Facturation des comptes courants: "c'est au gouvernement d'intervenir"

Facturation des comptes courants: "c'est au gouvernement d'intervenir"

Publié le :

Lundi 09 Novembre 2015 - 16:58

Mise à jour :

Lundi 09 Novembre 2015 - 17:43
Alors que la BNP Paribas a annoncé la facturation de la tenue des comptes courants de ses clients à compter de 2016 et que d'autres banques pourraient suivre le mouvement, les clients cherchent un moyen de répliquer. Serge Maître, secrétaire général et porte-parole de l'Association française des usagers des banques (Afub), explique à "FranceSoir" les moyens de contester cette tarification.
©Capture écran/Youtube/C à dire
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Barbara Azaïs

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BNP Paribas facturera ses clients pour la tenue d'un compte courant à compter du 1er janvier 2016, a-t-on appris ce lundi 9. Le premier groupe bancaire français a annoncé à sa clientèle que 2,50 euros lui seront prélevés chaque mois, soit 30 euros par an. Serge Maître, secrétaire général et porte-parole de l'Association française des usagers des banques (Afub), explique à FranceSoir que les clients ont les armes pour répliquer. Il met en avant un point important: "le pouvoir de dire non". En vertu de "l'article L312-1-1-II du code monétaire et financier de 2009", le client est en effet apte à contester la décision de sa banque, selon lui.

Comment faire pour s'opposer à la facturation?

"En envoyant une lettre recommandée avec accusé de réception à la direction de votre agence, dans les 60 jours précédant la mise en œuvre de la tarification", explique Serge Maître. Suite à quoi, "l'établissement aura deux possibilités. Soit respecter la loi, soit clôturer le compte du client. L'Afub n'a cependant jamais vu le cas d'une banque ayant clôturé le compte d'un client qui refusait une tarification", nuance-t-il.

"Dire non est important et l'union fait la force. Sur les 7 millions de clients de la BNP, si quelques milliers contestent la tarification, nous pensons que le groupe est susceptible de faire bouger ses lignes. S'il y a beaucoup de refus de la part de sa clientèle, BNP Paribas pourrait éventuellement modifier l'intégralité de son approche", suppose le secrétaire général de l'Afub, qui insiste: "dire non est important".

Selon lui, "c'est au gouvernement d'intervenir. Soit pour prohiber ces frais, puisque les banques tirent déjà profit des dépôts bancaires qu'elles ne payent pas, pour financer des crédits immobiliers par exemple. Soit, en plafonnant ces montants à un total de 35 à 45 centimes d'euros par mois comme la Banque postale". Mais pour cela, Serge Maître estime qu'il faut "sensibiliser le ministre des Finances Michel Sapin".

Les banques vont-elles toutes facturer la tenue des comptes courants?

Elles sont de plus en plus à le faire, selon Serge Maître, "si on suit une telle progression oui, d'où l'intérêt de dire non. Vous savez, contrairement à ce qui a été répété à la presse, LCL n'a rien laissé fuiter sur le sujet. A notre connaissance, il n'y a rien de prévu encore", a-t-il ajouté.

Comment expliquer que la BNP Paribas et la Société générale qui ont fait "15% de profit au premier trimestre" aient besoin de facturer la tenue des comptes courants de ses clients? Pour Serge Maître, cela revient à "pomper les substances de la France". Pour justifier cette facturation, la direction de la BNP expliquait à ses clients dans un courrier que ces frais comprennent "la comptabilisation de vos paiements et encaissements, la surveillance quotidienne de votre compte, la sécurisation de vos opérations et la protection de vos données personnelles". Pour Serge Maître, il y a un monde "entre leurs arguments et la réalité. Ces banques se portent bien et de mieux en mieux, c'est de l'argument de profit, d'aubaine".

Les banques en ligne peuvent-elles tirer profit de cette "tarification-surprise" pour attirer de nouveaux clients?

"Ce n'est pas si facile", explique Serge Maître. "Les banques en ligne affichent la gratuité mais ne représentent que 3% à 6% de la clientèle française, selon les professionnels (Banque de France, Afub... NDLR). Il faut toucher un minimum de revenus pour recourir à une banque en ligne, déposer une épargne chez certaines, ou encore, dépenser un montant minimum fixer au préalable avec sa carte bancaire chez d'autres (...). Tout le monde ne peut pas se tourner vers les banques en ligne. La gratuité sur ceci ne veut pas dire la gratuité sur cela".

Et"quitter son banquier n'est pas aussi simple", rappelle Mr. Maître. "Neuf millions de personnes ont des crédits chez leur banque. Vous savez, en France vous êtes obligés d'avoir un compte bancaire pour toucher un salaire, des allocations chômage ou des pensions d'invalidité et de retraite. Vous êtes prisonnier de votre banque, car on ne vous payera jamais en liquide comme au Royaume-Uni ou en Allemagne. On est enchaînés aux établissements bancaires". 

 

 

"Dire non est important et l'union fait la force", rappelle Serge Maître.

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