Vaccin anti-Covid Pfizer : la Commission européenne négocie “secrètement” moins de doses contre un prix unitaire plus élevé

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FranceSoir
Publié le 04 février 2023 - 18:10
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Confronté à un excédent important de doses de vaccin anti-Covid, l’Union européenne mène des discussions, tenues secrètes, avec les laboratoires Pfizer et BioNTech.
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En raison d'un excédent important de doses de vaccin anti-Covid, la Commission européenne mène des discussions, tenues secrètes, avec les laboratoires Pfizer et BioNTech. Reuters a révélé le 27 janvier 2023 que l'exécutif européen négociait une baisse du volume initial prévu dans la commande conclue en mai 2021 avec ces sociétés pharmaceutiques en contrepartie d'une hausse du prix unitaire de la dose. Des eurodéputés dénoncent l'opacité autour de ces nouvelles négociations ainsi que leur mise à l'écart, estimant que cette “politique vaccinale opaque” est le syndrome d’un “problème de démocratie au niveau de l’Union européenne”.

En mai 2021, Bruxelles a signé un troisième contrat à 35 milliards d’euros avec les laboratoires Pfizer et BioNTech pour un achat de 1,8 milliard de doses supplémentaires aux deux premières commandes de leur vaccin anti-Covid, le Comirnaty, à destination de tous les États membres de l'Union. Les deux entreprises se sont engagées à fournir 900 millions de doses de leur produit, avec une option à 900 millions de doses supplémentaires. Les livraisons, qui ont démarré en décembre 2021, doivent se poursuivre jusqu’à décembre 2023.

Les États membres réticents à acheter des doses inutiles

Dans son article, Reuters explique que “la moitié ou un peu plus” de la première commande ferme de 900 millions de doses n’a toujours pas été livrée. Pour honorer cet accord, les gouvernements de l'UE sont, cette année, contractuellement obligés de débourser entre 7,8 milliards et 9,75 milliards d’euros pour un prix par dose fixé à 19,50 euros. Un problème. En raison de la baisse de la demande de ce vaccin au sein des États membres depuis l'année dernière, ces derniers, qui font face à des contraintes budgétaires, font connaitre leur réticence à procéder à un achat inutile de nouvelles doses et font donc pression sur la Commission européenne, qui négocie en catimini la possibilité de réduire de “près de 500 millions le nombre de doses” qu’elle s’est engagée à acheter en échange d'un prix unitaire plus élevé.

L’exécutif européen négocie également une extension du délai de livraison jusqu’à la seconde moitié de l'année 2024, selon des sources de Reuters qui ont souhaité garder l’anonymat en raison du caractère “secret” des discussions.

Un membre de la Commission a déclaré à l’agence de presse que “les fabricants de vaccins devraient collaborer avec les États membres et la Commission pour veiller à ce que les accords suivent l’évolution de la situation". Si celui-ci a refusé de donner des détails sur les négociations autour de la nouvelle tarification, il a assuré que la Commission “va continuer à réguler l’approvisionnement en doses de vaccin au cours des années à venir et de le prolonger sur une plus longue période”.

Un porte-parole de Pfizer a de son côté fait savoir que le laboratoire est “engagé” à répondre “aux préoccupations” des États membres de l’UE. À propos de sa politique de prix, l’interlocuteur de Reuters ajoute que Pfizer “a toujours eu une approche de tarification progressive”. C'est le moins qu'on puisse dire : aux États-Unis, d'ici à l'automne prochain, le laboratoire américain espère vendre son vaccin au gouvernement à un prix unitaire par dose dans une fourchette se situant désormais entre... 110 et 130 dollars.

Des négociations “opaques”, les eurodéputés “mis à l’écart”

Dans une vidéo publiée sur Twitter le 2 février, l'eurodéputée Michèle Rivasi a fustigé l'opacité qui enveloppe ces négociations sans "rendre des comptes" aux députés, mais aussi la décision initiale de la Commission de procéder à un nouvel achat de doses de vaccins en mai 2021 : “La première partie de 900 millions de doses est déjà en trop", a-t-elle d'abord souligné, avant de rappeler qu'"à l’heure actuelle, nous ne sommes plus dans l’urgence sanitaire". Aussi, "les États membres ne veulent plus acheter des doses. Ils en ont déjà en stock (...), mais Pfizer leur dit ‘vous êtes obligé d’acheter ces doses jusqu’en 2023. (...) Pfizer dit : 'Ok. Vous allez moins en acheter par État membre, mais je vais augmenter le prix'", rapporte la membre des Verts, qui s'indigne : "Écoutez, là, ça ne va plus. On voit que les traités européens n'ont pas été respectés par la Commission européenne, puisque nous, députés européens, avons le rôle de contrôler l'exécutif. Comme on n'a pas accès à l'information, et que nous avons été obligés de saisir la Cour de justice européenne pour avoir accès à la transparence de ces contrats, à l'heure actuelle, on n'a aucune information." 

Pour rappel, la Commission a signé, entre août 2020 et novembre 2021, un total de onze contrats avec huit fabricants de vaccins pour un coût global d’environ 71 milliards d’euros.

Poursuivant son discours, la femme politique fait état de sa surprise en ayant appris que les contrats signés entre les laboratoires et la Commission comprenait des clauses selon lesquelles les États membres "sont obligés d'acheter des doses à Pfizer" jusqu'en 2023. Et de s'interroger sur le contenu de cet accord : "Pourquoi autant de doses ? Pourquoi on ne peut pas renégocier ? Et quand on renégocie, on nous dit que Pfizer va augmenter encore une fois le prix des vaccins, puisqu'entre le premier contrat et le troisième, vous voyez que c'est passé de 15 euros à 19 euros. Et maintenant : Pfizer dit 'Vous allez en commander moins, mais ça peut aller jusqu'à 100 ou 130 euros la dose'", s'étonne l'eurodéputée, se basant visiblement sur l'information de Reuters selon laquelle Pfizer espère prochainement vendre au gouvernement américain son vaccin à un prix par dose de 110 à 130 dollars.

"Il y a un problème de démocratie au niveau de l'Union européenne. Les députés ont été mis à l'écart. Quand on demande la transparence, on nous répond par l'opacité", dénonce Michèle Rivasi, qui rappelle que c'est la raison qui a motivé la saisie du procureur européen pour demander "une enquête totale et complète sur ce qui s'est passé"

Ursula von der Leyen convoquée devant la commission "Covi"

Les parlementaires européens à la tête de la "Covi", la commission spéciale sur l'épidémie de Covid-19 formée de quatre vice-présidents et 33 membres, ont décidé de demander à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, de venir comparaître publiquement devant eux, avait révélé Politico le 11 janvier. Les députés désirent la questionner sur son rôle dans la négociation du contrat de 35 milliards d'euros signé en mai 2021 avec Pfizer. "L’Union européenne a dépensé beaucoup de ressources publiques dans la production et l’achat de vaccins pendant la pandémie", explique la présidente de la "Covi", la députée belge Kathleen Van Brempt, qui fait valoir en retour le droit du Parlement à "obtenir une transparence totale sur les modalités de ces dépenses et les négociations préliminaires qui y conduisent."

En réaction au deuxième lapin posé début décembre par Albert Bourla, PDG de Pfizer, à la Covi, qui souhaite évoquer avec lui, entre autres, "la transparence des contrats", les députés avaient aussi fait part de leur projet de révoquer les privilèges d’accès du laboratoire pharmaceutique au Parlement européen, comme ce fut le cas pour l’entreprise Monsanto en 2017. Une décision qui doit encore être validée par les processus internes à l’institution.

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