Les “causes naturelles” à l’origine du changement climatique pour 40% de la population mondiale, selon une enquête Ipsos

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FranceSoir
Publié le 14 décembre 2022 - 16:20
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Climate change
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SP / Paul Mattsson
Selon l'étude, le pouvoir d'achat est la principale préoccupation et l'environnement, une priorité des classes supérieures et de la gauche.
SP / Paul Mattsson

Selon une enquête mondiale de l’entreprise de sondages française Ipsos, couvrant deux tiers de la population mondiale, environ 4 sur 10 personnes pensent que le changement climatique est dû à des causes naturelles. Selon cette étude, le "climatoscepticisme" n’a pas cessé de croître ces dernières années, notamment en France, et le pouvoir d’achat semble devenir la principale priorité de la population interrogée qui, face à une forte inflation, relèguent leurs préoccupations environnementales au second plan, ou plutôt, pour reprendre le classement de l’étude, au quatrième plan.

La France, poursuit l’Ipsos, reste quand même moins concernée par le climatoscepticisme par rapport à d'autres pays producteurs d’énergies fossiles, à l’image de l’Arabie Saoudite, la Norvège, la Russie ou encore les États-Unis.

Cette enquête, publiée pour la quatrième année consécutive pour le compte d’EDF, a été menée dans 30 pays sur les cinq continents, de quoi couvrir les deux tiers de la population mondiale et surtout, des pays grands émetteurs de CO2. Elle révèle, en premier lieu, que la crise économique et la forte inflation qui secoue l’économie mondiale, a pris le dessus parmi les préoccupations de la population mondiale.

L’environnement, une priorité pour les classes supérieures

62% de la population interrogée (10 points de plus par rapport à 2022) est surtout préoccupée par la hausse du coût de la vie, par la pauvreté et les inégalités (46%) et par les problèmes de santé (42%). Ce classement diffère selon les régions. La santé est la principale préoccupation en Europe et en Amérique du Nord, tout comme en Asie qui se “mobilise contre le coronavirus”. Selon la même étude, en Amérique du Sud, la préoccupation porte surtout sur “le crime et la délinquance”, ou encore sur le chômage comme c’est le cas en Afrique.

Le réchauffement climatique est ainsi à la quatrième place avec 41% de la population interrogée qui se dit préoccupée par l'environnement. Le taux est “resté à un niveau stable par rapport à 2021 (40%)”, note-t-on. L’enquête souligne que l'environnement figure parmi les cinq principales préoccupations des habitants de presque tous les continents, sauf des pays d'Afrique et du Moyen-Orient.

Le taux de préoccupation ne varie pas uniquement selon les critères géographiques. Cette étude révèle également que la question climatique figure parmi “les principales préoccupations des classes sociales supérieures” : l’environnement est à la seconde place (44 %) chez les ménages les plus aisés, qui s’inquiètent le plus à propos de la hausse du coût de la vie. Chez les ménages les plus modestes financièrement, l’environnement n’est que la sixième préoccupation (36 %). Cette classe se préoccupe surtout “de la pauvreté et des inégalités (49%), du chômage (44%), du système de santé (41%) mais aussi de la corruption", lit-on.

Par ailleurs, la population interrogée préfère, avec une majorité de 38%, donner “la priorité à l’environnement” plutôt qu'à "la croissance et à l’emploi”. L'Ipsos souligne que cette majorité s’est considérablement réduite par rapport à 2019 (53%). Il s’agit, selon le document, d'un “signe que les difficultés économiques freinent un redressement pro-environnemental de nos économies”.

Le climato-scepticisme s'accroît, notamment en France

En s’intéressant de plus près à la question environnementale, cette enquête explique que le changement climatique est en tête de cette préoccupation. Le rapport soulève une meilleure prise de conscience quant au changement climatique dans les zones qui ont dû faire face à des phénomènes climatiques en 2022, comme les “incendies en Europe durant l'été, les inondations en Australie, les températures élevées en Inde et au Japon et la sécheresse au Chili en début d'année”.

