Retraite de la fonction publique: la combinaison d'une catastrophe budgétaire

L'oeil d'Archer

Retraite de la fonction publique: la combinaison d'une catastrophe budgétaire

Publié le :

Jeudi 02 Novembre 2017 - 16:47

Mise à jour :

Jeudi 02 Novembre 2017 - 17:05
Si les perspectives de l'équilibre du régime général de retraite des salariés du privé s'annoncent un peu meilleures, il n'en est pas de même pour la fonction publique. La retraite des agents se heurte à des impasses démographiques tout en bénéficiant de la garantie de l'Etat transformant le tout en problématique budgétaire. Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, rappelle pour "France-Soir" les données d'un problème insoluble en apparence.
© BORIS HORVAT / AFP/Archives
PARTAGER :

Jean-Yves Archer, édité par la rédaction

-A +A

Le sujet des retraites est anxiogène pour les Français du secteur privé qui craignent de voir baisser le niveau de leurs pensions, notamment complémentaires. Pour ce qui concerne les fonctionnaires, la situation est différente car la garantie de l'Etat est assurée, toutes choses égales par ailleurs. Et pourtant, le tableau est assez sombre.

> L'arrivée en retraite des "baby-boomers"

La génération des Trente Glorieuses arrive massivement à l'âge de la retraite et cela impacte l'équilibre financier du régime des pensions de la Fonction publique. Corrélativement, on se retrouve confronté à un déficit issu du rapport cotisants / retraités. En 2020, il y aura 9 actifs pour 10 retraités pour un déficit de 4 milliards d'euros. En 2030, il y aura 8 actifs pour 10 retraités et un déficit de 17 milliards d'euros.

> L'impact du Glissement vieillissement technicité (GVT)

La GVT signifie le glissement vieillissement technicité des agents. Plus les interventions des trois fonctions publiques (Etat, collectivités locales, hospitalière) deviennent complexes, plus les rémunérations ont tendance à être revues à la hausse du fait des niveaux d'emplois des fonctionnaires concernés. Dès lors, cela provoque une hausse tendancielle des futures pensions à servir.

> La gestion des effectifs

La France compte un million de fonctionnaires de plus que lorsque Jacques Chirac est arrivé au pouvoir en 1995. Cette inflation des effectifs, particulièrement marquée dans la fonction publique territoriale aura un impact sur le montant total des pensions. Par ailleurs, il faut noter un paradoxe mathématique. Lorsque le pouvoir veut réduire le nombre de fonctionnaires, il a certes un peu moins de traitements à verser mais il alimente un déséquilibre entre actifs et cotisants. La question est donc délicate.

> Alors quelles simulations pour demain?

A l'heure présente, les simulations rapportent que le régime pourrait retrouver l'équilibre en 2060… Une chose est acquise, l'Etat ne provisionne pas comptablement les futures pensions et les verse dans la dette hors-bilan. Selon les comptes 2016, c'est un total de plus de 2.600 milliards qui représentent "les engagements de retraite de l'Etat".

Soit le décompte suivant :

- Retraites des fonctionnaires civils de l'Etat et militaires: 2.139 milliards d'euros (en hausse de 291 milliards par an).

- Retraites des fonctionnaires de La Poste: 147 milliards d'euros.

- Autres: 60 milliards d'euros dont 41 milliards pour le fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat (FSPOEIE).

Enfin, il ne faut pas omettre de citer les "subventions aux régimes de retraite et subventions d'équilibre aux régimes spéciaux" (comme celui de la SNCF) pour 346 milliards en 2016 contre 270 en 2015 soit une variation de 75 milliards en un an.

Le nombre d'agents n'a cessé de grimper, mais le réduire pourrait paradoxalement créer un déséquilibre budgétaire.

Commentaires

-