"Le livre de Gomorrhe" : il y a mille ans, l'Eglise déjà sexuellement pervertie

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"Le livre de Gomorrhe" : il y a mille ans, l'Eglise déjà sexuellement pervertie

Publié le 04/03/2021 à 21:13
Cerf
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Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir
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Recension du "Livre de Gomorrhe".

Il y a mille ans, au 11ème siècle, un théologien du nom de Pierre Damien écrivait au pape de son temps, Léon IX, pour dénoncer les vices et les turpitudes sexuelles du clergé. Le pape le condamna au silence, tellement ce texte était scandaleux jusque dans les descriptions crues qu’il donnait des pratiques érotiques des curés et moines de cette époque. Le voici, mille ans après, publié au grand jour et traduit pour la première fois en français, au moment même où l’Eglise a tout le mal du monde à se dépêtrer des scandales sexuels qui ont défrayé la chronique judiciaire depuis plusieurs années.

Le livre de Gomorrhe de Pierre Damien - Gomorrhe est la ville jumelle de Sodome dans la Bible – nous offre d’abord un répertoire précis des quatre vices de cette « débauche criminelle » qui a envahi la vie ecclésiastique de cette époque. Citons Damien dans le texte : « Les uns se salissent tout seuls, les autres se souillent à plusieurs en se masturbant mutuellement, certains forniquent entre les cuisses, d’autres passent par derrière ». Il y a là toute une gradation dans le péché : au bas de l’échelle, le branle solitaire ; puis la masturbation en groupe ; puis la pénétration entre les cuisses, face à face comme le feraient un homme et une femme ; et enfin, la sodomie, pour appeler les choses par leur nom, qui est, selon notre théologien, « le pire de tous les crimes », parce qu'il imite la manière dont les animaux s’unissent sexuellement, et ravale donc l’homme au rang des bêtes.

« Si les demandes de l’Eglise le nécessitent, est-il permis de confier notre office à de tels individus ? se demande Pierre Damien. Voici encore un thème qui lui aussi concerne l’Eglise d’aujourd'hui, décimée depuis plusieurs décennies par la « crise des vocations ». Il y a mille ans, déjà, l’auteur du Livre de Gomorrhe répondait évidemment par la négative. Aujourd'hui, le manque de prêtres s’est-il traduit par une baisse de qualité ?

« Faire d’un clerc son mignon »

A ce stade de perversion, on n’a encore rien vu. Car, dans cet univers de stupre, il y a encore un degré supplémentaire de perversité que nous fait gravir le théologien du 11ème siècle, et qui est d’une actualité encore plus brûlante.

Tout un chapitre, en effet, est consacré aux « supérieurs ecclésiastiques qui se sont souillés avec leurs enfants spirituels ». On rappelle que dans les collèges catholiques, chaque enfant est censé avoir un « père spirituel », qui lui sert de guide et de confesseur. S’il y a des pères spirituels, il y a donc des enfants spirituels.

 « Forfait inouï ! Crime à nous faire pleurer de toutes nos larmes ! s’exclame Pierre Damien. Et si l’on punit de mort ceux qui sont complices des auteurs de tels actes [de sodomie], quel supplice pourra-t-on imaginer comme châtiment pour ceux qui commettent ces abominables méfaits-là avec leurs enfants spirituels ? […] Qui voudrait demeurer sous les ordres d’un être qu’il sait si fatalement étranger à Dieu, qui fait d’un clerc son mignon […] et qui par l’impureté de son désir charnel en arrive à soumettre comme esclave à l’inflexible tyrannie du diable le fils qu’il avait engendré spirituellement pour Dieu ? ». Cet inceste-là est plus grave encore que celui d’un père qui couche avec sa fille, dans l’échelle de Pierre Damien. La relation sexuelle d’un père avec sa fille « reste cependant conforme à la nature, puisqu’il est commis avec une femme », explique notre théologien. En déshonorant un clerc, on a commis à la fois « un inceste avec un fils » et « on a perverti chez un mâle la loi de la nature ». Et de s’exclamer : « d’après moi, il est plus acceptable de tomber dans l’infamie de la dépravation avec un bestiau qu’avec un homme. »

Et voici encore qui est très actuel, même si la punition envisagée l’est moins : « Si un clerc ou un moine harcèle des adolescents ou de jeunes garçons, ou s’il est surpris dans un baiser, ou dans une situation déshonorante, qu’il soit fouetté en public et sa tonsure rasée ! Une fois tondu, qu’on l’humilie en lui crachant au visage, ensuite qu’on le mette aux fers, et couvert de chaînes qu’il macère pendant six mois dans un petit cachot… »

On peut toujours imaginer que si Le livre de Gomorrhe n’avait pas été caché sur ordre du pape, l’histoire de l’Eglise aurait pris un autre chemin.

L’édition bilingue de ce texte a un autre mérite : celui de démontrer page après page l’admirable concision du latin, puisque la traduction en français est toujours plus longue que le texte original correspondant. Et voici pour les collèges catholiques un bon recueil de thèmes et de versions, même si le latin de Pierre Damien n’a pas toutes les beautés de celui de César ou de Virgile.


Pierre Damien, Le livre de Gomorrhe, Editions et traduction de Jean-François Cottier, Editions du Cerf, 264 p ; 20€

Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir

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