Censure et fake news : Le Monde et LCI dans la tourmente

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Juan Carlos, pour FranceSoir
Publié le 06 septembre 2022 - 19:45
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exemplaires du journal Le Monde
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JOHANNA LEGUERRE / AFP
Exemplaires du journal Le Monde.
JOHANNA LEGUERRE / AFP

TRIBUNE - La onzième édition 2022 d’un rapport conduit par Le Reuters Institute for the Study of Journalism (RISJ) analysant l’activité des consommateurs sur le secteur des médias au niveau mondial, a été rédigée en interrogeant 93 000 « consommateurs » répartis sur tous les continents et 46 marchés distincts. D’après cette étude, il s'avère que seulement 29 % des Français ont confiance dans les médias, ce qui démontre une véritable crise de confiance. Et pour cause : le narratif sur les Gilets jaunes, le covid et la guerre en Ukraine, a beaucoup accentué cette séparation entre la presse et le citoyen. En témoigne ces deux exemples : avant de présenter ses excuses à ses lectrices et lecteurs ainsi qu’au président de la République, Le Monde, journal quotidien autrefois prestigieux, a dépublié suite à la colère de l'Elysée une tribune du politologue Paul Max Morin car « ce texte reposait sur des extraits de citation qui ne correspondent pas au fond des déclarations du chef de l’État ». Seulement quelques jours plus tard, c'est au tour de LCI de faire des siennes. Lors d'une émission, un journaliste provoque la stupeur. Assurant qu'il s'agissait de "propagande russe", celui-ci affirme qu'une manifestation, organisée notamment contre les rationnements énergétiques et pour la sortie de l'Otan, ne s'est jamais déroulée... alors qu'elle a bel et bien eu lieu le samedi 3 septembre.

Cette tribune du Monde, publiée et dépubliée le 1er septembre, commence en déclarant que derrière le motif officiel de cette visite diplomatique qui était de « renforcer la coopération franco-algérienne et de poursuivre le travail d’apaisement des mémoires », se cache la véritable raison de la venue d’Emmanuel Macron.

Il semble qu'en réalité, il s'agissait pour le chef d'État français de négocier l’approvisionnement en gaz pour compenser les menaces de Gazprom de couper le robinet du gaz.

Et, de fait, jeudi 1ᵉʳ septembre, le géant russe a, en effet, totalement suspendu ses convoyages de gaz russe à destination des infrastructures du groupe Engie, ce qui aggrave encore la crise énergétique actuelle. Le politiste dénonçait donc l’hypocrisie du gouvernement français ou l’accusait tout de moins de dissimuler les véritables motifs de sa venue.

Mais la phrase problématique qui a provoqué le retrait de cette tribune est la suivante : « Qu’elle ait été prononcée spontanément ou non, la réduction de la colonisation à une " histoire d’amour" parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle ». Une phrase qui a vraisemblablement déclenché l’ire du gouvernement, ce qui a eu pour effet de faire retirer cette tribune.

Dans la suite de la tribune, Paul Max Morin critique le fait qu’une nouvelle commission d’historiens franco-algériens soit créée pour évoquer les crimes de la colonisation, laissant entendre qu’aucun travail sérieux n’a été fait sur le sujet.

Il déplore également le fait qu’Emmanuel Macron ne nomme pas de manière claire les crimes commis dans le cadre de la colonisation : « Racisme, antisémitisme, torture, viols, bombardements, assassinats, etc ». Le chercheur associé au centre de recherches politiques de Science Po conclut son article en appelant de ses vœux à une « lutte ambitieuse contre les haines racistes », car la symbolique mémorielle ne suffit pas.

En clair, cette tribune fustigeait la position d’Emmanuel Macron et son "entre-deux", l’enjoignant à faire un véritable mea-culpa envers l’Algérie. Cependant, jugeant cette tribune trop critique, la direction du journal a décidé de la retirer. Ce n’est pas inhabituel qu’un journal décide de retirer un article ou une tribune pour des raisons politiques, mais cela en dit long sur la dépendance au pouvoir des journaux comme le Monde.

En effet, le Monde bénéficie d’aides publiques à la presse qui s’élèvent à 1,6 million d’euros en 2021, soit 0,9 % de son chiffre d’affaires : 0,1 million pour les aides à la modernisation, 0,1 million pour les aides à l’exportation, 0,8 million pour les aides à la distribution et 0,6 million pour les aides au portage. Par ailleurs, comme toute la presse subventionnée, le Monde bénéficie d’un taux réduit de TVA à 2,1 %, d’un abattement de 20 % sur les cotisations sociales des journalistes et de tarifs postaux préférentiels. Les journalistes dans leur ensemble, sous condition de ressources, peuvent appliquer une déduction fiscale plafonnée à 7 650 euros à leur déclaration de revenus.  On peut également mentionner la fondation Bill et Melinda Gates qui a contribué à hauteur de « 4 061 258 dollars sur la période allant de 2014 à 2021, soit environ 410 000 euros par an ». Mais toutes ces aides et subventions ont un prix et ce prix, c'est l’impossibilité d’un journalisme indépendant, objectif et fiable, car comme l’indique l’adage, « on ne mord pas la main qui nous nourrit ».

Cette décision de dépublier la tribune n'a donc pas manqué de faire réagir sur Twitter

Jean-Luc Mélenchon a, lui, déploré « l'affaissement d'une presse autrefois de référence ».

Retirer une tribune pour une citation de Macron qui lui déplaît! Nouvelle étape dans l'affaissement d'une presse autrefois référence. « Le Monde » biaise toute l’année les citations. Mais quand Macron fronce les sourcils… La semaine pro, je n'achète pas ce journal. Faites mieux. pic.twitter.com/QM1PaPLpg0

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) September 1, 2022

En outre, il semblerait que Xavier Niel, copropriétaire du Monde, ait participé à la délégation qui accompagnait Emmanuel Macron dans son voyage en Algérie.

Avec une telle proximité entre le président de la République et un patron de presse, et ce retrait d’une tribune jugée trop problématique et trop critique vis-à-vis du président, la question de la complaisance et de la soumission des grands journaux au pouvoir français et aux différents lobbys retrouve donc toute son actualité.

Dans ce cadre, on peut également mentionner une émission de LCI hier soir à 21 h 20 où le présentateur Julien Arnaud a sciemment ou non nié l'existence d'une manifestation contre le pouvoir, qui s'est pourtant bien déroulée.

En effet, critiquant une émission russe qui cherche selon lui à exacerber les tensions en Europe, le journaliste affirme que la manifestation des Patriotes organisée par Florian Philippot le samedi 3 septembre n'a pas eu lieu et qu'il s'agit d'une fake news orchestrée par les médias russes. 

Cette "erreur" a suscité de nombreuses réactions sur Twitter, : 

Le principal intéressé, Florian Philippot, organisateur de la manifestation, n'a pas manqué de réagir :

Devant l'ampleur des commentaires sur Twitter, le présentateur de LCI a fini par présenter ses excuses :

Ces deux exemples démontrent les manquements du journalisme actuel qui, afin de se conformer au narratif officiel, s'auto-censure et/ou propage des fake news.

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