Biden et von der Leyen créent une task force pour décider de notre politique énergétique

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Teresita Dussart, pour FranceSoir
Publié le 25 mars 2022 - 14:17
Mis à jour le 26 mars 2022 - 17:47
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Le président américain Joe Biden s'adresse aux journalistes à son arrivée au sommet de l'Union européenne à Bruxelles, le 24 mars 2022
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© Brendan SMIALOWSKI / AFP
Une opération d’extorsion commerciale, requalifiée diplomatiquement de "politique d’approvisionnement".
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CHRONIQUE - Au terme du sommet de l’Union européenne ce vendredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et Joe Biden, invité spécial, ont dépassé les prévisions les plus extravagantes sur l’inutilité de la représentation démocratique au sein des États membres. Les États-Unis veilleront à réduire la dépendance des Européens au gaz russe, en compensant par le gaz naturel liquide à hauteur de 15MMC (milliards de mètres cubes). Ce sera plus cher et plus difficile à transporter, mais c’est pour la bonne cause.

À cet effet, Biden et von der Leyen ont annoncé la création d’une Task Force, dont l’objectif sera précisément de "veiller à rompre cette dépendance à l’égard de la Russie". Au nom de l’indépendance, les achats en matière énergétique seront soumis à une sorte de commissariat politique. La Task force sera présidée par un représentant de la Maison-Blanche et un représentant de la présidence de la Commission européenne, a révélé Biden.

Le président américain a dressé deux objectifs centraux. Le premier, mentionné plus haut : "Aider les Européens à réduire leur demande de gaz russe". Deuxièmement, aider, toujours aider "les Européens à réduire leur demande d’énergie en général". Le sommet était placé sous le signe de la crise ukrainienne, mais Biden est venu nous faire du Greta, nous disant comment entend-il que nous vivions.

"Les États-Unis, en accord avec nos partenaires européens, allons livrer 15MMC de gaz liquide à l’Europe, cette année. (…) Et nous travaillerons à continuer à assurer la demande de marché pour 15BCN annuellement, jusqu’en 2030." Cette opération d’extorsion commerciale, requalifiée diplomatiquement de "politique d’approvisionnement", que l’on se rassure, "n’entrera pas en conflit avec la politique de zéro émission de carbone que nous poursuivons". Si c’est de l’énergie fossile américaine, c’est forcément propre.

Dans cet esprit d’ingérence désinhibé, sous le regard complice de von der Leyen, Biden a admis que cela demandera un certain temps pour l’adaptation des infrastructures et qu’il faudra "éduquer les familles européennes à un futur d’environnement propre". "Les États-Unis et l’Europe vont continuer à travailler ensemble pour prendre des mesures concrètes pour réduire la dépendance au gaz. Et maximiser l’usage d’énergies renouvelables."

"Madame la présidente, je sais qu’éliminer le gaz russe aura des conséquences pour l’Europe, mais ce n’est pas seulement une action correcte, d’un point de vue moral, c’est ce qui vous place dans un sentier beaucoup plus stratégique. Et je suis donc fier d’annoncer que nous avons aussi pris une autre décision majeure qui consiste en un flux transatlantique de data". Ce dernier aspect, d’une importance singulière au regard des libertés individuelles et de la souveraineté des États, arrive comme un cheveu sur la soupe. On ne l’a pas vu venir.

Le chef d’État américain et la fonctionnaire européenne se sont mis d’accord sur une gestion des données privées, sous couvert de "bouclier". L’objectif et l’opportunité d’annoncer une telle mesure surprend, sachant que dans tous les pays européens, il existe des commissions ad hoc qui travaillent sur cet enjeu, par ailleurs très normés. "Cet instrument devrait servir l’État de droit", a cru bon de rassurer Biden.

Pour sa part, von der Leyen a déclaré voir en la présence de Biden "un message très puissant au monde". Sur ce point, il est permis d’être d’accord avec elle. Le message consistant à savoir qui décide désormais est reçu 5/5. L'allocution de l'Allemande sera placée sous un ton beaucoup plus transatlantique qu’européen. "Le pacte transatlantique est plus fort et nous unit plus que jamais. (…) Nous sommes déterminés à nous lever contre l’agression brutale de la Russie. (…) Les opérations au travers des quatre vagues de sanctions contre la Russie ont été extraordinaires et exceptionnelles ". L’heure est aux formules dithyrambiques tant il est vrai que plus c'est gros, plus ça passe.

Von der Leyen, pince-sans-rire, sans doute, a cru bon d’ajouter que cette nouvelle alliance otanienne devrait faire obstacle "aux menaces contre notre démocratie". Ce alors que des mesures aussi importantes que de savoir à qui l’on achète du gaz, à quel prix, au travers de quelle infrastructure et qui collecte nos data, sont annoncées comme étant devenues des compétences régaliennes des USA et de la Commission européenne.  "Dans un monde de désordre, notre unité transatlantique érige les valeurs fondamentales en lesquelles nos citoyens croient", conclut von der Leyen en adressant à Biden le regard de Heidi à son grand-père.  À se demander pourquoi est-ce que les nations européennes continuent de poursuivre de coûteux processus électoraux. 

Biden devait poursuivre sa tournée européenne en Pologne, où se trouve le plus passionné défenseur d’une Union européenne sous influence atlantiste.

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