Poursuites maintenues contre Harvey Weinstein et procès à l'horizon

Auteur:
 
Par Catherine TRIOMPHE - New York (AFP)
Publié le 20 décembre 2018 - 06:39
Image
Harvey Weinstein, ici lors à sa sortie du tribunal de Manhattan après sa dernière comparution le 11 octobre, est de retour devant le juge pour demander l'abandon des poursuites
Crédits
© KENA BETANCUR / AFP/Archives
Harvey Weinstein, ici lors à sa sortie du tribunal de Manhattan après sa dernière comparution le 11 octobre, est de retour devant le juge pour demander l'abandon des poursuites
© KENA BETANCUR / AFP/Archives

Pas de miracle pour Harvey Weinstein: un juge new-yorkais a refusé jeudi d'abandonner les poursuites pénales contre l'ex-producteur de cinéma accusé de multiples agressions sexuelles qui devraient maintenant aller au procès.

"Nous sommes évidemment déçus du fait que les charges n'aient pas été abandonnées aujourd'hui", a déclaré Ben Brafman, l'avocat de M. Weinstein, après une audience au tribunal de Manhattan.

"Nous avons l'intention de (nous) défendre vigoureusement au procès, dont nous sommes confiants que M. Weinstein sortira entièrement exonéré", a assuré l'avocat, parmi les plus aguerris du barreau new-yorkais.

Barbe poivre et sel et costume gris sombre, M. Weinstein, 66 ans, qui risque la perpétuité mais est resté en liberté moyennant une caution d'un million de dollars et le port d'un bracelet électronique, est reparti immédiatement après l'audience dans un 4x4 noir, sans dire un mot aux journalistes qui l'attendaient.

Le mouvement Time's Up, né dans le sillage du #MeToo pour défendre les victimes d'abus sexuels au travail, a salué le maintien des poursuites.

"Nous sommes soulagés qu'Harvey Weinstein ait échoué dans ses efforts pour éviter de répondre de ses actes", a déclaré sa présidente, Lisa Borders, après avoir assisté à l'audience avec une quinzaine d'autres membres de l'organisation, dont des actrices comme Kathy Najimi ("Sister Act").

"Nous avons hâte de voir Harvey Weinstein poursuivi avec toute la rigueur de la loi", a-t-elle ajouté.

- Préparation du procès -

Sauf si l'ex-producteur devait plaider coupable, ou autre rebondissement imprévisible, l'affaire devrait maintenant aller au procès, qui s'annonce plein de suspense tant M. Brafman excelle dans l'exercice. Le juge a fixé une audience de préparation au 7 mars.

Accusé de harcèlement et d'agressions sexuelles par plus de 80 femmes, dont Angelina Jolie et Ashley Judd, Harvey Weinstein a beau assurer que tous ses rapports sexuels étaient consentis, il est devenu l'incarnation des abus perpétrés impunément par des hommes de pouvoir.

Mais depuis son inculpation à New York en mai puis juillet pour des fellations forcées en 2004 et 2006 et pour viol en 2013, sur trois femmes différentes, M. Brafman avait fait valoir des erreurs de l'accusation qui auraient "irrémédiablement entaché" l'acte d'accusation. Provoquant de multiples spéculations sur un "effondrement" du dossier du procureur.

En octobre, M. Brafman avait notamment obtenu l'abandon d'un des six chefs d'inculpation: celui correspondant à la plainte de Lucia Evans, une ex-aspirante actrice qui affirmait que M. Weinstein l'avait contrainte à une fellation en 2004.

Les procureurs ont renoncé à poursuivre cette accusation, après qu'il est apparu qu'un détective chargé de l'enquête avait écarté un témoignage contredisant le récit de Mme Evans aux policiers.

Une amie de Mme Evans avait indiqué l'avoir entendue dire qu'elle avait en fait accepté la fellation pour obtenir un rôle.

M. Brafman avait argué que le détective, écarté depuis, avait commis d'autres erreurs. Notamment en suggérant à une des autres plaignantes, Mimi Haleyi, qui accuse Harvey Weinstein de fellation forcée en 2006, d'effacer de son téléphone portable les messages potentiellement embarrassants pour elle, contrairement aux instructions des procureurs.

L'accusation aurait aussi manqué de divulguer à la défense de très affectueux messages envoyés à M. Weinstein par Mme Haleyi après son agression supposée, introduisant le doute sur un rapport forcé.

Mais le juge James Burke a rejeté jeudi tous ces arguments.

Dans sa décision publiée après l'audience, il a estimé "sans fondement" l'argument de Brafman selon lequel l'accusation avait commis des "fautes". Et estimé que les erreurs du détective n'avaient pas "contaminé" les dossiers des deux accusatrices restantes.

Il a aussi conclu que les procureurs n'avaient pas à divulguer à ce stade les échanges ehtre M. Weinstein et ses accusatrices.

- Appel aux victimes -

M. Brafman doit maintenant se battre pour empêcher l'accusation de citer comme témoins au procès d'autres femmes disant avoir subi les assauts sexuels de M. Weinstein, mais ayant renoncé à le poursuivre au pénal.

Les dépositions de cinq femmes non plaignantes avaient été décisives lors du second procès en avril de l'ex-star de la télévision américaine Bill Cosby, accusé lui aussi d'agressions sexuelles répétées mais jugé pour une seule. Il a été condamné à une peine de trois ans de prison au moins, première victoire de l'ère #MeToo.

L'avocate Gloria Allred, spécialisée dans la défense des victimes d'agressions sexuelles, a, depuis les marches du tribunal, lancé un appel à d'autres victimes potentielles de M. Weinstein à "se manifester", soulignant qu'il était "encore temps" pour étayer le dossier de l'accusation.

Pour Bennett Gershman, professeur de droit à l'université Pace et ex-procureur, le parquet dispose néanmoins d'un dossier "solide" avec les deux accusatrices actuelles, même si elles ont eu des échanges avec M. Weinstein après leur agression présumée.

"Elles disaient des gentillesses à Weinstein: est-ce surprenant?" dit-il. "On a un homme extrêmement puissant (...) qui contrôlait littéralement leur réputation et leur carrière".

"Si les femmes témoignent avec force, (Weinstein) perdra", a-t-il pronostiqué.

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Lula
Lula Da Silva : une barbe cache-misère politique ou masque de l’autoritarisme ?
Luiz Inácio Lula da Silva est un personnage simple en apparence mais complexe en substance. Sous sa barbe blanche, ses fossettes et son sourire aux dents refaites, le ...
27 avril 2024 - 14:36
Politique
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.