Rassurons-nous les uns les autres !

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Rassurons-nous les uns les autres !

Publié le 14/05/2021 à 11:32 - Mise à jour à 12:22
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Auteur(s): Laurence Beneux, journaliste pour FranceSoir
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CHRONIQUE - Panique et vérité, l’inconciliable couple

« Les médias ont été trop politiquement corrects et ont suivi Véran et monsieur Delfraissy comme des petits chiens (… ) Tout ce qu’ils disaient était paroles d’évangile. Il n’y avait pas de contradiction »

Invité de l’émission de TMC « Quotidien », à l’occasion de la promotion de son livre « Finement con », Laurent Ruquier ne mâche pas ses mots !

Lors d’un coup de gueule explosif, l’animateur y dénonce tour à tour une « hystérie médiatique sanitaire », « une dictature de la peur », et des chiffres dissimulés, voire faussés.

« On balance des chiffres qui ne veulent rien dire » déplore-t-il, « il faut recontextualiser les chiffres. C’est le travail des journalistes, travail qu’ils ne font pas ».

Effectivement, ressasser le nombre de morts du Covid au Brésil ne veut pas dire grand chose si on ne précise pas quelle est la population du pays. On pourrait ajouter, quel est l’accès aux soins, l’impact de la pauvreté, l’espérance de vie dans le pays..?

De même, à quoi bon marteler le nombre de personnes testées positives en France si on ne donne pas le nombre de personnes testées ? Et oui, il est pertinent de préciser l’état de santé ou l’âge des personnes mortes du Covid. Non pas parce que certaines morts prématurées ne comptent pas, mais parce que cela permet d’évaluer dans quelles mesures ces morts étaient effectivement prématurées. Pour reprendre une boutade extraite du livre de Laurent Ruquier : « l’homme le plus vieux du monde est décédé mardi dernier à 112 ans. Les examens sont en court pour savoir si c’est à cause du coronavirus ».

Au-delà d’un plaidoyer pour la liberté d’expression et rire de tout, Laurent Ruquier exprime son inquiétude pour une des pierres angulaires de la démocratie : le droit du citoyen à l’accès d’une information plurielle, vérifiée, argumentée, bref exigeante ! Les journalistes ne font plus leur travail,  « ça m‘énerve » s’emporte-t-il !

Et le fait est que durant l’année qui vient de s’écouler, la mise en perspective, la vérification et la pluralité de l’information ont pris un sacré coup dans l’aile !

L’article 1 de la Charte de déontologie signée à Munich par la Fédération européenne des journalistes enjoint ces derniers à « respecter la vérité » au nom du droit du public à la connaître. Mais le respect de la vérité, c’est parfois admettre qu’on n’a aucune certitude. En démocratie, il s’agit alors de soumettre des réalités factuelles, mais aussi différentes hypothèses et questions se posant, à la réflexion collective, parce qu’in fine, c’est au peuple souverain de faire ses choix. Et parce que l’objectivité pure n’existe pas (choisir un thème, une information plutôt qu’une autre, c’est déjà faire preuve de subjectivité), la pluralité de la presse est cruciale. On sait que l’Humanité ne hiérarchisera pas l’information de la même façon que le Figaro, ni n’interviewera les mêmes personnes, mais on connaît les lignes éditoriales de ces deux quotidiens et comme les deux cohabitent, ils s’équilibrent.

Or, une large partie des médias a fait plus que soutenir docilement les décisions gouvernementales sans les questionner. Ils ont participé à en interdire le questionnement. De « petits chiens » suivant une doxa officielle (et changeante), ils en sont devenus les chiens de garde. S’autoproclamant garants d’une bonne pratique du journalisme, certains médias n’ont pas hésité à commencer à distribuer des bons et des mauvais points aux collègues (et concurrents) qui avaient le mauvais goût de questionner les pseudo certitudes du moment concernant cette crise du Covid.

La moindre remise en question de la pertinence des mesures prises est devenue un signe de « complotisme », mot employé à tort et à travers, sans jamais qu’on en explique le choix et l’usage, et devenu une forme de stigmatisation relayée copieusement, et souvent sans réflexion, dans les réseaux sociaux.

Voir aussi Les vieilles armes du mensonge et de l'ignorance

D’ailleurs, signe de la pression des temps, Laurent Ruquier se sent quand même obligé d’anticiper une accusation de « complotisme », en argumentant qu’il s’est fait vacciner et que « c’est ça qu’il faut faire pour s’en sortir ». Il a confiance dans cette vaccination, et tant mieux pour lui, mais enfin que vient faire « le complotisme » là-dedans ?

À quel moment la notion de complot intervient-elle, dans le fait de craindre l’injection de vaccins, à l’efficacité aléatoire et dont on ignore la durée, aux effets indésirables mal connus, et soupçonnés d’être un engrais à variants? Quant à affirmer que « c’est ce qu’il faut faire pour s’en sortir », c’est clairement une allégeance, ou une concession, à la doxa martelée à tour de journaux télévisés, parce qu’entre nous, rien ne permet d’en être sûr !

