Marchés de la maternité. Le pape François appelle à l’interdiction universelle de la Gestation pour Autrui.

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Laurence Beneux
Publié le 16 avril 2024 - 17:10
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GPA
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JULIEN DE ROSA / AFP
La "Manif pour Tous" organise une manifestation contre la gestation pour autrui près de la Tour Eiffel à Paris le 5 mars 2022, à l'occasion de la Journée Internationale des Femmes.
JULIEN DE ROSA / AFP

Le pape François appelle la Communauté internationale à prononcer l’interdiction universelle de la Gestation pour autrui (GPA). Il s’est exprimé à l’occasion d’une Conférence internationale, organisée à Rome, en fin de semaine dernière, par des opposants à la GPA, venus de nombreux pays. En effet, depuis quelques années, face au développement exponentiel du marché de la GPA, une contre-offensive s’organise pour obtenir l’abolition de ce qui est dénoncé comme étant une forme d’esclavage moderne et une violation des droits fondamentaux de l’enfant et de la femme.

"Le chemin de la paix passe par le respect de la vie, de toute vie humaine, à commencer par celle de l'enfant à naître dans le ventre de sa mère, qui ne peut être ni supprimée ni transformée en un produit commercial. À cet égard, je considère déplorable la pratique de la gestation pour autrui, qui porte gravement atteinte à la dignité de la femme et de l'enfant et se fonde sur l'exploitation des besoins matériels de la mère. Un enfant est toujours un don et ne fait jamais l'objet d'un contrat. J'appelle donc la communauté internationale à s'engager dans l'interdiction universelle de cette pratique".

Ainsi s’exprime le pape François dans un communiqué de presse du 8 avril 2024, quelques jours avant la tenue d’une Conférence internationale organisée à Rome par des opposants à la GPA de toutes nationalités, les 12 et 13 avril.

Le souverain pontife a d’ailleurs reçu les principaux organisateurs de cette Conférence, et notamment Olivia Maurel, une jeune femme née d’une Gestation pour autrui, et qui milite néanmoins pour l’abolition de cette pratique. Elle a accepté d’accorder une interview à France-Soir, que vous découvrirez en début de semaine prochaine.

 

La GPA, « en contradiction totale avec la dignité fondamentale de tout être humain »

« Le désir légitime d'avoir un enfant ne peut pas se transformer en un "droit à l'enfant" qui ne respecte pas la dignité de l'enfant lui-même en tant que bénéficiaire du don gratuit de la vie. », avertit le pape François, qui accuse aussi la GPA de porter atteinte « à la dignité de la femme elle-même qui y est contrainte ou qui décide librement de s'y soumettre », cette dernière devenant alors, d’après lui, « un simple moyen asservi au gain arbitraire ou au désir d'autrui ».

« Ceci est en contradiction totale avec la dignité fondamentale de tout être humain et son droit à être toujours reconnu pour lui-même et jamais comme un instrument pour quoi que ce soit d'autre », conclut le Saint-Père.

Avec cette déclaration, le pape François exprime son soutien, et celui de l’Église catholique, au mouvement international qui milite auprès des États pour l’abolition universelle de la GPA. Les arguments de ces militants sont, à peu de chose près, les mêmes que ceux mis en avant par l’Église catholique à travers la voix de son plus haut dignitaire.

Dès 2018, la Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution (CIAMS), dont France-Soir a reçu une des co-fondatrices, Ana-Luana Stoicea-Deram, alerte sur le fait que « la maternité de substitution fait de l’enfant un produit avec valeur d’échange, de sorte que la distinction entre la personne et la chose s’en trouve annulée. » et qu’elle réduit le corps des femmes à être « une ressource pour l’industrie et les marchés de la reproduction ».

 

Une centaine d’experts de 75 nationalités différentes, signataires de la déclaration de Casablanca.

Cinq ans plus tard, une centaine d’experts, médecins, psychologues, juristes, intellectuels, de 75 nationalités différentes, exhortent dans une déclaration commune dite « Déclaration de Casablanca », du nom de la ville où elle a été rendue publique le 3 mars 2023, la communauté internationale à prendre toutes les mesures nécessaires « contre la gestation pour autrui dans toutes ses modalités et sous toutes ses formes, qu’elle soit rémunérée ou non ».

Les signataires de cette Déclaration, dont le nombre grossit sans cesse, mettent à la disposition des États une proposition de Convention internationale pour l’abolition universelle de la Gestation pour autrui qu’ils qualifient de fléau dont il faut préserver l’Humanité.

Convention internationale proposée aux États pour l’abolition universelle de la GPA

Les États signataires à la présente Convention,

Conscients

- De la souffrance des personnes qui ne peuvent pas procréer

- De l’attrait exercé par les technologies reproductives 

- Et de l’enjeu international d’une protection efficace de la dignité humaine

Convaincus que le contrat par lequel un ou plusieurs commanditaires conviennent avec une femme qu’elle portera un enfant ou plusieurs enfants en vue de leur remise à la naissance, quelles que soient sa dénomination et ses modalités et ci-après désigné comme gestation pour autrui (GPA),

- Porte atteinte à la dignité humaine

- Et contribue à la marchandisation des femmes et des enfants

Condamnent la gestation pour autrui dans toutes ses modalités et sous toutes ses formes, qu’elle soit rémunérée ou non.

S’engagent à lutter contre cette pratique pour protéger et préserver la dignité humaine et les droits des femmes et des enfants, en adoptant des mesures concrètes et, notamment :

- Interdire la GPA sur leur territoire

- Refuser toute valeur juridique aux contrats comportant l’engagement pour une femme de porter et remettre un enfant

- Sanctionner les personnes, physiques ou morales, qui se proposent comme intermédiaires entre les mères porteuses et les commanditaires 

- Sanctionner les personnes qui recourent à la GPA sur leur territoire 

- Sanctionner leurs ressortissants qui recourent à la GPA en dehors de leur territoire

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