Un article scientifique "majeur" sur l'origine "naturelle" du Covid critiqué par le Pentagone, Anthony Fauci en ligne de mire

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France-Soir
Publié le 22 mai 2023 - 12:30
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Jim Watson / AFP
Anthony Fauci, directeur du NIH, a soutenu l'hypothèse d'une origine "naturelle" du SARS-CoV-2, sans disposer d'éléments scientifiques avérés.
Jim Watson / AFP

VIRUS - Aux États-Unis, une nouvelle révélation sur les origines du Covid accable Anthony Fauci, le directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIH), un centre de recherche du département américain de la Santé. Selon un document déclassifié du Pentagone, l’article "The Proximal Origin of SARS-CoV-2", dirigé par le professeur Kristian Andersen et son équipe, "ne se base pas sur une analyse scientifique, mais sur des hypothèses injustifiées". Pourtant, le conseiller sanitaire en chef des présidents Trump et Biden s'est appuyé sans réserve sur celui-ci, afin de soutenir l’idée d’une origine "naturelle" du virus responsable de la Covid et d'écarter celle d’une fuite de laboratoire. Le Département américain de la Défense apparaît avoir été au courant de la démarche du docteur Fauci pour imposer son récit et sa politique consécutive de lutte contre la pandémie.  

En mars 2023, une commission parlementaire républicaine du Congrès a dévoilé les coulisses de la rédaction de l’article "The Proximal Origin of SARS-CoV-2". D'après elle, les données utilisées par ses auteurs pour affirmer que l’origine du virus était "naturelle" ne sont "pas convaincantes" et mènent à des conclusions "faussées".  

Le républicain Brad Wenstrup, représentant de l’Ohio, a révélé dans son travail d'enquête "Sur les origines de la Covid-19 et le financement par le gouvernement de la recherche sur le gain de fonction" (le gain de fonction est une tentative artificielle pour modifier artificiellement les caractéristiques d'un virus, afin d'accroître sa transmissibilité, ndlr) qu’un email du directeur du NIH aurait "poussé" à la rédaction de cet article de manière à "réfuter la théorie" d’une fuite de laboratoire du virus.

Des "hypothèses injustifiées" 

Désormais, un document de travail du Pentagone, daté du 26 mai 2020, conforte le représentant républicain et les conclusions de son enquête en tant que parlementaire.

Intitulé "Analyse critique de 'The Proximal origin of SARS-CoV-2'" et dévoilé au public le 15 mai 2023 par le groupe de recherche DRASTIC (Decentralized Radical Autonomous Search Team Investigating Covid-19), il a été rédigé des scientifiques du Département de la Défense : Jean-Paul Chrétien, un médecin de la Marine travaillant à la Defense Advanced Research Projects Agency et Robert Cutlip, un chercheur à la Defense Intelligence Agency (DIA), l'une des agences du renseignement des États-Unis liée à la Défense.

Les deux auteurs de cette analyse ne sont pas allés pas par quatre chemins pour affirmer que "les arguments qu’Andersen et les autres auteurs [de l’étude] utilisent pour appuyer un scénario d’origine naturelle pour le SRAS-CoV-2 sont fondés non pas sur une analyse scientifique mais sur des hypothèses injustifiées". 

Jean-Paul Chrétien et Robert Cutlip contredisent l’idée que les caractéristiques de la Covid-19 puissent avoir été causées seulement par une évolution naturelle, comme l'affirme l’article d'Andersen publié dans Nature Medecine, et critiquent vivement la méthodologie utilisée pour parvenir à cette conclusion. 

Selon eux, les éléments à considérer peuvent être "conformes à un autre scénario", selon lequel "le SRAS-CoV-2 a été mis au point dans un laboratoire au moyen de méthodes couramment utilisées par les principaux chercheurs sur le coronavirus pour étudier la façon dont ceux-ci infectent les cellules et causent des maladies."  

Les auteurs de l’article "Proximal Origins" se sont focalisés sur la présence d’acides aminés clés, "introuvables" dans les divers SARS-CoV, soit l'ensemble des coronavirus liés au syndrome respiratoire aigu sévère qui infectent les humains, les chauves-souris et d'autres mammifères. "Ces acides aminés ne sont pas apparus après une manipulation dans un laboratoire, mais naturellement", ont affirmé Andersen et ses confrères.

Leur argument pour étayer cette affirmation est qu’une tentative humaine de faire évoluer un coronavirus pouvant infecter un humain via l’ACE2 (une protéine clé pour que le SARS-CoV‑2 puisse se "fixer" dans le corps), n’aurait pas eu la même efficacité : elle n’aurait pas pu aboutir au SARS-Cov-2 avec ses spécificités observées.

Pour arriver à cette conclusion, présentée par la suite de façon péremptoire par la plupart des gouvernements occidentaux et les médias mainstream, l’équipe du professeur Andersen a eu recours à une modélisation informatique. C'est cette dernière qui prédisait une capacité moindre de l’ACE2 à être l'un des vecteurs clef de la transmission de la Covid en cas d'intervention "artificielle" sur le virus, condamnant ainsi telle piste de recherche.

Pour Jean-Paul Chrétien et Robert Cutlip, cette approche ne constitue "pas un argument scientifique", mais plutôt "une hypothèse" qui est issue "d'une intention" et de "la méthodologie hypothétique d’un scientifique", source de biais potentiels. 

