sur BFMTV que si Le Pen et Zemmour n’ont pas leurs parrainages, « c’est qu’ils ne méritent pas de participer », Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, s’agaçait de cette situation auprès du Parisien : « Quand vous avez Le Pen, Zemmour et Mélenchon, qui pèsent près de 40 % de l’électorat, en difficulté, c’est que le système est à bout de souffle ».

Quant à Nicolas Dupont-Aignan, 20 minutes rapporte ses derniers mots sur sa situation : « Il me manque plus d’une vingtaine de signatures. Je suis en danger si je ne les obtiens pas. » C’est en ce sens que le président de "Debout la France" a pris la route mercredi pour aller à la rencontre de plusieurs maires rassemblés dans un village du Bas-Rhin puis dans le Haut-Rhin. Des visites pour lesquelles le député n’a pas souhaité la présence de la presse, ni faire la moindre publicité, « pour éviter toute pression sur ces élus. »

Ils sont déjà qualifiés

Emmanuel Macron ; même si le chef de l’État n’est pas encore officiellement candidat, il a été le premier à valider son billet dès le 3 février. Le président de la République dispose à ce jour de 1 345 parrainages. En 2017, il en comptait 1829.

Valérie Pécresse : candidate Les Républicains soutenue par les formations de centre-droit UDI et Les Centristes, c'est elle qui a récolté le plus de parrainages, en validant 1945. En 2017, François Fillon avait présenté 3635. Sa candidature a été validée le 8 février.

Anne Hidalgo : candidate du Parti socialiste, elle détient 1 074 soutiens, en dépit d’un faible score dans les sondages. En 2017, Benoit Hamon affichait un score de 2 039 parrainages. Sa candidature a été confirmée le 8 février.

Nathalie Arthaud : candidate de Lutte ouvrière avec 529 parrainages à son actif décrochés grâce aux réseaux locaux développés sur lequel le mouvement trotskiste peut s’appuyer. Sa candidature a été validée le 15 février.

Fabien Roussel : candidat du Parti communiste, il a atteint 529 signatures selon le dernier décompte du Conseil constitutionnel. Comme c’est traditionnellement le cas avec la gauche radicale, le candidat communiste a pu se reposer sur une large base d’élus locaux. Cela étant, ce dernier s’est dit sur CNews « agréablement surpris » de voir des parrainages émaner « d’élus non-communistes, sans étiquette ». Sa candidature a été validée le 17 février.

Jean Lassalle. Président du mouvement Résistons, il a obtenu 503 signatures. Sa candidature a été validée le 17 février. Selon lui, ce système de validation des candidatures, « c’est le meilleur qui soit ». « Vous avez vu la primaire citoyenne, ce que ça a donné avec Madame Taubira… », avait ajouté le président du mouvement Résistons !, crédité de 1% d’intentions de vote dans le dernier sondage Ipsos-Soprasteria.

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