"Convoi de la liberté" en Nouvelle-Zélande : des camions bloquent la circulation autour du Parlement

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FranceSoir
Publié le 08 février 2022 - 15:30
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Une manif anti-pass en Nouvelle-Zélande.
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Après Ottawa, un convoi de la liberté voit le jour dans la capitale néo-zélandaise.
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Ce 8 février, un convoi de camions et de camping-cars a bloqué les rues situées autour du Parlement néo-zélandais à Wellington pour protester contre les restrictions sanitaires et la vaccination, un mouvement inspiré par le « convoi de la liberté au Canada ». Le Premier ministre Jacinda Ardern a fait savoir qu’elle n’avait aucune intention de dialoguer avec les personnes qui ont participé à cette opération.

Voir aussi : "Le Freedom Convoy est un mouvement festif et exemplaire" Alexis Cossette, de Radio Québec

Des centaines de véhicules, sur lesquels étaient affichés des messages tels que « rendez-nous notre liberté » et « la coercition n'est pas un consentement », se sont garés dans les rues proches du Parlement. Des centaines d'autres ont roulé à travers le centre-ville en klaxonnant et plus d'un millier de personnes se sont rassemblés pour assister aux discours.

Un habitant de Wellington, Stu Main, a confié que les manifestants avaient le sentiment que leurs inquiétudes concernant le recul de leurs droits ne faisaient l’objet d’aucune considération de la part du gouvernement. « Je suis vacciné mais je suis contre le fait d'obliger les personnes à le faire », a-t-il expliqué à l'AFP, qualifiant cette politique de « scandaleuse ». La manifestation est restée pacifique et la police n'a fait état d'aucune arrestation ou incident majeur.

Jacinda Ardern se refuse à tout dialogue

Un sentiment de ne pas être écouté qui ne risque pas d’être atténué par l’attitude du Premier ministre néo-zélandais, membre du Parti travailliste (centre-gauche). Jacinda Ardern a expliqué qu’aucune discussion avec les manifestants n’aura lieu, minimisant par ailleurs l’importance du mouvement en soulignant que la majorité des Néo-Zélandais avaient manifesté leur soutien au programme de vaccination du gouvernement. « 96% des Néo-Zélandais se sont fait vacciner, ce qui nous permet de vivre aujourd'hui avec moins de restrictions grâce à la protection supplémentaire que cela a apporté », a-t-elle fait valoir auprès de Radio New Zealand.

La vaccination contre le Covid-19 est obligatoire pour les personnes travaillant dans certains secteurs comme la santé, la police, l'éducation et la défense. Le passe sanitaire est également exigé pour entrer dans les restaurants, prendre part aux événements sportifs ou à des services religieux. Il n'est, en revanche, pas obligatoire dans les transports publics, les supermarchés, les écoles ou pour accéder aux services de santé.

Le 23 janvier au cours d’une conférence de presse à Auckland, elle annonçait faire basculer la Nouvelle-Zélande en « zone rouge » avec pour conséquence le durcissement des restrictions sanitaires, suite à la suite à la détection de… neuf cas de variant Omicron.

Depuis le 2 décembre 2021, la Nouvelle-Zélande a instauré un système à feux tricolores appelé "Protection framework" dans le cadre de la politique sanitaire du pays. Ce système de lutte contre le Covid-19 se présente comme des feux de circulation, le vert signifiant pratiquement aucune restriction, l'orange imposant le port du masque dans certains lieux tandis que le rouge, appliqué maintenant à l'ensemble du pays, permet aux commerces de rester ouverts aux seuls clients vaccinés et en observant une distanciation sociale.

Jacinda Ardern, un chef d’État très controversé

Par ses déclarations, Jacinda Ardern a déclenché à plusieurs reprises de vives polémiques au cours de la crise sanitaire aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Fin octobre, dans une interview vidéo accordée au quotidien New Zealand Herald, interpellée par un journaliste sur le fait que le système de passe sanitaire conduirait à la création de deux classes de citoyens sur la base du statut vaccinal, celle-ci reconnaissait, souriante : « Ouaip, c’est exactement ça », hochant la tête avec satisfaction.

Des propos qui faisaient écho à une déclaration similaire le mois suivant proclamée sur le même ton dans l’émission The AM show : « C’est très simple : si vous avez un passe vaccinal, vous pouvez tout faire », expliquait-elle.

Dans une autre sortie polémique, le chef d’Etat a été accusé de faire le tri des journalistes habilités à lui poser des questions. Lors d’une conférence de presse début novembre, relayée sur les réseaux sociaux et par plusieurs médias, Jacinda Ardern mettait fin abruptement à une séance de questions après avoir été interrogé par un journaliste sur l’échec de la vaccination en Israël. Se fondant sur les données de santé de l’Etat hébreu, celui-ci demandait : « Pourquoi ça ne marche pas en Israël ? Les vaccins ne marchent pas en Israël. Il y a 39% d’efficacité seulement en Israël. ». Pour réponse, Jacinda Ardern répliquait : « Monsieur, je vais répondre aux questions des médias "accrédités" », avertissant : « Monsieur, je vais arrêter la conférence de presse si vous ne cessez pas », menace qu’elle mettra à exécution.

Si les propos de Jacinda Ardern ont pu suscité la polémique, ses méthodes pour inciter à la vaccination contre le Covid-19 l’ont été tout autant. Une, particulièrement atypique, qui a retenu l’attention : le 2 novembre, Courrier International rapportait une initiative du gouvernement qui consistait à faire appel à des chefs de plusieurs organisations criminelles néo-zélandaises pour promouvoir la vaccination.

Dans une vidéo publiée par The Guardian, il est possible de voir sept chefs de célèbres gangs de rue néo-zélandais se faire les avocats du vaccin auprès de la population. Parmi eux, Denis O’Reilly, membre à vie du Black Power, un gang composé de Maoris et de Polynésiens, impliqué dans le crime organisé et le trafic de drogue.

Si Jacinda Ardern semble résolue à ne faire aucune concession face au convoi de la liberté qui prend forme, le mouvement va-t-il imiter celui du Canada et engager un bras de fer avec le chef de l'Etat jusqu'à ce que les revendications soient finalement entendues ?

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