Pourquoi travailler pour FranceSoir ?

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Laurence Beneux, pour FranceSoir
Publié le 09 août 2022 - 19:40
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Laurence Beneux
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FranceSoir
Laurence Beneux, journaliste d'investigation, travaille notamment pour FranceSoir.
FranceSoir

TRIBUNE - « Pourquoi acceptez-vous de travailler pour FranceSoir ? » est une question que l’on me pose assez souvent, directement sur les réseaux sociaux ou par message privé, quand ce n’est pas au détour d’une interview, menée par un journaliste atteint par une maladie contagieuse qui fait des ravages ces dernières années, le dogmatisme.

Alors, à tous ceux-ci, je vais répondre une bonne fois pour toutes, sur ce même site d’informations qu’est FranceSoir.

La première réponse qui me vient est : « Pourquoi pas ? ». La deuxième : je trouve que c’est un média intéressant.

Et je pourrais reprendre à mon compte la remarque faite par l’avocat Gilles-William Goldnadel en préambule d’une interview donnée à FranceSoir : « Je suis bien content de vous recevoir, parce que, même si je ne partage pas toutes vos vues, je suis pour défendre totalement votre journal, par principe. Et je n’apprécie pas de temps en temps ce qu’on vous fait. » Et suite à la réponse du journaliste « vous n’appréciez pas le fascisme en général », l’avocat enfonçait le clou en répondant : « C’est une des formes de celui-ci ».

Eh bien, je pourrais répondre : « Je suis bien contente de travailler pour FranceSoir », en donnant les mêmes raisons que ce défenseur de la liberté d’expression. De surcroît, je n’aime pas beaucoup que l’on me dise ce que j’ai à faire. J’ai les anathèmes et le dogmatisme en horreur. Et les accusations gratuites m’horripilent.

Alors, j’ai bien sûr entendu les accusations de « complotisme », de divulgation massive de « fausses informations » que d’aucuns lancent contre ce site. Seulement, à chaque fois que j’ai demandé ce que l’on entendait par « complotisme », je n’ai pas eu d’explication. Et quand je dis, « pas d’explication », je ne parle pas d’une « mauvaise explication » mais bien d’une absence d’explication. Quand je demande une définition du mot « complotisme » qui pourrait s’appliquer à FranceSoir, la réponse est toujours un long silence. Comme si on employait ce mot à tort et à travers sans jamais s’être interrogé sur son sens.

Et c’est le même silence qui suit l’interrogation des fausses informations : « Comme quoi par exemple ? ». J’expliquais, dans une vidéo publiée récemment sur le site, que le journaliste Thibault Schepman, travaillant pour Arrêt sur images, à qui j’avais posé cette même question, avait été incapable de me donner un seul exemple. Qu’il se rassure, il n’est pas le seul à échouer à répondre à cette demande de précision : c’est comme ça à chaque fois. Faut-il d’ailleurs rappeler que FranceSoir n’a jamais fait l’objet d’aucune condamnation en justice ?

Voir aussi : "La presse est devenue extrêmement éditorialiste et de moins en moins factuelle" Laurence Beneux

Je ne dis pas qu’il n’a pas pu y avoir des erreurs qui se sont glissées sur le site, mais je ne connais pas un seul journal à qui ça ne soit pas arrivé. « Errare humanum est », mais la « persévérance diabolique » (perseverare diabolicum) de la locution latine, je ne l’ai pas trouvé chez FranceSoir. Je ne peux pas en dire autant des contempteurs acharnés de ce journal.

J’ai été stupéfaite de voir qu’une ministre en exercice attaquait un média d’information, sous prétexte que son contenu déplaisait à son gouvernement. Pas en Chine. Pas en Arabie Saoudite. En France ! En janvier 2021, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, demandait « que soit réexaminé le certificat d'IPG (information politique et générale) délivré au service de presse en ligne FranceSoir », alors que ce certificat avait été délivré jusqu’en septembre 2022. Le but ? Priver le site de certains avantages fiscaux et des aides potentielles du Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP), auxquels donne droit ce certificat. Comme nous sommes malgré tout en France, la manœuvre a échoué. La Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) a bien réexaminé prématurément le certificat d’IPG de FranceSoir, mais pour le lui accorder à nouveau.

Je m’attendais à ce que la profession soit vent debout face à cette intervention politique créant un précédent tout à fait inquiétant pour la liberté de la presse dans ce pays. Ça a été loin d’être le cas.

Et malgré la décision de la CPPAP, Google a maintenu le déférencement du journal comme site d’informations, tandis que YouTube supprimait arbitrairement la chaîne du site qui ne comptait pas moins de 277 000 abonnés. 277 000 personnes se trouvaient privées d’un contenu légal, qui les intéressait, de façon parfaitement arbitraire.

C’est avec un certain effarement que j’ai vu ce qu’il faut bien appeler la censure prospérer dans le pays des droits de l’homme et du citoyen. Et pire encore, une partie de la presse l’appelait de ses vœux ! Tout en se permettant de distribuer des bons et mauvais points de déontologie à des collègues et concurrents, alors qu’ils auraient été souvent bien inspirés de s’attacher à faire correctement et scrupuleusement leur travail et de balayer devant leur porte. Il serait d’ailleurs probablement amusant de ressortir la prose des « fact checkers », et autres donneurs de leçons, d’il y a un an ou deux, à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui.