Les deux chercheurs du Pentagone expliquent "qu’au lieu de viser exclusivement à concevoir un virus qui se lie avec une affinité élevée à l'ACE2", c’est-à-dire une souche "parfaite" pouvant affecter l’humain, un chercheur "peut avoir choisi d'étudier, de manière empirique, l'effet d'un ou de plusieurs variants (...) sur la liaison au récepteur (ACE2)" et ainsi de constater la capacité d'infectiosité réelle. En résumé, l'étude d'Andersen, n'aurait abordé au départ, par axiome, qu'une toute petite partie de la problématique.

Anthony Fauci a "poussé" à la rédaction de cet article 

Plus de 3 200 pages d'emails impliquant le directeur du NIH depuis le 31 janvier 2020 ont été dévoilés en juin 2021 par plusieurs médias américains, dont le Washington Post et Buzzfeed News.

Les échanges évoquent plusieurs questions liées à la pandémie, comme le port du masque, l'efficacité de l’hydroxychloroquine ou surtout, sur l’origine du Sars-CoV-2. Les courriels, obtenus à travers le Freedom of Information Act (FOIA), ont dévoilé l’intérêt que portent des scientifiques et Anthony Fauci à l’hypothèse d’une fuite du Sars-CoV-2 d’un laboratoire depuis le tout début de la crise sanitaire.  

Fauci a été plusieurs fois auditionné au Sénat à propos de la politique officielle anti-Covid après ces révélations, y compris sur les origines du virus. L'une des auditions, en janvier 2022, a d'ailleurs été marquée par un échange houleux entre le conseiller du gouvernement américain et le sénateur républicain Rand Paul. Ce dernier a accusé le conseiller en chef de vouloir "obscurcir la vérité" à propos des origines du coronavirus et du financement, par une autre agence gouvernementale, via l’ONG EcoHealth Alliance, des travaux de l’institut de virologie de Wuhan (WIV). 

Malgré les affirmations du directeur du NIH que son institution n’a pas financé une recherche de "gain de fonction" à Wuhan, les représentants républicains sont revenus à la charge avec de nouveaux éléments. Il s’agit de neuf autres emails, qui impliquent également le chercheur en médecine tropicale Jeremy Farrar et le généticien Francis Collins. Ces courriels démontrent que des scientifiques ont sérieusement évoqué, dans une visioconférence du 1 février 2020, la possibilité que le virus ait été manipulé génétiquement dans un laboratoire.

Pourtant, plusieurs de ces scientifiques ont co-signé en mars 2020 l’article "The proximal origin of SARS-CoV-2". La commission parlementaire menée par le représentant Brad Wenstrup, qui se basait justement sur de nouveaux mails, a affirmé dans son rapport en mars que, trois jours après la visioconférence du 1 février 2020, "quatre de ses participants ont rédigé l’article et envoyé un brouillon à Fauci et Collins".

Plus de deux mois plus tard, ce dernier a envoyé un email au docteur Fauci afin de lui demander si le NIH était en mesure "d’écarter" l’hypothèse d’une fuite de laboratoire.  

Paradoxe à propos de l'avènement du récit "officiel"

La commission poursuit que "le professeur Kristian Andersen n’a pas trouvé les données sur le pangolin convaincantes (...) En privé, il ne croyait pas que les données sur le pangolin réfutaient une théorie de fuite de laboratoire, bien qu'il ait dit le contraire publiquement".

Une attitude paradoxale qui ne s’expliquerait, selon les républicains, que par une "intervention", celle de Fauci, qui aurait "poussé" à rédiger un article "réfutant" la théorie des fuites en laboratoire alors qu’il affirmait, lors de ses interventions, ne pas avoir été concerné par la réalisation de cette "étude".  

En somme, selon ces éléments, l’article "The Proximal Origin of SARS-CoV-2" a conféré à Anthony Fauci, qui a été aussi chargé de communiquer sur le virus, l’autorité pour imposer le récit d’une origine naturelle du coronavirus.

Fauci a légitimé sa prise de position en citant ce texte pour contredire le président Donald Trump, qui exprimait, dès avril 2020, la possibilité d'un lien entre la pandémie de SARS-CoV-2 et un laboratoire de Wuhan, en Chine.

La théorie de fuite de laboratoire comme origine du Covid-19 est de plus en plus consensuelle aux États-Unis. Fin février 2023, le Département de l'Énergie des États-Unis avait annoncé qu’il considérait désormais cette hypothèse comme "la plus probable".  

Deux jours plus tard, le Federal Bureau of Investigation (FBI) a emboîté le pas au ministère américain de l’Énergie. "Le FBI estime depuis un certain temps déjà que l'origine de la pandémie est très probablement liée à un incident de laboratoire à Wuhan", avait affirmé le 28 février son directeur Christopher Wray, évoquant auprès de Fox News "une fuite potentielle d'un laboratoire contrôlé par le gouvernement chinois".  

En avril dernier, c’est le Sénat américain qui a affirmé, dans les conclusions d’un rapport diffusé après 18 mois d’enquête, que le SARS-CoV-2 a "involontairement” fuité d’un laboratoire chinois, suite à une “défaillance de bio-confinement". Les preuves disponibles plaident clairement, à l'heure actuelle, pour une fuite en laboratoire. À l’opposé, aucune des preuves disponibles n’appuie la théorie de l’origine naturelle.

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