Le coronavirus bouscule les opérations extérieures de l'armée française

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Par Daphné BENOIT - Paris (AFP)
Publié le 02 avril 2020 - 20:38
Mis à jour le 03 avril 2020 - 15:12
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Premiers cas de coronavirus parmi les soldats français déployés au Sahel, retrait d'Irak, changement de cap d'un navire pour venir en aide aux populations d'Outre-mer, mandats prolongés: le coronavirus bouscule les opérations extérieures de l'armée française, contrainte de s'adapter.

Quatre officiers français déployés au Sahel dans le cadre de l'opération antijihadiste Barkhane ont été testés positifs au Covid-19, a indiqué jeudi l'état-major à l'AFP, ce qui constitue les premiers cas publics de coronavirus parmi les milliers de militaires français projetés à travers le monde.

Parmi les officiers contaminés, tous asymptomatiques à ce stade, "un des patients est pris en charge et soigné sur place et trois autres ont déjà été rapatriés" vers la France, "de même qu'un autre officier symptomatique sans pour autant avoir été testé", selon le porte-parole de l'état-major, le colonel Frédéric Barbry.

Ces quatre militaires étaient "arrivés en bande sahélo-saharienne il y a plusieurs semaines", indique-t-il, sans préciser dans quel pays exact ils étaient déployés, et s'ils ont ou non contracté le virus sur place.

Forte de 5.100 militaires, la force Barkhane au Sahel constitue la principale opération extérieure des armées françaises. Or cette région n'est pas épargnée par l'épidémie: le Burkina compte officiellement 288 cas dont 16 décès, le Mali 31 cas dont 3 décès, le Niger 74 cas dont 5 décès et le Tchad 7 cas.

"Ces cas de contamination" au sein de Barkhane, comme "les dispositions prises pour préserver le personnel de la force n'ont pas d'impact sur les opérations, qui se poursuivent à un rythme soutenu" dans la zone dite des trois frontières (Mali-Niger-Burkina Faso), réputée abriter le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), assure cependant l'état-major.

De source proche du dossier, l'intense ratissage auquel se livrent les militaires français et les forces locales depuis janvier a permis d'éliminer plus de 300 jihadistes de l'EIGS.

- Plus de "sas" de fin de mission -

D'autres opérations extérieures françaises (Opex) ont en revanche déjà pâti de la pandémie de coronavirus.

Fin mars, la France a décidé de rapatrier jusqu'à nouvel ordre ses 200 militaires déployés en Irak, pays durement frappé par le Covid-19.

Le porte-hélicoptère français Mistral, qui faisait route vers l'Asie pour veiller au respect du droit maritime international dans des zones de tensions comme en mer de Chine, a changé de cap la semaine dernière pour rallier La Réunion et Mayotte afin de porter assistance aux populations de ces deux territoires français d'Outre-mer situés dans l'océan Indien, où l'épidémie de coronavirus commence à sévir.

Pour la première fois, la Marine française a également suspendu la mission Corymbe, qui prévoit la présence permanente d'un navire au moins dans le Golfe de Guinée pour protéger les intérêts français dans la zone (80.000 ressortissants français) et contribuer à la diminution de l'insécurité maritime, a-t-on appris de source militaire.

En revanche, l'unique porte-avions français, le Charles de Gaulle, poursuit sans encombre sa mission en mer du Nord et ne déplore aucun cas de Covid-19 à bord, souligne la Marine, contrairement au porte-avions américain, le USS Theodore Roosevelt, en proie à une contamination galopante, immobilisé à Guam depuis le 28 mars.

La Marine a mis des procédures très strictes à bord pour prévenir toute contamination et a supprimé les escales à terre.

Au moment où la France est frappée de plein fouet par la pandémie, qui a fait plus de 4.000 morts en un mois, son armée a été forcée de prendre des précautions et d'adapter le rythme de ses rotations.

"Des périodes d’isolement sont désormais prévues avant chaque départ en Opex", d'une durée supérieure à 14 jours, "sur le territoire national ou dans les zones où sont projetés les soldats, si le pays hôte le permet", explique l'état-major.

Les militaires français de retour d'opérations extérieures bénéficiaient depuis 2009 d'un séjour en Crète (appelé "sas") pour décompresser avant leur arrivée en France, mais le coronavirus a contraint les armées à la "fermeture temporaire" de ce dispositif, a appris l'AFP.

Logiquement, le rythme des relèves est également chamboulé. "Certaines ont été décalées de quelques semaines", et "la fermeture totale ou partielle de certaines frontières et l'observation des périodes d'isolement ont nécessité des prolongements de plusieurs mandats en cours", souligne l'état-major.

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