Insécurité: "Sur la question de la justice, on entourloupe le grand public depuis 40 ans" Pierre-Marie Sève

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FranceSoir
Publié le 14 novembre 2022 - 21:10
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Pierre-Marie Seve (FranceSoir)
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F. Froger / Z9, pour FranceSoir
Pierre-Marie Sève est le directeur et porte-parole de l'Institut pour la justice.
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

« Notre but essentiel est de réformer la justice française dans un sens bien précis : la défense des victimes passées et futures ». Think tank et association apolitique d’aide aux victimes de l’insécurité, l’Institut pour la justice s’est retrouvé sous le feu des projecteurs et des critiques médiatiques en organisant le 20 octobre un rassemblement en hommage aux victimes de ce fléau, dont la petite Lola, sauvagement assassinée le 14 du même mois par une femme de nationalité algérienne sous le coup d'une OQTF. Dans cet “Entretien essentiel“, Pierre-Marie Sève, son directeur et porte-parole, revient au micro de Laurence Beneux sur les « manœuvres politiciennes » contre l’IPJ et le traitement médiatique du rassemblement organisé par l’organisme. Outre une exploration de la genèse de l’état actuel de la justice française, le juriste aborde également la plainte de l’IPJ contre l'État pour « inaction sécuritaire » et préconise quelques mesures qui préviendraient de futures victimes des effets secondaires du « laxisme judiciaire ».

Un « symbole de l’extrême droite sécuritaire », « une association proche de l’extrême droite », « une association mobilisée contre un supposé laxisme de la justice »…, telles étaient les descriptions données le mois dernier par la plupart des médias sur cette organisation composée de citoyens, de victimes et d’experts (magistrats, avocats, forces de l’ordre). Un champ lexical stigmatisant qui interroge. « Le Monde, TF1, BFMTV… Je leur ai expliqué que nous n’étions pas inféodés à un quelconque parti, mais ils ne l’ont pas dit dans leurs articles », déplore sur notre plateau M. Sève. Selon lui, l’objectif des journalistes largement situés à gauche était de « faire peur » et d’étouffer une discussion de fond.

Sur l’accusation de récupération politique du meurtre de Lola

Organisé et financé par l’IPJ, ce rassemblement citoyen et apolitique pour les victimes de l’insécurité, au cours duquel aucune personnalité politique n’a pris la parole – seuls victimes et experts y étaient autorisés - était prévu depuis la fin du mois de septembre : il n’était donc pas spécifiquement organisé en réaction à l’assassinat de la collégienne de 12 ans, a rappelé l’organisation dans un communiqué. « Ça ne pouvait pas être récupéré politiquement, puisqu’aucun politique ne s’est exprimé et que nous n’avons parlé que de sujets objectivement graves, touchants et émouvants : la détresse des victimes qui aimeraient être entendues », renchérit son directeur à notre micro.

L’occasion pour lui d'étriller le choix des médias de davantage focaliser leur couverture du rassemblement sur les quelques dérapages survenus après la manifestation : « Certaines images qu’on a vues sur les chaines d’info, même nous on ne les a pas vues. Il y a eu un attroupement de loin, à l’autre bout de la place. Donc, oui, on a vu des gens chanter, mais c’était après le rassemblement et ils étaient une trentaine sur les trois à quatre mille personnes qu’il y avait ce soir-là », tient à faire savoir M. Sève. « Ce rassemblement a fait peur à beaucoup de gens, donc ces gens se sont jetés dessus, quitte à tordre la réalité, à cacher certains faits et à mettre en avant, en les tordant, des faits existants pour le décrédibiliser et faire en sorte que ce [rassemblement] ne soit pas un succès », analyse-t-il. Et de regretter : « Avec le tapage qu’on fait certains médias, [les voix des] victimes ont encore une fois été tues et réduites au silence. »

