Niger : rassemblement à Niamey contre la présence française, après le refus de Paris de rappeler son ambassadeur

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France-Soir
Publié le 28 août 2023 - 09:45
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Niger
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Un partisan du Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger, portant un insigne sur son chapeau avec une photo du nouveau dirigeant militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani, le 26 août 2023.
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DIPLOMATIE - Quelque 20.000 personnes se sont rassemblées samedi 26 août 2023 à Niamey, au Niger, pour soutenir les militaires au pouvoir et exiger la fin de la présence française. À l’opposé des précédents rassemblements, celui-ci ne s’est pas déroulé dans la capitale nigérienne devant l’ambassade de France, dont le diplomate, Sylvain Itté, a été sommé la veille par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) de quitter le territoire sous 48 heures. Une requête que les militaires au pouvoir justifient par "les agissements du gouvernement français contraires aux intérêts du Niger" et à laquelle Paris a refusé d’accéder. Une autre menace pour la présence française dans ce pays du Sahel, après le putsch du 26 juillet qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum. 

Les militaires à la tête du CNSP, soutenus par des dizaines de milliers de Nigériens, ont multiplié depuis le coup d’État les déclarations et les décisions hostiles à Paris, souhaitant se débarrasser de sa "mainmise néo-coloniale" sur Niamey et ses ressources. Un premier rassemblement a eu lieu le 30 juillet et les manifestants ont pris l'ambassade de France pour cible de jets de projectiles. Quelques jours plus tard, une rumeur faisait état de l’interdiction par les militaires de l’exportation d’uranium et d’or envers la France mais la multinationale française détenue par l'État, Orano (ex-Areva), qui exploite des mines d'uranium au Niger, a affirmé poursuivre ses activités.  

En réaction aux déclarations des putschistes et le rassemblement visant l'ambassade de France, le président Emmanuel Macron avait affirmé qu’il "ne tolérera aucune attaque contre la France et ses intérêts".

La question de savoir si Paris est prêt à intervenir militairement a été confirmée le 11 août. Le Quai d’Orsay a apporté "son plein soutien à l’ensemble des conclusions" adoptées par la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), une organisation "à la solde de la France" aux yeux des putschistes qui a ordonné ce mois-ci l'activation et le déploiement immédiat d'une "force d'intervention". 

"Agissements contraires aux intérêts du Niger" 

Mercredi 23 juillet, Emmanuel Macron a réitéré son appel à la "restauration de l’ordre constitutionnel" au Niger et à la libération du président Bazoum. "Ce coup d’État est un coup contre la démocratie au Niger, contre le peuple nigérien et contre la lutte antiterrorisme", a-t-il dit. 

Les militaires, qui ont toujours affirmé que la France voulait intervenir militairement pour rétablir pour rétablir Mohamed Bazoum à la tête du Niger, accusent l’ex-puissance coloniale d’avoir violé à plusieurs reprises son espace aérien, fermé sur décision du pouvoir en place. Celui-ci reproche aussi à Paris d’avoir "libéré des terroristes", un acte qui intervient dans le cadre d’un "véritable plan de déstabilisation" du Niger. Des accusations démenties par la France.  

Pour autant, Sylvain Itté a été convoqué au ministère des Affaires étrangères mis en place par les militaires pour un entretien le vendredi 25 août 2023, selon un communiqué du CNSP. Une convocation rejetée par l’ambassade de France. 

"En réaction au refus de l'Ambassadeur de France à Niamey de répondre à l'invitation du ministère des Affaires étrangères pour un entretien, et d'autres agissements du Gouvernement français, contraires aux intérêts du Niger, les autorités compétentes nigériennes ont décidé de retirer leur agrément à M. Sylvain ITTÉ", ont annoncé les militaires dans le communiqué. M. Itté est ainsi sommé de quitter le territoire nigérien sous "quarante-huit heures".  

Mais la France a rejeté la demande. Les putschistes, considérés comme illégitimes, "n'ont pas autorité" pour une telle requête. Paris "a pris connaissance de la demande des putschistes", a réagi le ministère des Affaires étrangères à l'AFP. "Les putschistes n'ont pas autorité pour faire cette demande, l'agrément de l'ambassadeur émanant des seules autorités légitimes nigériennes élues", lit-on. 

Rassemblements à Niamey 

Au lendemain de cet ultimatum, samedi, environ 20.000 personnes se sont rassemblées au stade Seyni Kountché, le plus grand du Niger, brandissant des drapeaux nigériens, russes et algériens tout en scandant des slogans hostiles à Paris. Les manifestants ont exprimé leur soutien aux putschistes, exigeant par la même occasion le départ des 1.500 militaires déployés par la France pour lutter contre les groupes terroristes au Sahel. "Le combat ne s'arrêtera que le jour où il n'y aura plus aucun militaire français au Niger", a déclaré aux manifestants un membre du CNSP, le colonel Ibro Amadou, relayé par France24. "C'est vous qui allez les chasser", a-t-il dit.

D’autres rassemblements sont prévus les prochains jours. Une coalition d’organisations de la société civile, appelée le M62 et qualifiée de "souverainiste", a appelé à maintenir la pression avec une manifestation à partir du 3 septembre, cette fois-ci devant la base militaire française à Niamey.  

Depuis le coup d’État, la Cédéao a imposé de lourdes sanctions économiques et financières au Niger. Après avoir menacé les militaires d’intervenir militairement pour rétablir l'ordre constitutionnel, les dirigeants de cette organisation ont ordonné l'activation et le déploiement immédiat d'une "force d'intervention". La décision a été prise le 10 août à l'issue d'une réunion de crise sur la situation politique au Niger, qui s'est tenue à Abuja. Pour "restaurer la démocratie", toutes les options, y compris la force, sont envisagées.  

Le Mali et le Burkina Faso, où il n’y a plus d’ambassadeur de France, ont dès le début exprimé leur soutien à Niamey, se disant prêts à combattre à ses côtés en cas d’intervention de la Cédéao. Ces escalades interviennent au moment où certains pays comme l’Algérie préconisent une solution diplomatique, en avertissant contre toute intervention militaire et ses conséquences sur la région.

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