Reprise des négociations Ukraine-Russie, vers une sortie de crise hors toute médiation UE

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Teresita Dussart, pour FranceSoir
Publié le 29 mars 2022 - 16:18
Mis à jour le 30 mars 2022 - 20:56
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Pourparlers Russie-Ukraine à Istanbul.
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Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a prononcé le discours d’ouverture de cette ronde de négociations pour la paix.
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CHRONIQUE - Un nouveau round de négociations s’est ouvert ce matin à Istanbul entre les délégations de Russie et d'Ukraine sur un socle désormais partagé. Ces pourparlers ont été marqués par un premier succès : la Russie s'engage à desserrer son étau sur Kiev. Les points non négociables pour la partie russe avaient été rappelés par le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov. L’Ukraine devait s’engager à "ne pas héberger d’armée étrangère sur son sol". L’autre point, l’arrêt des "assassinats de civils dans le Donbass". Si un accord venait à couronner ce socle, à l’origine de l’intervention russe à l’Est du Dniepr, une rencontre entre Zelensky et Poutine serait possible, a estimé Lavrov. "Poutine n’a jamais été contre une rencontre avec Zelensky" mais "trop de contentieux se sont accumulés au cours de ces dernières années pour se réunir et échanger des idées. Ce serait contreproductif”. Ce cycle de rencontre avec pour hôte, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, pourrait se déplacer à Belgrade au cours de prochaines sessions, a laissé entendre Lavrov.

Hier, le même Lavrov avait déclaré que l’Union européenne, au vu du passif sur le Kosovo et l’Ukraine et au regard des accords de Minsk, ne saurait être considérée comme "État garant de confiance". Il est vrai que pour sceller des accords qui garantissent la paix et la sécurité de la région, sans suspicion, l’Europe a perdu toute crédibilité, tant du fait de la diplomatie de ses États membres que de celle déployée par l’Espagnol Josep Borell au sein de la Commission européenne. Optant pour un rôle de hooligan rageur, en faveur d’une des parties en conflit, en décontextualisant le différent du long contentieux qui le précède et duquel deux nations européennes, la France et l’Allemagne, avaient été investies du rôle de garant, l’UE occupe désormais un rôle qui n’est ni celui de co-belligérant ni celui d'arbitre, mais lequel, in fine est considéré comme néfaste et pyromane par les parties en présence. Y compris l’Ukraine. Car, malgré la danse des sept voiles de Zelensky auprès de l’Otan et des grands parlements de l’Hémisphère nord, le président ukrainien sait en son for intérieur - qu’assisté d’une armée régulière ukrainienne inexistante et entouré de milices nazies au sens classique du terme qui pourraient se retourner contre lui à tout moment - la sécurité et la paix sont des affaires trop sérieuses pour être livrées à ce que sont devenues les chancelleries européennes.

Au cours de l’après-midi, le président Emmanuel Macron devrait prendre l’initiative de téléphoner à Poutine. Geste électoraliste plus que diplomatique, si l’on en croit l’escalade de mesures d’asphyxie économique envers la Russie, et par voie de ricochet du monde, ainsi que de la publicité qu’il confère à ces communications d’ordinaire nécessairement discrètes. Apparemment, une partie de l’intelligence institutionnelle française ne partage pas l’abordage du dossier russe.

Si les Occidentaux ont déserté la scène diplomatique, ils l’ont compensé par la notion de sanction. Lors du triple sommet UE/G7/OTAN, les délégations ont vibré au rythme de nouvelles vagues de sanctions. Le terme est pour ainsi dire accompagné d’une notion euphorique. Voire de triomphe par défaut. Même lorsque Emmanuel Macron admet que ces sanctions s’accompagneront de famines. C’est dire que le camp occidental, non seulement ne sait plus arbitrer un conflit sur son continent, mais il ne sait même plus penser en termes de gestion de risque, voire de rapport coût-bénéfice.

Face à l’arsenal de mesures de guerre économique, la Russie a, par la voie de deux de ses poids-lourds, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et l’autre, Dmitri Medvedev, directeur adjoint du Comité de sécurité (et ex-président) fait valoir un changement de cap sur la manière dont ces sanctions seraient encaissées.  Dans des déclarations reprises par l’agence Itar-Tass, Medvedev a déploré que les citoyens russes soient menacés de confiscation de leurs biens et compagnies à l’extérieur, "juste comme cela", "hors toute sanction" {ndlr : entendre sanction dans le cadre du droit public international, qui soit avalisée par une résolution des Nations unies ou par une décision judiciaire d’une juridiction compétente). Tout cela se fait depuis "le mépris", selon Medvedev. Des mesures "symétriques" seront adoptées par son pays, telle que la confiscation de biens appartenant à des étrangers ou à des compagnies étrangères basées en Russie. Il a également évoqué la possibilité de nationalisation de propriétés enregistrées auprès de juridictions "inamicales", cette notion s’appliquant désormais à tous les pays de l’UE. Peskov n'a pas été en reste en déclarant que l’humeur au Kremlin n’était pas à la "charité" et que le gaz se facturerait en rouble ou ne serait pas livré.

Au travers de cette batterie de sanction, l’Europe s’est inscrite dans le sillage de la politique américaine, engagé à la fin des années -90, sous Georges Bush père, consistant à forcer la recollectivisation de l’économie russe, la poussant à entrer dans une nouvelle phase d’autarcie. Situation paradoxale, c’est à l’UE de payer le gaz russe en rouble ou, le cas échéant, d’attendre que soient construites les infrastructures pour recevoir les méthaniers du gaz de schiste américain, payé au prix fort par les ménages et les entreprises

La résolution d’un conflit qui aurait dû être réglé en 2014, étant désormais engagée, par la médiation de puissances atypiques, reste que l’Europe a une fois de plus raté une occasion d’être prise au sérieux et de faire valoir ses intérêts, du fait de la médiocrité de son personnel politique et de fonctionnaires européens sans légitimité, se comportant en putschistes.

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