Popularité en vrille d'un Joe Biden lâché par les sénateurs démocrates

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Teresita Dussart, pour FranceSoir
Publié le 19 avril 2022 - 19:53
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Le président américain Joe Biden à la Maison Blanche, le 16 mars 2022
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© Nicholas Kamm / AFP
La popularité de Joe Biden est au plus bas.
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CHRONIQUE — Est-ce vraiment nécessaire de rappeler que Joe Biden a surgi comme le président du consensus, de l’union sacrée et des bonnes manières en politique ? Avec lui, les stridences de son prédécesseur devaient être effacées. Comme beaucoup d’autres mandataires arrivés avant lui en scandant un "tous" fédérateur, Joe Biden, figure tutélaire du camp du bien, se retrouve de plus en plus isolé. Les effets des diversions successives, du Covid et ensuite de l'Ukraine, ne semblent pas être de nature à pouvoir sauver le soldat Biden, quel que soit le ton martial employé. Le "nous sommes en guerre" version américaine ne rassemble plus.

Arrivé au pouvoir avec 81,2 millions de voix, le vote le plus plébiscitaire de l’histoire américaine fomenté par le mot d’ordre de barrage à Donald Trump, Joe Biden ne jouit désormais en avril 2022, à mi-terme de son mandat, que d’approximativement 40% de taux d’approbation, selon toutes les études. Le taux le plus bas de l’histoire contemporaine américaine, après Jimmy Carter. Le plus préoccupant pour son administration étant que cette chute n’apparait pas comme conjoncturelle. Même si la désaffection démarre au lendemain du consternant retrait d’Afghanistan, l’opinion négative n’a cessé d’augmenter.

D’après Niall Fergusson, historien d’Oxford et d’Harvard tout à la fois, il s’agit d’une des présidences les plus catastrophiques de son pays. "La présidence de Biden est au bord d’une avalanche de désastres en matière de politique extérieure, aussi négative que celle de Carter en 1979, et possiblement pire qu’elle, avec des implications évidentes pour son futur politique et celui de son parti. Le président et son équipe de sécurité nationale ont multiplié les erreurs depuis qu’il a succédé au président Donald Trump". Malgré les critiques que Fergusson et d’autres intellectuels ont émises et continuent d’émettre, encore que de manière plus discrète, ils reconnaissent à l’extravagant prédécesseur de Biden le fait d’avoir redéfini la sécurité nationale et de ne pas avoir engagé de nouvelles aventures, dommageables pour les États-Unis et tragiques pour les États victimes de ces expérimentations.

Biden est en train de perdre son atout le plus précieux sur lequel se forge la vraie légitimité politique d’un démocrate, celui du soutien de l’aile aujourd’hui redéfinie comme "modérée", tant le parti sous son égide s’est radicalisé. Il ne lui reste plus comme vote de réconfort que l’aile de l’autoritarisme woke, la plus prompte aux dystopies et autres modes de diffraction de la réalité. Sa dernière tentative de remonter la pente abondait en ce sens au travers de la nomination à la Cour suprême de la magistrate afro-américaine, Ketanji Brown Jackson. Mais le vote afro-américain ne lui est pas davantage garanti automatiquement. L’hyperbolisation du fait racialiste commence à être considéré outre-Atlantique comme un fait stigmatisant par les principaux intéressés, à en juger par le déclin du mouvement "Black Lives Matter". Le mouvement qui lui est corrélé, connu en anglais comme "Defund the Police", a contribué à un saut de 32% des homicides au sein des communautés les plus reléguées, du fait de l’hésitation des forces de l’ordre à engager toute action répressive pouvant être interprétée comme raciste. Ces territoires sont le plus souvent gouvernés par des mandataires du parti de Biden.

Sur la crise ukrainienne, paradoxalement, le votant américain tend à estimer que l’actuel président n’en fait pas assez, même si chacune de ses actions rapproche davantage le monde d’une troisième guerre mondiale et d’un scénario de dépression économique. Il aurait, certes, quelques succès à porter à son crédit, comme celui d’avoir réussi à imposer le gaz de schiste aux Européens en remplacement du gaz russe, mais ces quelques succès attribuables à la faiblesse des Européens ne suffisent pas à estomper d’autres réalités domestiques. Sur le plan de l’expansion des dépenses publiques, le camouflet est venu de son propre camp. Les sénateurs démocrates centristes, Joe Manchin (Virginie occidentale) et Kristen Sinema (Arizona) ont posé un veto, considérant les dépenses sociales trop lourdes. Puis il y a l’inflation : 8%. Une réalité jusque-là strictement latino-américaine, jamais expérimentée aux États-Unis, du moins pas depuis 40 ans. Cette dépréciation de la monnaie semble accompagner la dépréciation de la parole du président.

D’autant qu’il existe cette autre actualité, que les médias mainstream ne peuvent plus dissimuler : le niveau de corruption de la famille Biden elle-même. Un sujet qui accapare de plus en plus les titres, et plus seulement ceux de la chaîne Fox. Il impose aux sénateurs démocrates de se décoller du président tant qu'il est encore temps.

Sur le front migratoire, Joe Biden a abrogé la mesure de Donald Trump qui permettait de reconduire à la frontière les migrants clandestins, au cours de la phase covidienne. Ce décret présidentiel, connu comme Title 42, en vigueur depuis mars 2020, aura permis la détention de 550 000 clandestins, dont 83% auront été reconduits à la frontière. Trump n’avait fait que donner de la publicité à une procédure qui s’appliquait déjà sous la présidence de Barack Obama, sans avoir pour autant besoin de recourir au prétexte Covid.

Selon l’institut de sondage Morning Consult, cette mesure est jugée négative par 56% des personnes interrogées, et fait même l’effet d’une réprobation transversale. De nombreux démocrates ont haussé le ton, face à une politique qui les affaiblit au regard de leur électorat le plus vulnérable, le plus exposé au dumping des salaires et à l’insécurité. Cette mesure, du temps de la présidence Trump, n’avait pas eu d’impact sur le "vote latino" au cours de l’élection présidentielle. En revanche, ce qui ne passe plus du tout entre la communauté hispanique et Biden, c’est son rapprochement avec le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro. Là encore, la condamnation a été accompagnée par les ténors de son propre camp, dont Bob Menendez de New Jersey.

Biden doit donc compter prévisiblement sur l’opposition des républicains, mais aussi celle des démocrates modérés. Et pour arrondir les angles, il n’est pas aidé de sa vice-présidente, Kamala Harris, incarnation de la légitimité des minorités offensées. Le manque de préparation de Harris a conduit à l’écarter des scénarios de diplomatie étrangère et des questions stratégiques, sur lesquels se déployait l’allant de ses prédécesseurs. 52% des consultés ont une opinion négative de Kamala Harris, selon un sondage du Los Angeles Times publié cette semaine.

Pour une équipe qui venait normaliser la politique, pour l’instant, cela ressemble davantage à une équipée sauvage.

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