Rappelons les arguments du ministère de la Santé lui-même pour justifier devant le Conseil d’État, afin que les vaccinés soient soumis aux mêmes restrictions de liberté que les non-vaccinés : « l'efficacité des vaccins est devenue particulièrement contingente du fait de l’apparition des nouveaux variants. (…) Les personnes vaccinées sont aussi celles qui sont les plus exposées aux formes graves et aux décès en cas d’inefficacité initiale du vaccin ou de réinfection post-vaccinale ou de la virulence d’un variant.(…) Le vaccin n'empêche pas de transmettre le virus aux tiers. L’impact de la vaccination sur la propagation du virus n’est pas encore connu. »

Pour peu que lesdits vaccins accélèrent l’apparition de variants comme de nombreux scientifiques en évoquent la possibilité, on est loin de la solution miracle ! Une argumentation reposant sur un principe de non-discrimination entre vaccinés et non vaccinés eut été plus rassurante quant à la foi du gouvernement dans l’efficacité et l’innocuité des vaccins pour la santé publique. Mais évidemment, la mise en place d’un passeport sanitaire incluant le critère vaccinal eut été ensuite plus difficile à justifier. Encore qu’on puisse se demander en quoi le fait d’avoir reçu l’injection de vaccins ne garantissant une absence de contagiosité, et faisant du vacciné un potentiel creuset de variants, peut-il justifier qu’on puisse être plus librement en contact avec ses contemporains… Mais on ne peut pas dire que la meute médiatique soulève massivement la question.

Et puis, se « sortir » de quoi exactement ? Des manques de moyens, dénoncés par les professionnels depuis une bonne quinzaine d’années, des hôpitaux ? Des errances politiques et des restrictions de liberté à l’efficacité restant largement à démontrer, et prises sans concertation dans une opacité rendue possible par un état d’urgence qui s’éternise ? De la « dictature » d’une peur » instillée à grands coups de matraquage médiatique ? Un vaccin aurait-il le pouvoir de créer des lits dans les hôpitaux et de rendre sa vigueur à la démocratie ?

Cette « dictature de la peur », distillée journal après journal, à grands coups de chiffres discutables et de prédictions catastrophiques, dont la plupart ont été démenties, a d’ailleurs donné lieu à la naissance d’un néologisme se voulant péjoratif : le « rassurisme ». La mise en perspective des chiffres qu’appelle de ses vœux Laurent Ruquier, une relativisation de la gravité d’une maladie ne pouvant frapper de façon grave voire mortelle qu’une infime proportion de la population, n’a plus été considéré pour ce que c’est : la mise en commun d’éléments factuels appelant à une réflexion collective pondérée. C’est devenu « rassuriste », et rassurer, ce serait mal !  

D’ailleurs, évoquer l’efficacité possible de traitements connus et inoffensifs, élément rassurant s’il en est, est largement tabou. Aucun des protocoles de traitement ayant fait l’objet d’essais à travers le monde, qui seraient susceptibles d’avoir un effet bénéfique sur l’épidémie, n’a reçu de recommandation provisoire d’utilisation, même quand il s’agit d’utiliser des médicaments connus de longue date aux effets indésirables extrêmement rares et maitrisés. Or, ce sujet n’est quasiment pas débattu dans l’espace médiatique.

C’est comme si une information complète avait laissé la place à une communication anxiogène, où l’incertitude est permanente.

C’est comme si toute restriction de liberté n’était pas une décision extrêmement grave qui doit être soigneusement pesée et justifiée. Beaucoup de médecins s’accordent à dire que les risques de contamination en extérieur sont extrêmement faibles et que le port du masque y est inutile. Pourtant, ce port du masque demeure imposé dans l’ensemble de l’espace public du pays.

Un usage inapproprié des tests PCR est dénoncé par une partie de la communauté scientifique. Pourtant, ce point non plus ne fait l’objet d’aucune remise en cause dans l’espace médiatique. Il faut bien reconnaître que de nombreuses questions, qu’une partie importante de la population se pose, ne sont jamais posées lors des nombreuses conférences de presse tenues par le Premier ministre ou le ministre de la Santé, devant un parterre de journalistes accrédités.

Une de ces questions est enfin utilement posée par Laurent Ruquier dans son livre :

« En fait, je me demande simplement pourquoi, en 15 mois de temps, on n’a pas encore trouvé la solution pour ne pas laisser mourir les uns en laissant vivre les autres. »

Voir aussi
En janvier dernier, l'acteur Patrick Mille avait livré une tirade qui avait connu un grand succès dans l'émission de Laurent Ruquier, face au ministre Bruno Le Maire :

Auteur(s): Laurence Beneux, journaliste pour FranceSoir

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