Sur l’accusation de proximité avec Eric Zemmour

Le porte-parole de l'IPJ souhaite aussi démentir formellement l’idée selon laquelle l’association serait « proche d’Eric Zemmour », une accusation formulée par plusieurs journaux. « Éric Zemmour et son parti ont sollicité l'Institut pour la justice pendant la campagne, de manière professionnelle, et nous y avons répondu, comme nous l'aurions fait pour tout autre parti », affirme dans son communiqué le juriste, qui poursuit : « L'année dernière, j'ai reçu dans mon bureau Olivier Marleix, aujourd'hui chef du groupe LR à l'Assemblée nationale, car il rédigeait le programme LR. […] J'ai rencontré le cabinet de Marlène Schiappa (En Marche), lorsqu'elle était ministre, à qui j'ai exposé toutes nos préconisations. En 2012, l'Institut pour la justice travaillait directement à l'écriture du programme de Nicolas Sarkozy. En 2017, l'Institut pour la justice organisait le grand débat Justice des primaires des LR ». « Mais personne ne nous a accusés d'être « proches » de ces partis », souligne-t-il.

Quid de la « mention spéciale de premier du classement » décernée fin mars par l’IPJ au programme politique de Reconquête! dans son tableau comparatif des programmes des candidats à la présidentielle ? Au classement, Eric Zemmour arrive en tête car son programme reprenait 13 des mesures préconisées par l’institut, puis venait Marine le Pen, qui en a intégré 11, ensuite Nicolas Dupont-Aignan, qui en comptait neuf, et enfin Valérie Pécresse (huit). « On a fait ce décompte objectif. Ça nous a été reprochés. Écoutez : si la vérité peut être un reproche, nous, on s’en enorgueillit et on est prêt à prendre d’autres reproches si c’est pour lutter pour des choses aussi dignes et nobles que la défense de victimes », assure M. Sève à Laurence Beneux.

Une justice laxiste ?

81% des Français estiment que la justice française est trop laxiste : c’est le constat amer partagé à gauche comme à droite révélé par une étude de l’Institut CSA pour l’Institut pour la justice parue début octobre et citée par Pierre-Marie Sève dans cette interview. Selon lui, trois problèmes principaux, qui se superposent, expliquent les défaillances actuelles du système judiciaire.

En premier lieu, un déficit de moyens qui se traduit notamment par un manque de places de prison et, par voie de conséquence, d’une impossibilité matérielle des juges à prononcer certaines condamnations. « Force est de constater qu’aucun gouvernement ne s’est emparé de ce problème des places de prison […] Macron avait promis 15 000 places de prison sur son premier quinquennat. Finalement, il y en a eu 2 000 », rappelle le porte-parole de l’IPJ.

Deuxième problème : la hausse de la criminalité en France, constatée statistiquement, qui augmente la pression sur la chaine pénale française. Depuis 1988, souligne le think tank, le nombre d’agressions a été multiplié par 7 : selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, de 40 000 actes de violence physique commis en 1988, en 2021, on en recense 291 760.

Troisièmement, « un problème d’idéologie » : « Depuis les années 1970, le syndicat de la magistrature, haut lieu de l’extrême gauche judiciaire française, a décidé de se battre pour avoir moins de prisons et plus de réinsertions », explique le juriste : une « idéologie en décalage avec la réalité » issue du courant de la défense sociale nouvelle, une doctrine pénale française qui a fait des émules en Occident, à l’instar de la « French theory » (théories déconstructionnistes qui précéderont le courant wokiste). « Cette idéologie remonte à très loin : elle a gagné beaucoup en force dans les années 1980 sous François Mitterrand », rapporte M. Sève.

L’IPJ porte plainte contre l’État

Le droit à la sûreté étant un droit fondamental garanti par l'article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, l’Institut pour la justice, parmi ses différentes actions, a également déposé un recours au tribunal administratif de Paris contre l'État français pour « inaction sécuritaire ». Une action en justice appuyée par une pétition mise en ligne sur son site Internet. Selon l'association, « le manque de places de prison, la faiblesse des moyens de la Justice, l'encouragement d'une Justice idéologisée sont autant de racines à l'insécurité, qui restent pourtant abandonnées par l'État ». Aussi, fait valoir Pierre-Marie Sève, « si l’État est condamné pour inaction sécuritaire, ce serait symboliquement très fort et cela pousserait le gouvernement et les parlementaires à vraiment se saisir de la question de l’insécurité, ce dont ils se saisissent assez peu depuis quelques décennies. »

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