Larousse, une histoire encyclopédique

Larousse, une histoire encyclopédique

Publié le :

Mercredi 26 Août 2015 - 14:00

Mise à jour :

Mercredi 16 Septembre 2015 - 16:07
Le dictionnaire, par exemple le "Petit Larousse" est un grand classique de la rentrée scolaire, indispensable à tout élève studieux. Alors que l'heure du retour sur les bancs de l'école a sonnée, retour sur l’itinéraire singulier du fondateur de ce "dico", Pierre Larousse. Un personnage anticonformiste épris de justice et de liberté qui s’est battu jusqu’à sa mort en 1871 pour "instruire tout le monde sur toutes choses".
©Larousse
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Trousse, crayons, cartable, agenda… et dictionnaire. Le Petit Larousse est un indispensable de la rentrée scolaire, bien qu'il reste le plus souvent à la maison. Une bible des amoureux des mots et des élèves studieux qui permet par exemple d'éviter de passer pour un âne si un quidam vous parle des "bolos dédiabolisés" qui ont publié "un tuto pour les selfies réservé aux Community manager adeptes de bistronomie", soit un échantillon des nouveaux mots entrés dans l'édition 2016 parue en mai dernier. Et si chacun connaît le volumineux pavé, peu connaissent l'histoire de l'homme à qui l'on doit ce condensé de connaissances, Pierre Larousse.

Avoir pour modèle Denis Diderot incite à l’excellence. Diderot, l’érudit philosophe et écrivain, génial auteur, avec le mathématicien Jean Le Rond d’Alembert, au milieu du XVIIIe siècle, de L’Encyclopédie, soit un Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.

Petit, Pierre Larousse aspirait, comme Diderot, à devenir encyclopédiste. Pas évident lorsque, comme ce natif de Toucy (Yonne), on a pour parents un père charron-forgeron et une mère aubergiste. C’est dans cet environnement que grandit Pierre Athanase Larousse, entre l'école publique, la campagne et les livres.

Reçu à 17 ans à l'Ecole normale de Versailles, en 1834, il bénéficie d'une bourse et y fait ses études jusqu'à l'obtention du brevet supérieur. Devenu instituteur dans son village natal, il enrage contre les manuels scolaires, qu’il juge poussiéreux et restrictifs. Deux ans plus tard, en 1840, il quitte l'école pour se consacrer à ce qui allait être sa vocation. Il monte à Paris, suit des cours gratuit, à la Sorbonne notamment, se forgeant seul sa culture et son esprit d’initiative.

La rencontre avec Augustin Boyer, autre ancien instituteur

Devenu répétiteur dans un internat privé, Pierre Larousse s’installe avec sa compagne Suzanne Caubel, qui corrige et complète son premier ouvrage, la Lexicologie des études primaires, qui paraît à compte d'auteur. Deux ans plus tard, il s’associe à Augustin Boyer, ex-instituteur comme lui en rupture et qui cherche à bifurquer vers le commerce. Ensemble, ils lancent la Librairie Larousse et Boyer.

Cela semble libérer Pierre Larousse, qui publie de nombreux ouvrages rencontrant un large succès. Pour bâtir sa méthode, il "renouvelle l'enseignement du français, s'efforçant d'éduquer de façon active l'intelligence et le jugement des enfants". Il défend également les principes de la gratuité et de l'obligation de l'enseignement primaire. Pierre Larousse est alors mûr pour la formidable aventure du dictionnaire.

Ancêtre du Petit Larousse, le Nouveau Dictionnaire de la langue française paraît en 1856. Le public est conquis. Son concepteur a une autre idée: celle d’une encyclopédie "où l'on trouvera, chacune à son ordre alphabétique, toutes les connaissances qui enrichissent aujourd'hui l'esprit humain". Elle s'adresserait non pas à une élite, mais à tous, de façon à, selon ses mots, "instruire tout le monde sur toutes choses".

Le projet se matérialise en décembre 1863, avec la parution du premier fascicule du Grand Dictionnaire universel, qui fait la part belle aux idées républicaines, libérales, laïques et progressistes. L’objet –qui totalisera, en 1876, quelque 20.700 pages!– correspond à Pierre Larousse, personnage passionné, non conformiste, polémique, partial et partisan, homme de progrès, épris de justice et de liberté.

Son dévouement à son travail est tel qu’il s’épuise littéralement à la tâche. Conséquence: il est victime d'une attaque cérébrale en 1871 et meurt quatre ans plus tard, à 57 ans, sans hélas avoir pu voir la fin de son œuvre. Son neveu, Jules Hollier, conclura cet énorme dictionnaire.

Plus de 200 nouveautés par an

Aujourd’hui encore, plus de 150 ans après sa création, devenu filiale du groupe Hachette Livre, Larousse perpétue sa mémoire et son état d’esprit. Son traditionnel dictionnaire respecte son état d’esprit. Il est le garant de la qualité et de la rigueur de l’information, avec également un souci iconographique.

Plus de 200 nouveautés sont publiées par an, à travers des livres pratiques, des ouvrages pour la jeunesse, des collections spécialisées ou autres objets multimédias. Que de chemin parcouru depuis la création en 1852 de la Librairie Larousse et Boyer, par Pierre Larousse et Augustin Boyer… Sa devise –"instruire tout le monde et sur toute chose"– est appliquée et, depuis 1890, il existe aussi une rue Pierre-Larousse à Paris, dans le XIVe arrondissement. La devise du dictionnaire elle aussi (on la doit à Émile Reiber, architecte et décorateur) continue à faire florès: "Je sème à tout vent".

C’est en 1876 que le fameux dessin d’Emile Reiber du pissenlit dont les graines s’éparpillent au gré du vent est signé, pour illustrer cette devise. Ce sera ensuite au tour de la semeuse (elle aussi fameuse) qui souffle sur les aigrettes du pissenlit de faire son apparition en 1955. A l’origine, une idée de Georges Moreau, cofondateur de Larousse, à laquelle Eugène Grasset, respecté peintre, graveur et illustrateur, a donné naissance. Son graphisme est plus épuré aujourd’hui mais conserve sa magie. Celle qui a conduit, en 2004, à l’occasion du 100e anniversaire du Petit Larousse, le couturier Christian Lacroix à dessiner pour l’occasion la couverture et les lettrines des noms communs et noms propres.

(Par Arnaud Ramsay)

 

La couverture de la première édition du "Petit Larousse", en 1905.


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