Conflit au Moyen-Orient : reportage à Amman, entre attentisme et colère

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Christophe Paget pour France-Soir
Publié le 27 novembre 2023 - 17:25
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Reportage à Amman
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Christophe Paget
Tous les habitants de la capitale jordanienne ont un lien plus ou moins direct avec le peuple "frère" voisin.
Christophe Paget

REPORTAGE - La capitale jordanienne, forte de 4 millions d’habitants, pour beaucoup descendants de réfugiés palestiniens, vit les événements se déroulant à Gaza comme une fatalité. Impuissante.

Dans ce café à chicha bien connu de la rue Zahran Prince Muhammad, plusieurs groupes d’hommes sont attablés, affairés à jouer aux cartes, dans les volutes de la fumée de chicha, une spécialité régionale quand il s’agit de se détendre entre amis. Au milieu de la salle, d’autres clients prient au milieu des tablées. En fond sonore, les informations de la chaine Al-Jazira. Sur les écrans, un reportage en direct, en immersion dans un hôpital gazaoui. Culturellement, les pays arabes n’hésitent pas à montrer crûment les morts et blessés, et les images sont dures. Très dures.

Sur l’écran : des blessés par dizaines, du sang partout, et des larmes. Celles d’une vieille dame qui pleure sa fille, alitée à côté d’elle, dans le coma. Visiblement touchée par des éclats d’obus. Un autre homme, quadragénaire, sanglote en priant Dieu car son fils, dont il découvre les sévères blessures au ventre, semble dans un état critique.

Le café, pouls de la société arabe

"Gaza, Gaza !”, s’écrie, tout à coup, un homme dépité, qui lève la tête. Hassan arbore le visage de la tristesse, mais qui trahit aussi une colère sourde. Ce père de famille ne cache pas sa colère contre l’armée israélienne, “des bouchers”. Mais il ne préfère pas s’épancher. “A quoi bon parler, que peut-on y faire ? Que Dieu vienne en aide à la Palestine.” Amer, le gérant du café soupire : “Tout cela est triste, que Dieu leur vienne aide. Nous, nous sommes impuissants !”

A l’image de la rue arabe, Amman, retient son souffle, à défaut de pouvoir agir concrètement. Tous les habitants de la capitale jordanienne ont un lien plus ou moins direct avec le peuple "frère" voisin. Partout ici, des drapeaux palestiniens, qui présentent des similitudes avec le drapeau jordanien, sont affichés, dessinés, placardés. 

Dans le souk, près de la très fréquentée Rainbow Street, au milieu des produits de la mer Morte ou des foulards en pashmina, les objets en vente ont pris plus que jamais la couleur de la Palestine. Le jeune Tarek, tout juste la vingtaine, tient une boutique de tee-shirts aux slogans évocateurs : “Don’t give up”, “Free Palestine !” Son best-seller ? Ce tee-shirt au drapeau palestinien ensanglanté. “On n’oublie pas ce qui se passe, et cela sert à ne pas oublier”, nous précise-t-il

Des manifestations quotidiennes

Un climat lourd et une lutte silencieuse, émaillée de marches quotidiennes en centre-ville ou aux abords de l’ambassade israélienne. Et puis des rassemblements monstres comme cette manifestation organisée au début des évènements, le 15 octobre, surnommée “La marche des millions”. Une démonstration massive de soutien à la "résistance palestinienne" abondamment relayée sur les réseaux sociaux. Parmi les manifestants, qui ont afflué de tout le pays, un sentiment de fierté devant l’action combattante des forces armées du Hamas (dite opération Déluge d'Al-Aqsa) à rebours de l’opinion occidentale. On chante, danse, crie sa solidarité avec le peuple palestinien, considéré depuis si longtemps ici comme opprimé. Tous veulent remettre en cause les accords de paix avec Tel-Aviv.

La veille, le roi Abdallah II a déclaré au Parlement : “La Palestine est notre boussole, et sa couronne est Jérusalem”. Pour autant, les autorités craignent des débordements sur leur territoire. Le check point avec la Cisjordanie, réservé aux Palestiniens, a été fermé. Dans les médias locaux, la cause palestinienne est vécue comme "juste", la “résistance héroïque” de la “cause panarabe”.

La capitale du royaume hachémite est particulièrement inquiète, la ville compte plusieurs camps de réfugiés palestiniens depuis des décennies. Saïd, un professionnel du tourisme francophone résume l’ambiance : Je n’ai jamais vu un tel niveau de colère et de haine contre Israël, bien sûr, mais aussi contre les États-Unis. Avant, c’était de la colère, aujourd’hui, on est passé à un autre stade. J’ai très peur du retour de bâton et de la suite des évènements.

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