En direct de la serre à l'assiette: le pari de la ferme de l'Envol

  •  Vous appréciez FranceSoir, soutenez son indépendance !  

En direct de la serre à l'assiette: le pari de la ferme de l'Envol

Publié le 18/06/2020 à 07:00 - Mise à jour le 19/06/2020 à 09:18
© MYCHELE DANIAU / AFP/Archives
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par Isabel MALSANG - Brétigny-sur-Orge (France) (AFP)
-A +A

Cueillies mardi matin sous une serre de l'Essonne, les courgettes, bio, sont livrées l'après-midi chez un particulier ou un restaurateur. Circuit plus court que ça, en Ile-de-France, il n'y a pas, sauf à cultiver ses propres légumes sur son balcon.

Implantée sur une ancienne base militaire à Brétigny-sur-Orge, la ferme agroécologique de l'Envol ambitionne de produire "en autonomie", sans intrants extérieurs, pour livrer les franciliens en produits locaux et bio et supprimer quelques milliers de kilomètres de transport.

Un pari écologique, mais aussi économique et social, qui voudrait préfigurer une part de l'agriculture de demain autour des villes.

Après avoir rempli sa cagette de courgettes, le maraîcher Eric Chatelet se met à l'épamprage des tomates, une taille minutieuse de chacun des plants.

Juste derrière les serres, un entrepôt du géant américain de la distribution Amazon trace une ligne d'horizon rectiligne dans le ciel de la plaine de l'Essonne.

"C'est ironique que nous soyons si proches, ce que nous cherchons à faire c'est l'inverse d'Amazon": distribuer localement des produits locaux, s'amuse Paul Charlent, co-fondateur de la plateforme de distribution Alancienne, associée à la ferme de l'Envol.

Soutenue par le réseau Ferme d'avenir, qui promeut l'agroécologie, la ferme affiche l'ambition d'inventer un modèle "durable" et "réplicable partout en France", surtout après la crise sanitaire qui a montré l'envie de local des consommateurs.

Ses principes sont issus de la permaculture: récupération d'eau de pluie, chasse au gaspillage, aucun engrais ni traitement...

Organisée autour d'une double structure coopérative, la ferme a reçu des financements publics locaux pour les travaux de récupération d'eau, mais pas de subvention européenne. Et elle paie un loyer.

Pour l'instant, elle n'héberge que quatre maraîchers. Un paysan-boulanger doit s'installer pour les céréales et le pain, des éleveurs pour le lait, la viande et les fromages.

A terme, une douzaine de producteurs sont prévus sur les 80 hectares. Le contraire de l'agriculture intensive. L'idée est de réinventer une ferme en polyculture-élevage, sur le modèle de l'exploitation familiale des Trente Glorieuses, aujourd'hui en déshérence avec la spécialisation et l'intensification accrues de la production agricole.

Chaque producteur (entrepreneur-salarié) reçoit 2.500 euros net garanti par mois. De quoi faire rêver beaucoup d'agriculteurs qui peinent à vivre de leur travail sur une surface comparable.

- "Les gens ont du mal à y croire" -

La ferme est pilotée par un "conseil stratégique" coopératif où siègent producteurs, clients et partenaires comme Alancienne, les collectivités locales et des restaurants comme l'étoilé parisien Septime, mais pas la grande distribution qui s'était pourtant intéressée au projet.

"Plein" de gens "ont du mal à y croire", reconnaît M. Charlent : "+c'est bien ton projet, mais ça ne marchera pas+, me disent-ils. Bizarrement, ce sont parfois des acteurs historiques de la mouvance bio."

Il admet que ses courgettes sont plus chères que dans la grande distribution, donc pas pour toutes les bourses, mais se dit "sûr" de la viabilité du projet, grâce à "la suppression des intermédiaires", qui permet aux producteurs de garder la valeur pour eux, et à la "solidarité entre ateliers", le maraîchage plus rentable soutenant l'élevage.

"Nos prix sont basés sur nos coûts, et en début d'année nous avons déjà pré-vendu notre production aux partenaires qui s'engagent à nos côtés, c'est un grand confort", précise Eric Chatelet.

Paul Charlent dit s'être inspiré d'un modèle californien. Ce jeune Normand a rencontré ses associés sur le campus de Berkeley aux Etats-Unis, où ils suivaient un Master d'entreprenariat.

"On a découvert qu'en Californie, au pays de la malbouffe, on mange très bien, qu'il y a beaucoup de bio local, et on s'est dit: +si eux, ils le font, pourquoi pas nous?+. En rentrant, en 2015, on s'est lancé", d'abord dans la plateforme.

L'après-midi, son centre d'empaquetage basé à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) vibre comme une fourmilière.

De jeunes intérimaires préparent les commandes, livrées en scooter électrique: fruits, légumes, viande, fromage, bière, fleurs ou compost venus d'une cinquantaine de fermes autour de Paris. 1.200 références au total. Et au milieu de la salle, entre une caisse de coriandre de la "ferme Chatelain" et de l'oseille de celle des "jardins suspendus", les courgettes récoltées le matin à l'Envol.

Auteur(s): Par Isabel MALSANG - Brétigny-sur-Orge (France) (AFP)

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Cueillies le matin sous une serre de l'Essonne, les courgettes, bio, sont livrées l'après-midi chez un particulier ou un restaurateur

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-