Guerre d'Algérie : Hollande indigne opposition et harkis en commémorant le cessez-le-feu du 19 mars 1962

Auteur(s)
La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 18 mars 2016 - 13:14
Image
François Hollande dénonce les actes des djihadistes de l'EI à Mossoul.
Crédits
©Erik De Castro/Reuters
Le choix présidentiel de commémorer le cessez-le-feu décrété le 19 mars 1962 en Algérie provoque la polémique dans l'opposition.
©Erik De Castro/Reuters
François Hollande s'attire les foudres des harkis, de la droite et l'extrême droite en commémorant pour la première fois, samedi, le cessez-le-feu décrété le 19 mars 1962 en Algérie au lendemain des accords d'Evian.

L'initiative présidentielle est contestée par de nombreuses associations d'anciens combattants et de pieds-noirs pour qui le 19 mars marque non pas la fin du conflit algérien, mais le début de l'exil et du massacre de civils et des harkis.

Elle crispe également la classe politique. Dans une tribune publiée ce vendredi 18 dans Le Figaro, l'ex-président Nicolas Sarkozy tonne ainsi contre la décision de son successeur. "Pour qu'une commémoration soit commune, il faut que la date célébrée soit acceptée par tous. Or, chacun sait qu'il n'en est rien, le 19 mars reste au cœur d'un débat douloureux", écrit-il.

M. Sarkozy note qu'en son temps l'ex-président socialiste François Mitterrand, acteur de ce conflit, "refusa catégoriquement de reconnaître cette date pour commémorer la fin de la guerre d'Algérie" sachant qu'après les accords d'Evian, "la tragédie s'était poursuivie pendant des mois".

Dénonçant "une provocation à l’encontre de l’ensemble de la communauté rapatriée et des harkis", le maire de Nice et président de la région Paca Christian Estrosi, a prévenu qu'"aucune cérémonie" ne serait organisée dans sa ville samedi.

Marine Le Pen, présidente du FN, a elle accusé le chef de l'Etat de "violer la mémoire" des anciens combattants et harkis.

Afin de ne pas raviver les passions, Jacques Chirac avait choisi une date neutre, le 5 décembre 2002, pour inaugurer un monument célébrant la mémoire des victimes de la guerre d'Algérie mais aussi celles des combats en Tunisie et au Maroc.

C'est devant ce mémorial érigé quai Branly au pied de la Tour Eiffel que François Hollande prononcera samedi à 16h30 une allocution, avec pour idée : tenter "le compromis" pour instaurer "la paix des mémoires" sur ce conflit algérien qui exacerbe toujours les passions.

C'est à son initiative, qu'une loi avait été votée au Parlement le 6 décembre 2012 faisant du 19 mars la "journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie" mais aussi "des combats en Tunisie et au Maroc".

Le 19 mars, "c'est une date qui renvoie à des mémoires qui ont été longtemps opposées dans la population française", reconnaît-on dans l'entourage du chef de l'Etat.

Mais "l'ambition du président de la République, c'est d'embrasser toutes ces mémoires et de les faire entrer dans le récit de l'histoire de France (...) Ca n'est pas de faire disparaître les douleurs, ça n'est pas de nier les morts et les drames, c'est de les rappeler et de leur rendre hommage", explique-t-on également.

Dans son discours, M. Hollande devrait, comme il l'avait fait devant le parlement algérien le 20 décembre 2012, redire "l'injustice du système colonial" mais sans verser dans "le registre de la repentance", précise un conseiller.

L'historien Benjamin Stora, convié récemment à l'Elysée pour mettre en perspective devant la presse la démarche présidentielle, voit "un certain courage" dans la volonté de François Hollande "d'essayer de trouver une sorte de compromis, de consensus par rapport à cette guerre d'Algérie qui a bien du mal encore à passer dans l'histoire française".

Dans un texte transmis à l'AFP par le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), un collectif d'historiens proteste contre le choix du 19 mars qui "ne peut être considérée ni comme la date d’un cessez-le-feu, ni comme la fin de la guerre d’Algérie" puisqu'elle fut suivie d'"une période de massacres et de violences sans précédent".

"Je trouve ça scandaleux", s'insurge pour sa part Mohamed Otsmanie délégué régional Paca du comité de liaison national des harkis, interrogé par l'AFP, accusant le chef de l'Etat de visées "électoralistes" en direction notamment "des binationaux franco-algériens".

 

 

À LIRE AUSSI

Image
Mars 1962, la fin de la guerre d'Algérie (VIDEO)
Le mot "cessez-le-feu" est à la Une de "France-Soir" et de tous les quotidiens français en ce 19 mars 1962, au lendemain des accords d'Evian qui mettent fin officielle...
21 mars 2015 - 19:53
Culture
Guerre d’Algérie : du commencement à la fracture (1954-1958)
Il y a 60 ans, le 1er novembre 1954, la "Toussaint rouge" marquait le début de la guerre d’Algérie. Longtemps qualifiée "d’opération de maintien de l’ordre", ce fut en...
01 novembre 2014 - 11:08
Politique
Guerre d’Algérie : du retour de De Gaulle à l’indépendance (1958-1962)
Il y a 60 ans, le 1er novembre 1954, la "Toussaint rouge" marquait le début de la guerre d’Algérie. Seconde partie de l'historique de ce conflit, de 1958 à 1962.Depui...
01 novembre 2014 - 15:52
Politique

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Portrait Thierry Breton
Les numéros d’illusionniste du commissaire censeur Thierry Breton
PORTRAIT CRACHE - Thierry Breton, ingénieur devenu dirigeant d’entreprise, ministre, puis commissaire européen, a laissé derrière lui une ribambelle de restructuration...
24 février 2024 - 09:52
Portraits
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.