Au Royaume-Uni, les conservateurs essuient un troisième revers électoral en quelques mois, Rishi Sunak plus impopulaire que jamais

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France-Soir
Publié le 23 octobre 2023 - 12:30
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Rish Sunak et madame
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Justin Tallis / AFP
Rishi Sunak et son épouse Akshata Murty arrivant le 4 octobre dernier à la conférence annuelle du Parti conservateur à Manchester. On reproche beaucoup à ce couple richissime d'être déconnecté de la réalité des Britanniques.
Justin Tallis / AFP

MONDE - Nouveau coup dur pour Rishi Sunak et les conservateurs (Tory Party) au Royaume-Uni. Le Parti travailliste (Labour) a remporté vendredi 20 octobre 2023 deux circonscriptions dans le centre de l’Angleterre, quelques mois après avoir infligé à ses opposants deux défaites lors de deux scrutins locaux et partiels. A une année des élections générales visant à renouveler la Chambre des communes, le parti de Rishi Sunak, dont la cote est au plus bas depuis son arrivée à Downing Street en raison de la flambée de l'inflation et des mesures anti-pollution, subit la défaite la plus cuisante dans une élection partielle depuis 1945.

Organisées dans les circonscriptions de Mid-Bedfordshire (entre Luton et Cambridge) et de Tamworth (nord de Birmingham), ces élections partielles font suite aux démissions de deux députés conservateurs. Dans le Mid-Bedfordshire, les Tories ont perdu vendredi leur siège remporté en 2019. C’est Alistair Strathern qui remplace la députée conservatrice Nadine Dorries, ancienne ministre de la Culture et partisane de l’ex-Premier ministre Boris Johnson. Elle a quitté son poste de député après s'être vue refuser un siège à la Chambre des lords, accusant Rishi Sunak d'abandonner les "principes fondamentaux du conservatisme".

Carte politique redessinée

A Tamworth, c’est encore le conservateur Chris Pincher qui a abandonné en juin 2022 son poste à la suite d’accusations d’attouchements sexuels de deux hommes. La travailliste Sarah Edwards a remporté le siège de Tamworth, traditionnellement assuré aux Tories, avec plus de 1 300 voix d'avance.

Les résultats de ces deux élections partielles “redessinent la carte politique”, a réagi Keir Starmer, chef du Labour Party. "Gagner montre que les gens veulent largement le changement et qu'ils sont prêts à accorder leur confiance à notre parti" et son “véritable projet de reconstruire le pays”, a-t-il ajouté. Avant le scrutin dans ces deux régions, le Parti travailliste qualifiait lui-même ces sièges de “très sûrs” pour son opposant.

Au pouvoir depuis 13 ans, le Parti conservateur encaisse une troisième défaite en quelques mois. La formation menée par Rishi Sunak a perdu des dizaines de sièges en mai dernier, lors des élections locales. Deux mois plus tard, elle perd la circonscription de Selby (est de Sheffield), où un autre député allié de Boris Johnson a quitté ses fonctions, et celle de Somerton (sud de Glastonbury), remporté par les libéraux.

Rishi Sunak a beau répéter que “rien n’est joué” pour la prochaine élection générale, prévue l’année prochaine, ces pertes de suffrages mettent à mal son parti et interviennent au moment où sa popularité est au plus bas depuis son élection au poste de Premier ministre. Les précédentes déroutes sont interprétées comme un rejet de plus en plus important des Tories et de la politique de leur chef, que certains qualifient de “pro-WEF” (World Economic Forum). Sa cote est tombée à un niveau record la semaine dernière. Selon un sondage de la société YouGov, seul un électeur sur cinq estime que M. Sunak serait le meilleur Premier ministre.

Plus riches que la reine Elizabeth

La courbe descendante avait déjà été soulignée par un précédent sondage en septembre, qui expliquait cette baisse de la popularité du Prime Minister par... sa volte-face sur des décisions climatiques. Rishi Sunak avait alors affirmé “qu’il ne reculerait pas” dans ses efforts de lutte contre le réchauffement climatique, mais a repoussé l’interdiction des nouvelles voitures à essence et diesel ou encore la sanction des propriétaires fonciers s’ils ne réalisaient pas des travaux d'isolation.

Ce sont ces mêmes mesures climatiques qui constituent une des causes de son rejet. Citons les quartiers résidentiels à “faible trafic” (Low Traffic Neighbourhood), dont les caméras et les bornes détectent les véhicules non conformes à la “Toxicity Charge” pour leur imposer une amende de 12,50 Livres par infraction. Les opposants au Low Traffic Neighbourood et aux "zones à très faible émission" de CO2 (Ultra Low Emission Zone) craignent d’être obligés d’abandonner leurs véhicules pour se rendre à leur travail ou subir un total annuel de 4 000 livres d’amende.

Rishi Sunak justifie la révision de ses objectifs environnementalistes à la baisse par l’impératif de donner“la priorité à la croissance économique”. Ancien analyste pour la banque d’investissement Goldman Sachs, secrétaire en chef du Trésor sous Boris Johnson, celui que l’on a surnommé “l’homme de Davos” en raison de son parcours, censé lui conférer “une grande légitimité dans la gestion des dossiers économiques”, doit endiguer une inflation galopante au Royaume-Uni, une de ses nombreuses promesses électorales. En août, la Banque d’Angleterre a relevé son taux une 14e fois consécutive pour ralentir la hausse des prix.

L’opposition travailliste a maintes fois reproché au Premier ministre, l’un des plus riches membres du Parlement, d’être déconnecté des problèmes des Britanniques liés au coût de la vie. L'année dernière, alors qu’il était ministre de Finances, Rishi Sunak était au cœur d’une polémique avec son épouse, Akshata Murty, de nationalité indienne, qui bénéficiait du “non-dom statuts”, statut fiscal avantageux. Le couple détient un capital commun de 730 millions de livres, supérieure à la fortune de la défunte Elizabeth II, qui se chiffrait à environ 350 millions de livres (420 millions d’euros) selon la presse locale.

L’épouse du Premier ministre, âgée de 42 ans, détient des parts valant près d’un milliard de dollars dans l’entreprise Infosys, géant indien des technologies co-fondé par son père Narayana Murthy en 1981 et accusé de vouloir développer un système technologique de notation des entreprises similaire au crédit social chinois… 

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