La banque centrale américaine réfléchit au lancement d'un dollar numérique

La banque centrale américaine réfléchit au lancement d'un dollar numérique

Publié le 21/01/2022 à 17:13
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Auteur(s): FranceSoir
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La Réserve fédérale des États-Unis (Fed) a publié un rapport étoffé ce jeudi, qui servira de base pour les discussions sur l’éventuelle mise en place d’un dollar numérique, un projet monétaire étudié aussi en Europe. Il suscite des inquiétudes des deux côtés de l’Atlantique, en raison des atteintes à la vie privée qui pourraient accompagner le lancement d’une monnaie digitale sous contrôle des banques centrales.

Un projet très attendu en haut lieu

« Nous sommes impatients de dialoguer avec le public, les représentants élus et un large éventail de parties prenantes dans notre examen des aspects positifs et négatifs d'une monnaie numérique de banque centrale aux États-Unis », a fait savoir le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, dans un communiqué. La banque centrale a, en revanche, tenu à préciser qu’elle ne prenait pas position en ne privilégiant pour l’instant aucune piste.

Ce rapport très attendu sur les monnaies numériques des banques centrales (CBDC, « central bank digital currencies ») n'annonce « aucune décision imminente sur l'opportunité d'émettre une CBDC américaine ». Il s'agit de « la première étape d'une discussion publique (...) sur les avantages et les risques potentiels d'une CBDC américaine ». L'institution monétaire a demandé une réponse à un questionnaire d'ici au 20 mai.

« Bien qu'une CBDC pourrait représenter une option de paiement numérique sûre pour les ménages et les entreprises à mesure que le système de paiement continue d'évoluer, et permettre des possibilités de paiement plus rapides entre pays, il peut également y avoir des inconvénients », a-t-elle écrit. L’un d’entre eux, note la Réserve fédérale, tient bien sûr aux questions de respect de la vie privée.

Pour autant, elle avertit que l'incapacité à développer une monnaie numérique américaine pourrait éroder la suprématie des États-Unis sur les marchés mondiaux.

« Il est important de peser les implications d'un avenir potentiel dans lequel de nombreux pays étrangers et unions monétaires pourraient avoir introduit des CBDC », considère la banque centrale. Et d'ajouter : « Certains ont suggéré que si ces nouvelles CBDC étaient plus attrayantes que les formes existantes du dollar américain, l'utilisation mondiale du dollar pourrait diminuer — une CBDC américaine pourrait aider à préserver le rôle international du dollar. »

Ce projet a suscité l’enthousiasme chez certains politiques. « Le rapport de la Réserve fédérale est un bon premier pas vers la conception d'une monnaie numérique gérée par la banque centrale, qui attirera plus d'Américains dans notre système bancaire et aidera à maintenir le leadership des États-Unis dans l'économie mondiale », a déclaré Sherrod Brown, le sénateur démocrate de l'Ohio et président du comité sénatorial des banques.

Quelles modalités de lancement ?

La Réserve fédérale a souligné qu’elle ne mettrait pas en œuvre ce projet de monnaie virtuelle sans le soutien clair du pouvoir exécutif et du Congrès, idéalement sous la forme d’un projet de loi spécifique qui l’autoriserait.

La Fed a également estimé que cela « servirait au mieux les besoins » des États-Unis si le secteur privé offrait des comptes ou des portefeuilles numériques pour « faciliter la gestion » de tous les avoirs et paiements. Elle a suggéré que les banques commerciales et les institutions de services financiers non bancaires réglementées pourraient prendre cette mission en charge.

Vers la surveillance des achats ?

« Les particuliers, les entreprises et les gouvernements pourraient potentiellement utiliser une CBDC pour effectuer leurs achats de base de biens et services ou pour payer des factures. Les gouvernements pourraient aussi utiliser une CBDC pour collecter les impôts ou verser des prestations directement aux citoyens », peut-on lire dans le rapport de la Fed.

En Europe, la Banque centrale européenne a fait savoir en juillet dernier son projet de lancer un euro numérique, se donnant deux ans pour s’y préparer. Une nouvelle qui n’avait que peu ravi l’économiste Olivier Delamarche qui déclarait dans l’émission C’est Cash de RT France :

« Ce qui est inquiétant, c’est qu’on cherche à mettre la main sur toutes les informations que vous pourrez fournir. On va profiter du Covid et de la lutte contre le terrorisme pour supprimer le cash et mettre en place une monnaie virtuelle de façon à ce qu’ils aient accès à toutes les informations, et que rien ne leur échappe. Ils ne vont évidemment pas vous dire que l’euro numérique a vocation à remplacer les espèces, car on avance masquée quand on est une banque centrale. »

Quant à l’économiste Philippe Murer, à la suite de l’annonce du projet de la Fed, il a dénoncé sur Twitter le projet de « surveiller en temps réel tous les achats des citoyens » dans le cadre de la mise en place d’un crédit social à la chinoise :

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