Quand le directeur de publication de FranceSoir, Xavier Azalbert, m’a contactée, fin 2020, il avait a priori toute ma sympathie, et mon soutien de principe.

J’ai commencé à travailler pour le site, et je n’y ai rien vu qui me dissuade de continuer.

J’y ai vu interviewés de grands scientifiques, de France et de l’étranger, qui parlaient de leur spécialité et pas de celle du voisin. Des sachants qui intervenaient dans leur domaine de compétence, changeaient agréablement du spectacle que donnaient de trop nombreux plateaux de télévision. En effet, ont commencé à pulluler dans la sphère médiatique, des médecins, que les conflits d’intérêts connus auraient dû disqualifier pour toute prise de parole publique réputée crédible et objective, ou qui se permettaient de pérorer sur des sujets éloignés de leur spécialité quand ils en avaient une. Pire, des chroniqueurs ou journalistes, sans une once de formation scientifique, se sont mis à critiquer le travail de grands chercheurs, se sentant autorisés à juger qui était un bon médecin, un bon chercheur, et qui ne l’était pas. Comme s’ils avaient pu en savoir quelque chose !

Durant la crise sanitaire, il me semble que FranceSoir a été un des rares médias à assurer une certaine pluralité de l’information. Et voyez-vous, cela m’intéressait beaucoup ! N’y connaissant rien en médecine, mais me posant, comme tout le monde je pense, beaucoup de questions sur les traitements, les vaccins, les effets secondaires, la recherche, j’avais besoin de ces points de vue différents mais qualifiés, compétents et internationaux. Parce que personnellement, ce que pense un journaliste, un politique ou même un urgentiste, de la qualité d’un produit pharmaceutique ou d’un traitement, je m’en fiche un peu. Et je ne les juge certainement pas compétents pour critiquer le travail et les prises de position de grands professeurs comme le professeur Raoult, le professeur Perronne ou des prix Nobel de médecine ! Dans ces domaines, un débat intéressant est un débat entre pairs d’expérience comparable !

À défaut de pouvoir me donner des exemples certains de « fausses informations » produites par FranceSoir, on m’a aussi parlé de certains de ses invités pour me convaincre que le site était infréquentable. Francis Lalanne et Jean-Marie Bigard arrivant en tête de liste. Ces derniers appartiennent au monde du spectacle, leur propos n’engagent donc qu’eux et surtout n’ont aucune prétention de validité scientifique. Et c’est clair pour tout le monde ! Ce dernier point est important. On reconnait à une personnalité publique de donner son opinion sur des sujets variés. Tant qu’une opinion est présentée comme telle et ne se prétend pas autre chose, la parole est libre. À partir de là, celle de Francis Lalanne ou de Jean-Marie Bigard vaut celle de Charlotte Gainsbourg ou de François Cluzet.

En parlant de liberté, j’apprécie beaucoup celle que FranceSoir me donne. Il n’y a pas un article que l’on m’ait refusé, ni un invité d’ailleurs. J’ai notamment beaucoup travaillé sur la police pour ce site. Pour la défendre et faire entendre les voix des « petites mains » de cette profession. Pas par posture idéologique, mais dans un souci de pluralité. Parce que oui, cette profession a ses moutons noirs, mais j’ai bien assez de collègues qui se sont fait une spécialité de traquer chacune de ses fautes, et de leur donner un écho tonitruant. Alors j’ai pris le parti de donner la parole à l’immense majorité silencieuse des forces de l’ordre, essentielles à la sécurité de tous, qui travaillent souvent dans des conditions épouvantables, sont mal payées, mal considérées, très souvent maltraitées par leurs hiérarchies, qui traversent des situations extrêmement traumatisantes qu’elles doivent gérer comme elles le peuvent et dans une trop grande solitude, et qui, quand la nécessité l’exige, révèlent une capacité d’héroïsme trop souvent ignorée ou vite oubliée.

Je pense qu’ils sont bien peu nombreux les médias où l’on m’aurait donné autant de place pour travailler sur le sujet des difficultés quotidiennes des forces de l’ordre, et pas seulement dans les banlieues « difficiles ». Bien peu nombreux aussi, les médias qui m’auraient permis de travailler sur des sujets de fond comme la protection des enfants, même en l’absence d’actualité « brûlante » sur la question.

Dans un autre registre, FranceSoir a accepté sans aucune hésitation à inviter mon confrère Jean-Baptiste Rivoire pour parler de sa remarquable enquête sur Emmanuel Macron et notamment les soupçons d’évasion fiscale pesant sur ce dernier à travers ce que l’on a nommé le #RotschildsGate. Les médias à en avoir fait autant se comptent sur les doigts des mains, alors que cette affaire aurait dû être très largement discutée dans l’espace public.

Alors pourquoi travailler pour FranceSoir ? Parce que je peux y faire correctement et librement mon travail. Je ne travaille pas uniquement pour ce site, mais je suis très heureuse de travailler pour ce site. Que je défends parce que je le connais, et par principe.

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