Microsoft remplace tous ses journalistes MSN par des robots

Microsoft remplace tous ses journalistes MSN par des robots

Publié le 02/06/2020 à 09:14 - Mise à jour à 18:16
Mattheuw Manuel / Unsplash
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Auteur(s): FranceSoir

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Les fantasmes et cauchemars sur des intelligences artificielles ou des robots qui pourraient remplacer les travailleurs humains existent depuis des années. Ils sont devenus un peu plus réalités avec la pandémie de coronavirus car des robots ont été plus facilement acceptés et utilisés, remplaçant certains employés pour effectuer des tâches de façon plus rapide, sans risque de tomber malades et de façon plus rentable. On se rapproche un peu plus d’une société automatisée aujourd’hui avec l’annonce de Microsoft qui va remplacer les journalistes et autres employés en charge des informations sur MSN.com par des algorithmes.

Les actualités du site Web MSN seront générées par une IA

À partir du mois de juillet, si vous cherchez des actualités dans les pages d'accueil du site Web MSN et du navigateur Edge, vous ne trouverez plus de reportages produits par des journalistes car ils seront remplacés par des textes, produits automatiquement par un logiciel d'intelligence artificielle. Microsoft a décidé de cesser d'employer des humains pour sélectionner, éditer et organiser des articles de presse sur ses pages d'accueil. Lors du lancement de MSN News en 2018, Microsoft avait déclaré employer plus de 800 personnes dans 50 bureaux différents, pour éditer et publier le contenu d’information de ses sites Internet. On ne sait pas combien de salariés sont affectés par cette mesure, mais Business Insider  a évoqué 50 suppressions d’emplois aux Etats-Unis.

Les équipes internationales de MSN News sont aussi touchées et le Guardian évoque la suppression des 27 postes de journalistes de PA Media, agence qui fournissait les articles de MSN.com au Royaume-Uni.

Quels risques de remplacer les humains par des robots?

La décision du géant américain est jugée risquée par les employés licenciés, car aujourd’hui, les journalistes doivent respecter des consignes très strictes pour vérifier l’information, éviter le contenu violent ou inapproprié. Cette modération éditoriale est d’autant plus importante qu’elle permet de garantir la sécurité des contenus aux jeunes utilisateurs, très nombreux sur les portails MSN.

Les robots-journalistes produisent déjà de l’information depuis quelques années

De nombreux médias expérimentent déjà l’utilisation de l'intelligence artificielle dans leurs salles de rédaction. Google finance des investissements dans des projets pour automatiser la rédaction d'articles, Le Monde ou le Washington Post utilisent des logiciels pour collecter automatiquement des informations et écrire des articles (météo, les rencontres sportives ou la bourse). Forbes utilise un robot pour faciliter la tâche des journalistes en recherchant pour eux du contexte et des sources.

Il existe aussi des algorithmes qui cherchent automatiquement des illustrations ou créent des supports vidéo à partir du texte... 

Les robots ne sont pas seulement doués pour écrire des articles d’information: l’agence immobilière Guy Hoquet, par exemple, utilise aussi des robots pour la rédaction automatique des annonces de ses biens en location ou à la vente. Enfin, les journo-robots permettent de produire rapidement des articles factuels très simples. Cependant, le rôle humain devrait ne pas être supplanté mais transformé.

Le robot peut-être un assistant pour faciliter les parties les moins intéressantes du travail pour que le salarié puisse se concentrer dans des aspects qualitatifs du travail.


La crise sanitaire va-t-elle accélérer l’adoption des robots?

Dans ce contexte de distanciation sociale, les robots prennent la place des humains dans les restaurants, à la place des serveurs, dans les laboratoires pour réaliser les tests, ou dans les espaces publics pour désinfecter les zones fréquentées. Pour Microsoft, il ne s’agit pas d’une décision économique liée à la crise, mais plutôt d’un changement de stratégie. Selon son porte-parole, “comme toutes les entreprises, nous évaluons régulièrement notre activité. Cela peut entraîner un investissement accru à certains endroits et, de temps en temps, un redéploiement à d'autres. Ces décisions ne sont pas le résultat de la pandémie actuelle. »

Selon Olivier Le Deuff, chercheur français en sciences de l'information et de la communication, l'automatisation permet de réaliser les tâches répétitives. 

Sur ce point, le phénomène pourrait bien s'accélérer, ce qui signifie de probables pertes d'emploi dans certains secteurs tertiaires.


Quel mécanisme de régulation face à la concurrence des robots ?

Le débat sur une éventuelle taxe sur les robots est donc revenu sur le devant de la scène. Cette taxe financerait un revenu universel pour ceux qui auraient perdu leurs emplois à cause d’un robot, en attendant leur reconversion. Pour certains spécialistes, comme l’économiste Emmanuel Buisson-Fenet, taxer les robots risquerait de mettre en péril la sortie de la crise et détruirait plus d’emplois.

 

Appliqué à FranceSoir, est-ce qu'un robot aurait pu écrire trois des articles récents de l'actualité ?

Article 1, LancetGate : surgisphere la société qui a élaboré la collecte des données à l'étude est-elle sérieuse ?  Un bon robot aurait pu collecter, mettre en page et pré-rédiger 80% de l'article puisque une grande partie de l'information est disponible sur internet.  Le robot aurait potentiellement pu valider les informations et la cohérence (démultiplication des informations, qualité des sources).  Un robot aurait pu aussi écouter les vidéos, regarder les images, corriger la syntaxe et l’orthographe et s’apercevoir de points communs invisible à l’œil nu. Un outil adéquat pour la détection des signaux faibles qui peuvent avoir de l’importance. Cela demanderait une programmation complète du robot pour chercher approximativement 40 diverses sources.  Il reste cependant à finaliser l'analyse et mettre en forme, un travail éditorial qui jusqu’à présent reste encore l’apanage de l’humain. Rendement du robot 80 à 90 % avec un gain de temps évident.

Article 2 : LancetGate : quel rôle joue le laboratoire Gilead qui développe le Remdesivir?  Encore une fois la collecte d’information n’est ici pas un problème.  Ce qui devient challengeant pour un robot c’est de faire le détail de l’analyse financière et son interprétation et l’inférence.  Probablement 50% de l’article peut être robotisé.

Article 3 : Gestion de l’épidémie: les départements 13 et 92 (hôpital Poincaré) de bons élèves ? Cet article est en apparence le plus facile à faire pour un robot. Collecter l’information et le mettre en page.  Cependant c’est aussi celui qui demande le plus d’analyse et de modélisation. Il faudrait mettre bout à bout plusieurs robots pour effectuer ce travail qui comporte beaucoup d’analyses et de comparaisons.  Un robot est assurément capable de le faire quand bien programmer, mais cela risque de prendre plus de temps à programmer le robot qu’à faire l’article.  40% de l’article peut être robotisé.

Le journaliste peut être rassuré, il a encore de beaux jours devant lui pour la partie analytique, le rédactionnel et le titrage. Cependant pour les signaux forts et faibles il pourra être intéressant de faire passer des systèmes experts et de l’AI afin de détecter des schémas, des correlations et des relations causales invisibles à l’œil nu.

Il n’y a pas si longtemps on avait annoncé la fin du papier ce qui avait grandement inquiété les papetiers, mais la dématérialisation n’a pas encore tué le papier. C’était à la fin des années 1980.

 

Auteur(s): FranceSoir


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