Tuerie de Las Vegas: une fausse revendication de l'Etat islamique?

Tuerie de Las Vegas: une fausse revendication de l'Etat islamique?

Publié le :

Mardi 03 Octobre 2017 - 16:05

Mise à jour :

Mardi 03 Octobre 2017 - 16:52
Dossier image daech etat islamique djihadistes illustration
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La rédaction de FranceSoir.fr

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Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué lundi la responsabilité de la fusillade qui a fait plus de 50 morts à Las Vegas. Une version contredite par les autorités américaines tant la revendication semble opportuniste.

L'organisation Etat islamique (EI) a revendiqué lundi 2 la fusillade de Las Vegas qui a fait 59 morts et plus de 500 blessés. Toutefois, cette revendication semble particulièrement suspecte au regard du profil du suspect et du déroulement des faits.

Dans un message posté sur son agence de propagande Amaq, le groupe affirme que le tueur, un sexagénaire américain prénommé Stephen Paddock, était l'un de ses "soldats" et qu'il s'était converti à l'islam "il y a quelques mois".

Dans un second communiqué mis en ligne plus tard dans la journée, l'organisation djihadiste a donné la kuniya (nom de guerre) sous laquelle Stephen Paddock aurait fait allégeance au groupe terroriste: Abou Abd el-Bir al-Amriki. Le communiqué précise également que l'attaque avait été planifiée à l'avance. Le spécialiste des mouvements djihadistes Romain Caillet a par ailleurs souligné qu'avec la révélation de cette prétendue kuniya, l'EI engageait "toute sa crédibilité médiatique".

Le FBI s'est empressé de publier un communiqué dans lequel il déclarait n'avoir établi "aucun lien à ce stade" entre le tueur du Mandalay Bay "et un groupe terroriste international". Le frère du tueur, Eric Paddock, est apparu stupéfait devant les caméras, assurant que son frère n'avait "pas d'affiliation religieuse ou politique". Les premières perquisitions n'ont pas permis de trouver de revendication signée par Stephen Paddock.

Autre élément troublant, le fait que, selon les dernières informations, le suspect se soit suicidé avant que les policiers n'investissent le lieu où il s'est retranché ne correspond pas à la doctrine des djihadistes de l'Etat islamique. En effet, la martyrologie de l'EI n'accepte le suicide que si la capture du djihadiste peut entraîner la divulgation d'informations stratégiques sur l'organisation.

Le profil de Stephen Paddock ne colle pas non plus à celui d'un candidat au djihad: comptable à la retraite, il vivait confortablement dans une résidence de standing, interdite aux enfants, suitée à Mesquite, petite ville d'environ 18.000 habitants, à quelques 120 kilomètres au nord-est de Las Vegas dans le Nevada. Il occupait son temps libre à piloter ses deux avions ou à partir chasser en Alaska. L'homme jouait également beaucoup au casino (les jeux d'argent sont interdits dans l'islam).

A noter que la propagande de l'Etat islamique a quelque peu évolué depuis plusieurs mois, notamment parce que sa branche média a été particulièrement ciblée par des frappes aériennes en zone irako-syrienne. Ainsi, en juin 2017, l'EI a revendiqué l’attaque d'un casino de Manille mais les forces de l’ordre philippines ont écarté la thèse terroriste et affirment qu’il s’agit d’un "cambrioleur déséquilibré". Le groupe djihadiste a également récemment assuré, à tort, avoir posé une bombe à l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle.

Si la revendication s'avère exacte, l'EI rappellerait ainsi que sa capacité de nuisance n'a pas été amoindrie par ses revers militaires dans la zone irako-syrienne. Dans le cas contraire, le groupe salafiste entérinerait son affaiblissement.

L'organisation terroriste a présenté, lundi, le tireur, Stephen Paddock, comme l'un de ses "soldats".


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