Néanmoins, cette prise de conscience dans ces zones ne suffit pas à convaincre, à l’échelle mondiale, que nous soyons “absolument” ou “quelque peu” confrontés au changement climatique. Le rapport explique que “les populations ne réagissent pas partout de la même manière". “55% des Australiens mentionnent les inondations qui ont frappé leur pays cette année”. Pourtant, “leur sentiment d'être confronté au changement climatique est encore plus faible qu'ailleurs”.

En se penchant sur la préoccupation environnementale, l’Ipsos explique que “le changement climatique (46%, +2 points par rapport à 2021) et les événements climatiques extrêmes (43%, +2 points par rapport à 2021) sont devenus en 2022 les principaux motifs de préoccupation environnementale à l’échelle mondiale". Cela s’explique par la “baisse des préoccupations concernant les déchets et le plastique (41%, -5 points par rapport à 2021) et la pollution de l'air (37%, -3 points par rapport à 2021)".

En d’autres termes, le changement climatique ne devient la principale préoccupation en raison d’une hausse d’inquiétude. Le rapport dit tout le contraire : c’est le climatoscepticisme qui s’accroît. “Le niveau d'inquiétude face au changement climatique reste élevé (69%) auprès de la population interrogée mais tend à baisser (-3 pts à l'international et -6 pts en France par rapport à l'année dernière").

Le “climato-scepticisme n'a cessé de croître ces 3 dernières années (37%, +6 pts en 3 ans)”. Le phénomène est particulièrement marqué en France cette année (37%, +8 pts en un an). Pourtant,  l'inquiétude pour l'environnement est “particulièrement forte dans ce pays”, explique l’étude.

Celle-ci souligne toutefois que les “climatosceptiques” ne nient pas le changement climatique, mais défendent l’idée selon laquelle “c’est principalement dû aux types de phénomènes naturels que la Terre a connus tout au long de son histoire”. De moins en moins de Français considèrent que le réchauffement climatique est dû à l’activité humaine (63% contre 69% en 2019). 

Le rapport souligne, par la même occasion, que d’autres pays, producteurs d’énergies fossiles notamment, devront face faire à un taux de climatoscepticisme plus élevé, comme l'Arabie Saoudite  (60%), la Norvège (48%), la Russie (48%) ou encore les États-Unis  (48%).

La droite “plus climato-sceptique” que la gauche

L’Ipsos poursuit que le taux de climatoscepticisme chez la population mondiale ne diffère pas selon l'âge. Ses chiffres ne démontrent pas que les plus jeunes sont plus ou moins sceptiques que les moins jeunes. La différence réside surtout dans la tendance politique. “Dans les sept pays où cette question politique a été posée, 28 % des sympathisants de gauche se sont révélés climato-sceptiques contre 50 % des sympathisants de droite”.

Cette partie de la population interrogée “constate ainsi les événements climatiques extrêmes et les place en tête de liste des préoccupations environnementales actuelles”, sans pour autant être “davantage inquiétée ni être convaincue de leur origine, comme si la “nature” provoquait sa propre” fin.

De ce fait, ces personnes sont ainsi moins convaincues de la “nécessité d'agir individuellement“ mais s'en remettent aux décideurs publics et privés, qu'ils considèrent désormais moins sévèrement. Il ne s’agit pas, ainsi, de “changer leur mode de vie”, poursuit la même source. En 2021, “45% considéraient que c'était à eux d'agir, alors que ce chiffre est de 42% aujourd'hui”, lit-on. En France, c’est “pire” puisque la baisse de ce sentiment de devoir agir individuellement est très lourde en 2022 (de 61% à 49 %) après avoir augmenté régulièrement les trois années précédentes.

D’ailleurs, la population interrogée a un meilleur sentiment par rapport aux précédentes années que “les dirigeants politiques et économiques agissent contre le changement climatique”. Un sentiment plus marqué en France, poursuit l’Ipsos.

Quant aux mesures prises pour lutter contre le réchauffement climatique, leur acceptation est “plus faible en Europe et en Amérique du Nord”. Trois mesures trouvent écho chez au moins six répondants sur 10 : une interdiction des vols court-courriers lorsqu'il est possible de prendre le train, une taxe sur l'achat de véhicules polluants et l'obligation pour les propriétaires d'isoler correctement leur logement.

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