Sabotage de Nord Stream : après la Suède, le Danemark met fin à son enquête sans pouvoir engager une procédure pénale

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France-Soir
Publié le 29 février 2024 - 08:52
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Enquêtes Nord Stream Suède et Copenhague
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Fabrice Coffrini / AFP
Saura-t-on un jour qui est derrière le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 ?
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MONDE - Saura-t-on un jour qui est derrière le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 ? Le mystère demeure entier et deux pays ont déjà annoncé l’abandon de leurs enquêtes. Après la Suède, c’est le Danemark qui met fin à son investigation, en livrant des conclusions peu approfondies. La police de Copenhague, qui a annoncé la nouvelle, confirme que les explosions étaient bien dues à un acte de sabotage, mais se dit incapable d’engager une quelconque procédure pénale. 

Berlin a écarté la responsabilité de Moscou

D'importantes fuites de gaz avaient été repérées le 26 septembre 2022 sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2, qui relient la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. Un institut sismique suédois avait révélé le lendemain que deux explosions sous-marines avaient été enregistrées à proximité des sites. Des traces d’explosifs avaient ensuite été retrouvées.

Le sabotage des deux gazoducs a immédiatement laissé place à des accusations de toutes les parties au conflit : Russie, Ukraine, États-Unis, Royaume-Uni... Trois enquêtes ont été ouvertes. La première par l’Allemagne, desservie par les deux gazoducs, les deux autres par la Norvège et le Danemark, les explosions étant survenues dans les zones économiques exclusives (ZEE) de ces deux pays.

En février 2023, Berlin a écarté la responsabilité de Moscou, affirmant “qu’aucune preuve” ne pouvait être retenue contre la Russie. Une version corroborant les premières conclusions d’une enquête dévoilées en décembre 2022 par le Washington Post, selon laquelle “rien ne lie, de manière concluante, la Russie à l’attaque”.

Au fil des mois, aucune des trois enquêtes n’a abouti, tandis que de plus en plus d’hypothèses étaient avancées. Le New York Times a affirmé qu’un groupe pro-ukrainien serait à l’origine du sabotage, “sans implication” du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le magazine allemand Der Spiegel a corroboré l’information, précisant que le groupe en question aurait navigué depuis l’Allemagne. Le célèbre journaliste américain d’investigation, Seymour Hersh, blanchi sous le harnais et lauréat du prestigieux Pulitzer, souligne de son côté que l’implication de Washington ne fait aucun doute : des plongeurs de l’US Navy auraient posé des explosifs sur les gazoducs en juin 2022 avant de les faire exploser en septembre. 

Une situation “absurde” selon Peskov

En avril 2023, Stockholm a annoncé que la “principale hypothèse” de son enquête était qu’un État était derrière cet acte de sabotage. Le procureur général chargé de l’instruction a affirmé à cette époque que son enquête était “dans la phase finale”. Il promettait des résultats en 2024. Qui n’ont pas vu le jour, la Suède ayant annoncé, début février, l’abandon de son enquête. Stockholm a toutefois remis ses preuves aux enquêteurs allemands... 

Pour ce qui est du Danemark, l’autre pays concerné par le sabotage, la police de Copenhague a annoncé lundi 26 février 2024 la fin de ses investigations. "L'enquête a conduit les autorités à conclure qu'un sabotage délibéré des gazoducs a bien eu lieu”, confirme-t-on. “Cependant, il n’y a de raisons suffisantes pour engager une procédure pénale au Danemark". On ne sait pas à ce jour si les preuves récoltées par les enquêteurs ont été transférées à leurs homologues allemands.

Reste l'Allemagne, semble-t-il toujours décidée à faire toute la lumière sur cet acte de sabotage. C’est du moins ce qu’a fait savoir lundi 26 février un porte-parole du gouvernement. L’année dernière, le pays a révélé au Conseil de sécurité de l’ONU avoir trouvé des traces d’explosifs sous-marins sur un voilier, suspecté d’avoir été utilisé pour le sabotage des gazoducs. 

L’abandon par la Suède, puis par le Danemark, de leurs enquêtes respectives après confirmation que les explosions des gazoducs Nord Stream 1 et 2 étaient la conséquence d’un acte de sabotage, a fait réagir la Russie. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a qualifié la situation “d’absurde”. "D'un côté, on reconnaît un sabotage délibéré, de l'autre, il n'y a pas de progrès", a-t-il ironisé. 

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