Les enjeux de demain : enfants de djihadistes, futurs terroristes ?

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Les enjeux de demain : enfants de djihadistes, futurs terroristes ?

Publié le 04/03/2021 à 20:58
AFP
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Auteur(s): Yan Labêche, journaliste pour FranceSoir
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On en compte plusieurs centaines, issues de femmes françaises, prises sous l’emprise sectaire de leurs maris djihadistes. Ces enfants nés de mariage et remariage sous le joug de l’Etat Islamique sont dorénavant installés dans les camps de Roj et Al Hol dans le nord de la Syrie, contrôlés par les Kurdes et Yezidis. Ils vivent dans des conditions déplorables sous des tentes de fortune. Le choix du « cas par cas » des autorités françaises pose la question de leur retour et de la prise en charge de ces familles.

Dans le nord de la France, une grand-mère, Pascale Descamps, a entamé une grève de la faim pour demander l’intervention des autorités françaises. Sa fille et ses quatre enfants sont toujours dans le camp d’Al Hol dans le nord de la Syrie. Convertie à l’islam à 18 ans, sa fille rencontre son futur mari français d’origine espagnole qui la conditionne par des pratiques sectaires pour un départ en Syrie. Au printemps 2015, elle part vers le pays d’Orient, pensant venir en aide à la population victime des exactions de Bachar el-Assad. Elle déchante très vite d’autant que son « mari » djihadiste meurt rapidement. Remariée et veuve à nouveau, elle se fait arrêter par les Kurdes syriens avec ses quatre enfants. Depuis, Pascale Descamps n’a des nouvelles de sa fille que par quelques photos et messages sur des téléphones « empruntés ».

Une gestion « au cas par cas » voulue par Macron

De son côté, le ministère des Affaires étrangères, bien que conscient de la nécessité du retour de ses enfants et familles de djihadistes, applique la méthode voulue par le président Macron du « cas par cas ». Une solution qui n’en est pas une ! Les enfants, véritables victimes de cette guerre, grandissent dans des conditions extrêmes et avec en ligne de mire un pays qui les a laissé choir. De leur côté, deux parlementaires (le sénateur communiste Pierre Laurent et le député LR-UDI, Pierre-Morel-A-L’Huissier) veulent créer un « électrochoc ». Ils demandent le « rapatriement de ces enfants français innocents ».

Sur le terrain, la situation reste toujours compliquée. Le reporter de guerre Chady Chlela en sait quelque chose. Depuis 20 ans, ce franco-libanais, qui a travaillé pour France 24 et Sky News, a couvert les terrains de guerre où Daech et l’Etat Islamique étaient présents : Irak, Afghanistan, Mali, Libye, Syrie, Yémen, etc… Au cours de reportages, il a pu constater les activités des djihadistes et de ses familles dans ces différents pays, notamment en Syrie. « Pour la plupart, ces femmes n’étaient pas des combattantes, nous indique Chady Chlela. L’Etat Islamique ne leur permettait pas de prendre part à la guerre. Elles avaient des missions de recrutement auprès des femmes, de faire appliquer les lois coraniques ou de s’occuper de la famille du djihadiste.»

Pas de système juridique en Syrie pour les juger

Endoctrinées pour la plupart avec l’idée de faire de l’humanitaire, elles se retrouvent mariées et remariées. Pour la plupart, elles ont des enfants. « A la fin de la guerre, on les retrouve dans les camps d’Al Hol et de Roj dans le nord est du pays. Ce sont des femmes sans leurs maris emprisonnés ou morts au combat. On parle de 100 000 personnes (femmes et enfants), enfermées pour la plupart depuis trois ans pour une durée indéfinie. Ils ne bénéficient d’aucune éducation, ni de soins appropriés. En Syrie, ils n’ont pas de statut juridique non plus car le Kurdistan syrien n’est pas un pays et n’a pas d’administration reconnue, ni légale. C’est différent de l’Irak qui possède son système judiciaire. La France préfère d’ailleurs que les combattants de son pays soient jugés en Irak, même si cela pose des problèmes notamment avec la peine de mort qui est applicable dans ce pays.»

300 enfants décédés l’année dernière

Sur place, on parle d’un environnement hostile : vie sous une tente à -5 degrés l’hiver et à plus de 45 degrés l’été, conditions d’hygiène et alimentaires déplorables, etc.. « L’année dernière, il y a eu 300 décès d’enfants (froid, malnutrition, etc..). La Croix-Rouge parle de victimes, sans statut juridique clair. » La plupart des familles de djihadistes sont irakiennes ou syriennes. Il y a toutefois des étrangères de plusieurs pays (Russie, France, Belgique, Allemagne, Azerbaïdjan, etc.). Selon les organisations internationales, on parlerait de 150 à 200 enfants français dans les camps syriens, sans que personne ne puisse confirmer ce chiffre.

L’accès pour les journalistes est très compliqué, notamment pour les Français. Pour parler avec des familles, il faut que les autorités kurdes syriennes l’autorisent, ce qui ne se fait pas sans difficulté ou sans bakchich. La question de la subsistance de ces familles est aussi compliquée. « L’eau rentre dans les tentes et les familles n’ont rien pour vivre dignement comme un être humain. Ce sont les Kurdes qui donnent tout mais il faut tout payer. Les familles en France sont accusées d’envoyer de l’argent au djihadisme alors qu’elles ne font que venir en aide à leurs enfants. La Croix-Rouge arrive à transmettre quelques messages »

Une politique de l’autruche qui pourrait coûter cher à la France

Sur ce dossier des familles françaises de djihadistes, l’Etat français a choisi la technique du « cas par cas » sans véritablement définir les cas et sans préparer la venue de ses familles. « Ces enfants de parents français devraient avoir la même protection et les mêmes droits que les 14 millions d’enfants français. Ce n’est pas acceptable pour le pays des droits de l’homme de laisser ses enfants mourir dans des situations déplorables. Cette politique de l’autruche ne peut qu’avoir des conséquences dans les années à venir. »

D’autres pays (Danemark, Finlande, Azerbaïdjan, Maroc, etc..) ont pris en charge ces familles en facilitant leur retour, en les aidant avec un suivi psychologique et une stratégie de déradicalisation avec des professionnels et en tentant de les réinsérer et de prendre en compte le soutien aux victimes. « C’est complexe, confirme Chady Chlela, mais c’est le seul choix que nous avons. L’autre option est de les laisser là-bas et de faire semblant comme si de rien n’était. La France se doit d’agir là dessus. Ce qui se prépare dans ses camps pour la France risque d’être pire que ce que nous avons connu. On parle d’enfants français qui auront la haine de la France et de cet abandon qu’ils auront vécu. On ne pourra pas savoir l’idéologie qui leur sera inculquée. Ils n’auront aucune notion de la France et de ses valeurs. C’est de notre devoir de leur donner la chance de connaître et de comprendre ce que la France représente. »

Que les enfants soient gérés par des membres de la famille, par des services sociaux ou par la DDASS, l’encadrement ne pourra qu’être meilleur que dans les camps syriens. Pour le reporter de guerre, il y a urgence. « Ce sont des familles abandonnées. Il faut les récupérer. C’est un enjeu de demain avec en toile de fond notre sécurité. C’est aussi une prise en compte des droits de l’enfant, d’amélioration de notre système judiciaire pour qu’il s’adapte à cette situation. Il faut les récupérer avant qu’il ne soit trop tard. Ces enfants doivent sortir de cette tragédie qu’ils ont vécue et qui n’est pas de leur faute. Ce ne sont que des victimes ! »

Auteur(s): Yan Labêche, journaliste pour FranceSoir

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