Pfizer finance les fact-checkeurs employés par Facebook

Auteur(s)
FranceSoir
Publié le 04 mars 2022 - 15:32
Image
Le siège social de Pfizer France, à Paris (14e), le 5 novembre 2021
Crédits
F. Froger / Z9, pour FranceSoir
Le siège social de Pfizer, à Paris.
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

Le laboratoire pharmaceutique Pfizer finance une partie des programmes de formation au journalisme utilisés par Facebook pour former ses partenaires de « fact-checking » chargés de « combattre la désinformation » et de censurer les publications qui critiquent les vaccins contre le Covid-19. Alors que la notion de conflits d'intérêt a été complètement évacuée au cours de cette crise Covid, le géant médical a tissé une vaste toile avec géants du numérique et organismes de presse, dont les fils apparaissent progressivement au grand jour.

Pfizer et l'ICFJ, organe de formation des journalistes financé par les lobbys

Pfizer verse des fonds à l'ICFJ (International Center For Journalists - Centre international pour les journalistes), organisation américaine également financée par les fondations Open Society du banquier milliardaire George Soros. L’ICJF détient un partenariat avec Meta, la société mère de Facebook, dans le cadre de son initiative "Journalism Project". Pour son recrutement, le réseau social s’appuie sur les journalistes formés par cette organisation, qui reçoit le soutien financier de Pfizer via sa bourse Arthur F. Burns 2022 – du nom d'un ancien président de la banque centrale des États-Unis (Fed).

Voir aussi : Le British Medical Journal étrille le fact-checking de Facebook : "inexact, incompétent, irresponsable"

« Le programme le plus ancien de l'ICFJ, la bourse Arthur F. Burns, offre à de jeunes journalistes américains, allemands et canadiens talentueux la possibilité de vivre et de travailler dans ces différents pays. Ce programme hautement personnalisé et concret améliore la qualité de la couverture de l'actualité dans chaque pays et renforce la relation transatlantique », peut-on lire dans le texte de présentation du programme. Après quoi le programme vante ses mérites : « Parmi les journalistes en milieu de carrière qui couvrent les affaires internationales en Allemagne aujourd'hui, au moins la moitié sont des anciens étudiants de la bourse Burns. Plus de 40 anciens élèves de cette bourse travaillent désormais comme correspondants étrangers dans 20 pays pour des médias bien connus, tels que le Washington Post, Reuters, CNN, ARD, Deutsche Welle et le Süddeutsche Zeitung. »

La relation financière entre l’ICJF et Pfizer remonte au moins à 2008, alors que le centre s'est associé au laboratoire dans le cadre d’un « atelier de formation sur la couverture journalistique des problèmes de santé » en Amérique latine.

« L'objectif de l'atelier est de sensibiliser davantage à l'importance de la couverture des questions de santé dans la région et de rappeler comment les médias peuvent devenir des acteurs de premier plan lorsqu'il s'agit d'informer et d'éduquer le public sur les questions de santé qui affectent directement votre santé et votre qualité de vie », est-il écrit sur le site de l’ICJF.

L'unique sponsor de l'atelier : Pfizer.

Des liens d'intérêts multiples

Outre l’ICJF, Pfizer détient des liens d'intérêt avec d’autres organes de presse comme l’agence Reuters dont le président du conseil d’administration, Jim Smith, siège… dans le conseil d’administration de Pfizer. Jim Smith siège également dans plusieurs conseils d’administration du Forum Économique Mondial fondé par Klaus Schwab, comme la Partnering Against Corruption Initiative et son International Business Council.

Selon le site du Forum Économique Mondial, ses partenaires comprennent : Pfizer, AstraZeneca, Johnson & Johnson, Moderna, Facebook, Google, LinkedIn, Amazon, l'Oréal, Gucci, H&M, Zoom, Total, des fonds financiers qataris, des grands groupes chinois, la fondation Bill & Melinda Gates, BlackRock, de nombreuses banques et des médias comme le TIME, Bloomberg, NBCUniversal et le New York Times.

Reuters fait également partie de la Trusted News Initiative (TNI), créée à partir d’un partenariat entre grands organismes de presse et géants du numérique. Son objectif revendiqué est de « protéger le public de la désinformation, particulièrement lors des moments critiques comme les élections. »

En décembre 2020, la TNI a annoncé dans un communiqué de presse élargir son champ d'action pour lutter contre la désinformation autour des vaccins et des théories du complot.

Selon la BBC, les autres partenaires de la TNI sont Google/YouTube, Facebook, Twitter, Microsoft, l’Agence France-Presse, The Washington Post (propriété de Jeff Bezos), la BBC, l’Associated Press, CBC/Radio-Canada, European Broadcasting Union, le Financial Times, First Draft et The Hindu.

À LIRE AUSSI

Image
Le siège historique de l'Agence France Presse, place de la Bourse à Paris.
L’AFP, une machine à désinformation : réponses et retour sur un cas d’école
TRIBUNE — Le mardi 8 février 2022 à 18h39, un article AFP France de Léa Pernelle est publié sur un site de l’AFP. Si la question concernant la crise du Covid-19 n’étai...
14 février 2022 - 17:19
Opinions
Image
Christine Cotton : plongée dans les essais Pfizer
Essais Pfizer sur le vaccin anti-covid : le rapport explosif de Christine Cotton
Des résultats qui ne peuvent pas être considérés comme "fiables" et "intègres" au regard des bonnes pratiques cliniques, explique-t-elle. Nous avons de nouveau reçu la...
01 février 2022 - 11:00
Vidéos