Cannabis thérapeutique: Agnès Buzyn ouvre un débat sensible

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Cannabis thérapeutique: Agnès Buzyn ouvre un débat sensible

Publié le 24/05/2018 à 18:21 - Mise à jour à 18:24
© PHILIPPE DESMAZES / AFP/Archives
PARTAGER :

Auteur(s): Par Paul RICARD - Paris (AFP)

-A +A

Des malades français du cancer ou de la sclérose en plaques pourront-ils bientôt utiliser des médicaments à base de cannabis? La ministre de la Santé Agnès Buzyn a ouvert le débat jeudi, en concédant l'existence d'un "retard" sur d'autres pays.

"J'ai demandé aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de me faire remonter l'état des connaissances sur le sujet, parce qu'il n'y a aucune raison d'exclure, sous prétexte que c'est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes", a-t-elle déclaré sur France Inter.

Le cannabis médical pourrait donc arriver en France? "Ça pourrait". "Je ne peux pas vous dire à quelle vitesse nous allons le développer mais en tous les cas, j'ouvre le débat avec les institutions responsables", a-t-elle ajouté.

"C'est peut-être un retard que la France a pris quant à la recherche et au développement du cannabis médical. D'autres pays l'ont fait", a déclaré la ministre.

Une dizaine de pays de l'Union européenne a autorisé le cannabis à des fins médicales. Le dernier en date est la Grèce, en mars.

Selon ses défenseurs, le cannabis médical soulage les douleurs causées par des maladies comme la sclérose en plaques ou la maladie de Charcot et combat les nausées dont souffrent par exemple des patients sous chimiothérapie.

Les propos de la ministre sont "tout à fait encourageants pour tous les patients qui attendent que les choses bougent, mais nous restons méfiants car on nous a souvent fait croire des choses", a réagi auprès de l'AFP le docteur Olivier Bertrand, membre de l'association NORML, qui milite pour la légalisation du cannabis.

"C'est un premier pas, mais il y a encore tout à faire", a renchéri Sébastien Béguerie, de l'Union francophone pour les cannabinoïdes en médecines (UFCM).

- "Peur" -

On l'ignore souvent, mais le cannabis thérapeutique n'est pas prohibé en France. On ne parle pas là de l'autorisation pour des malades de fumer du cannabis, mais bien de la fabrication de médicaments à base de cannabis.

Depuis 2013, ces derniers peuvent faire l'objet d'une Autorisation de mise sur le marché (AMM).

Un seul en a bénéficié: le Sativex, spray destiné à soulager des malades atteints de sclérose en plaques. Il a obtenu cette autorisation en janvier 2014 mais n'est toujours pas commercialisé, en raison d'un désaccord sur son prix de vente.

En outre, la Haute autorité de santé (HAS) a jugé que son "service médical rendu" était "faible".

"La question du prix de vente est une manière de détourner le débat: le Sativex fait l'objet d'un blocage administratif qui cache une volonté politique", accuse Olivier Bertrand, qui conteste aussi l'avis de la HAS.

Par ailleurs, d'autres médicaments, le Marinol et l'Epidiolex, disposent d'une Autorisation temporaire d'utilisation (ATU). Mais leur usage ne concerne "qu'une centaine de personnes" en France chacun, selon l'addictologue Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions.

"Le débat sur le cannabis est très difficile à ouvrir en France", explique-t-il à l'AFP. "Il existe une peur qu'en entamant une réflexion sur le cannabis thérapeutique, on ouvre la porte" à la légalisation du cannabis récréatif, dit-il.

Or, "le débat sur les effets thérapeutiques du cannabis doit être mené comme pour tout médicament, en examinant les bénéfices et les risques", poursuit le professeur Reynaud.

Selon lui, le cannabis thérapeutique "ne sera pas le médicament miracle du cancer ou de la sclérose en plaques, mais il a fait ses preuves dans l'action complémentaire du traitement des symptômes" de certaines maladies.

"Après avoir pris une position de fermeté vis-à-vis de la consommation (avec l'annonce d'une amende de 300 euros, ndlr), le gouvernement veut montrer qu'il n'est pas obtus et ouvre une réflexion plus sereine" sur le cannabis thérapeutique, analyse le professeur Reynaud.

Auteur(s): Par Paul RICARD - Paris (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Le cannabis à usage thérapeutique "pourrait" arriver en France, a estimé jeudi la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur France Inter, indiquant avoir lancé "le débat" avec les insti

Newsletter


Fil d'actualités Actualités




Commentaires

-