Passe vaccinal retardé à cause d'un tweet de Bruno Retailleau : maladresse ou manoeuvre ?

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FranceSoir
Publié le 14 janvier 2022 - 13:35
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Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat.
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Hier après-midi, après les discussions à l'Assemblée nationale et au Sénat, les débats sur le passe vaccinal se déroulaient en commission mixte paritaire (CMP). Ils auraient dû aboutir à un accord entre les deux chambres, si Bruno Retailleau, président des Républicains au Sénat, n'avait pas crié victoire trop tôt. Simple maladresse, ou capotage prémédité ?

Un tweet prématuré

Sur Twitter, il écrivait à 17 h 45 que la CMP avait donné raison au Sénat et que c'était « la victoire du bon sens » :

Seulement, la commission mixte paritaire n'était pas terminée. Ni une ni deux, la majorité LREM a sauté au plafond. Yaël Braun-Pivet, députée LREM et présidente de la CMP, assurait qu'il s'agissait d'une « atteinte intolérable au fonctionnement de nos institutions ». Aussi la commission a-t-elle été déclarée non conclusive à cause de cette fuite.

Un bonnet d'âne pour les Républicains

Dans l'entourage d'un sénateur LR, tout en relevant que les réactions au couac s'inscrivent dans la classique « guéguerre » entre les deux chambres, on regrette son instrumentalisation par la majorité, même si elle est « de bonne guerre », car le texte final risque d'escamoter les aménagements votés par le Sénat, modestes mais bienvenus, notamment pour les contraintes imposées aux enfants.

Philippe Bas et Ian Boucard, tous deux sénateurs du groupe LR, ont défendu leur président. Si le premier soulignait « une réaction excessive », le second est allé jusqu'à dénoncer « un prétexte par tous les moyens pour faire échouer cette CMP ». Ils « ont sauté sur l’occasion pour nous ringardiser », a-t-il renchéri ensuite.

Une théorie qu'Ugo Bernalicis, député France insoumise et membre suppléant de la CMP, semble partager. Dans une vidéo postée sur Twitter, il expliquait que cet événement allait permettre à la majorité de « pouvoir dire, c'est la faute des Républicains » si le texte n'est pas adopté.

Discréditer l'opposition... 

« Pécresse, soit elle ne tient pas ses troupes, soit elle fait de la duplicité », s'exclamait Amélie de Montchalin sur RMC il y a une semaine, pointant du doigt une colonne vertébrale inexistante chez les Républicains, notamment au sujet du passe vaccinal. D'abord, à l'Assemblée nationale, les députés LR s'étaient effectivement montrés en défaveur de l'évolution du sésame, tandis que les sénateurs ont fait le contraire trois jours après, pour finalement faire capoter l'ensemble des discussions lors de la CMP.

Dans un communiqué, M. Retailleau a rapidement dénoncé un caprice de la majorité, assurant qu'aucun « prétexte de forme ne saurait justifier devant les Français la remise en cause d'un accord sur le fond ». Il est toutefois difficile de croire que le sénateur ne connaissait pas les règles du huis clos. Comme il est difficile de croire qu'un si petit écart de forme puisse freiner la majorité dans sa course folle vers le passe vaccinal.

Depuis le début de la crise, quand il s'agissait de l'urgence des mesures sanitaires, les procédures ont plutôt eu tendance à être raccourcies et les formalités bafouées. Cette fois, toute excuse semble bonne, d'un côté comme de l'autre, pour retarder la mise en place du passe vaccinal. Signe d'une tergiversation de l'exécutif ?

... et en même temps, camoufler des tergiversations ?

Face à la pression et aux tensions récentes, qu'elles soient issues des manifestations, des pétitions, des petits désaveux par la justice administrative ou de l'actualité internationale, la majorité serait-elle en train de masquer une hésitation sur l'opportunité du passe vaccinal, tout en faisant porter le bonnet d'âne à la concurrence que représentent les Républicains ?

Voir aussi : L'Espagne propose de "reprendre une vie normale" et de traiter le Covid-19 comme la grippe

Les proportions prises par cette péripétie soulignent en tout cas que la Macronie n'est sans doute pas si solide et sereine sur cette question qu'elle entend l'afficher.

Le Parisien relatait hier un "clash" entre Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer survenu juste avant le Conseil des ministres de mercredi, le ministre de l'Éducation nationale reprochant à son collègue son manque de soutien alors qu'il est empêtré dans une grève massive des enseignants excédés par la valse des protocoles sanitaires à l'école.

Le vrai-faux « coup du rideau » qui avait conduit à la suspension des débats à l'Assemblée dans la nuit du 3 au 4 janvier était peut-être aussi un signal d'alerte. Même s'il était sans grande conséquence sur le fond, ce coup de théâtre n'aurait sans doute pas surpris ainsi une majorité extrêmement déterminée et totalement mobilisée. La mine déconfite d'Olivier Véran, désemparé sur son banc des ministres face à ce contretemps inattendu, illustrait un certain flottement...

Le gouvernement a souhaité adopter ce passe vaccinal à marche forcée, mais les grains de sable dans la machine se multiplient. Le signe qu'il craint d'être à contretemps, alors que l'élection présidentielle se rapproche, et que l'évolution de l'épidémie n'est pas alarmante, comme en témoignent les changements d'approche de pays européens comme le Danemark, le Royaume-Uni, et maintenant l'Espagne ?

Le texte du projet de loi devra repasser devant l'Assemblée nationale d'abord, puis au Sénat, ce qui retarde encore le calendrier gouvernemental, qui prévoyait initialement son application pour le 15 janvier.

Voir aussi : Pass vaccinal: nouvelle péripétie au Parlement retardant le vote final

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