Dans le piège d'Emmanuel Macron

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Alain Tranchant, pour FranceSoir
Publié le 19 février 2022 - 10:58
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L'Avis Tranchant d'Alain
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"Oui, il est accablant d'entendre que ces opposants aient pu être abusés par M. Macron." - Alain Tranchant
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CHRONIQUE — "Le passe vaccinal doit être levé maintenant et non pas juste avant le premier tour !" Tel était le titre de la tribune collective donnée au Figaro, le 14 février, par un groupe de 20 sénateurs Les Républicains.

Partant de l'idée qu'"un test négatif serait bien plus efficace qu'une preuve de vaccination, puisque ni deux, ni trois, ni quatre doses n'empêchent d'être contaminé et contagieux", ces parlementaires considéraient qu'"il ne s'agit plus de la gestion sanitaire de la crise, mais d'une stratégie politique". Et, parce que les Français "n'en peuvent plus" et que "le Sénat, temple des libertés publiques, se doit de faire entendre leur voix", ces sénateurs demandaient, "à l'image du Danemark et du Royaume-Uni (...) la levée sans délai du passe vaccinal".

À l'initiative de cette prise de position en décalage avec le vote de la majorité de la Haute assemblée en faveur du passe vaccinal, et dans la continuité de son engagement personnel très fort sur ce dossier, le sénateur Alain Houpert est venu la commenter au "Défi de la vérité" de FranceSoir, où il répondait aux questions de Xavier Azalbert.

 

Bien sûr, il convient de saluer à sa juste mesure le courage de ces 20 parlementaires qui ont, sans nul doute, enfreint la discipline de leur groupe. Mais, quand l'on entend le sénateur Houpert dire que "pour une décision politique, les Républicains sont tombés dans le piège d'Emmanuel Macron. Ils le regrettent tous", on reste pantois.

Il est en effet accablant que des femmes et des hommes politiques qui ont gouverné la France, qui comptent dans leurs rangs plusieurs anciens ministres de la Santé, qui connaissaient par conséquent les scientifiques qui pèsent en matière de gestion de crise (je pense à Christian Perronne, qui a géré les épidémies sous trois présidents de la République : Chirac, Sarkozy, Hollande), oui il est accablant d'entendre que ces opposants aient pu être abusés par M. Macron.

Certes, le doigt avait déjà été mis dans un engrenage fatal avec le passe sanitaire. S'il n'a pas été un grand ministre de la Santé — tant s'en faut ! — M. Véran avait montré qu'il était un meilleur politicien en se réjouissant de l'union nationale retrouvée, après le vote du passe sanitaire par ses opposants.

Mais Omicron, dont tout le monde pouvait savoir, au regard de son passage en Afrique du Sud et au Danemark, qu'il était tout sauf létal, donnait aux opposants l'occasion de refuser catégoriquement le passe vaccinal, ses mesures attentatoires aux libertés individuelles, comme la discrimination qu'il engendre entre les citoyens : les bons sujets obéissant au pouvoir et les sous-citoyens irresponsables que M. Macron entend "emmerder jusqu'au bout". Or, il n'y a pas si longtemps, Mme Pécresse entendait confiner les non-vaccinés

Parce qu'il est toujours difficile de sortir du rang, de passer outre à la discipline du parti, il faut se réjouir de cet appel à la suppression immédiate du passe vaccinal. 

Pour autant, on ne saurait méconnaître que la gestion politique de la crise sanitaire ne date pas de ces dernières semaines, et il est regrettable que ce ne soit pas l'ensemble du groupe Les Républicains au Sénat, fort de ses 147 membres et apparentés, qui ait réclamé le retour à la liberté d'aller et venir, sans aucun contrôle de qui que ce soit. 

Il est toujours dangereux de laisser se créer des précédents, qui font ensuite jurisprudence. En gouvernant par la peur et la terreur, par le carnet de chèques aussi ! le pouvoir a obtenu ce qu'il voulait d'un peuple résigné qu'il a abusé avec le concours scandaleux et inédit, de médias aux ordres.

Mais il est grave, et il est dommage pour l'avenir, que — dans leur immense majorité — les opposants n'aient pas été capables de se comporter en opposants, et de combattre la gestion calamiteuse de M. Macron, qui va tout de même alourdir notre dette publique de 560 milliards d'euros par rapport à 2019, suivant les chiffres de la Cour des comptes.

Les partis d'opposition au macronisme pourraient bien en payer le prix et le prix fort, dans les urnes de 2022, à l'élection présidentielle d'abord, aux élections législatives ensuite.

Voir aussi : Election présidentielle et signatures : les "candidats hors système" en difficulté

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