Google : désinformateur criminel ou informateur d’utilité publique?

Auteur(s)
Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir
Publié le 24 juin 2022 - 18:00
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afp.com/Lionel BONAVENTURE
Le procès de David contre « Googliath ».
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EDITO - Ce jeudi 16 juin 2022 s’est tenue l’audience d’appel du procès FranceSoir contre Google, dans la plus grande discrétion, puisqu’aucun média n’en a parlé.

Petit rappel des faits

Avant sa fermeture par Google le 9 mars 2021, la chaîne YouTube de FranceSoir comptait 277 000 abonnés, tandis que la totalité des 55 000 articles publiés ont été désindexés de Google Actualités le 4 février 2021. En conséquence, FranceSoir a perdu 60 % de son audience.

FranceSoir a saisi le tribunal de commerce de Paris en avril 2021, en référé, pour demander l’annulation immédiate de cette mesure à caractère dilatoire, en ce qu’elle affecte la viabilité de la société, et la ré-indexation immédiate de ses contenus en invoquant la liberté d’expression.

Déboutée en référé le 2 juin 2021, FranceSoir avait fait appel de cette décision. L'audience, suite à cette procédure d’appel, s'est tenue le 16 juin 2022.

Nous avons affaire ici au procès de David contre « Googliath ».

Cependant, les lecteurs de FranceSoir, dont je connais le désir d’objectivité, sont en droit de se demander si, dans cette affaire, David est totalement blanc, et le géant Google, lui, totalement noir. Étant moi-même un lecteur assidu de FranceSoir, voici mon avis.

Premièrement, avec plus de 90 % du marché des recherches sur Internet, Google a une position archidominante. C’est tellement indéniable que, dixit son avocat, cela lui confère « des devoirs ».

Deuxièmement, ce David contre Googliath s’illustre au travers du nombre et du standing de ses avocats. Pour Google, la firme Herbert Smith met à disposition une armée d’avocats, dont les services sont facturés jusqu’à plus de 600 euros de l’heure. Par constraste, ce combat critique pour la liberté d’expression et d’entreprendre est défendu par Me Dimeglio, avocat spécialiste de l’information, qui assure seul la défense des intérêts de FranceSoir. Cette défense représente 5 % des ressources financières de FranceSoir. Quant au géant Google, qui réalise plusieurs milliards de dollars de bénéfice par mois, le coût de ce procès est éminemment négligeable.

Défendre FranceSoir face à Googliath, c’est donc défendre un symbole : un combat entre des adversaires de forces inégales, duquel le plus petit peut, parfois, parvenir à triompher du plus fort.

Terrorisme intellectuel

L’avocat de Google entame sa défense en soutenant qu’il y a « de bons et de moins bons avocats », sans livrer de critères d’appréciation. Puis il fustige « l’hydrochloroxine ». Ne connait-il donc toujours pas la bonne prononciation de cette molécule dont le nom est présent des millions de fois sur Google ? En faisant une simple recherche, on a 23,9 millions de résultats sur le moteur de recherche américain. Pareil pour « iverctine » et même « CPAP » (au lieu de CPPAP pour Commission Paritaire des publications et agence de presse). Là aussi, il bafouille, balbutie. Un bon avocat, a-t-il dit ?

La suite vaut son pesant d’or. Le registre du mal est passé en revue. Pour Google, FranceSoir serait le premier site de désinformation (selon le site Conspiracy Watch), aurait l’une des notes les plus basses sur le site NewsGuard, et fait l’objet de factcheckings répétés : leur avocat met en avant des manquements relevés par l’AFP, Decodex ou d’autres médias, tous concurrents de FranceSoir. Vers la fin de la plaidoirie de l’avocat de Google, il mentionne qu’il y a effectivement des accords commerciaux avec l’AFP et d’autres sites de factchecking. Mais pour Google, FranceSoir incarne la désinformation, l’esprit du mal, ce qui nuirait à ses utilisateurs.

Derechef, FranceSoir représenterait un risque de santé publique, puisqu’il écrirait des articles allant à l’encontre des règles de fonctionnement de Google, des règles qui se fondent sur des avis de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Avis que l’on ne saurait critiquer bien sûr, puisque, toujours d’après l’avocat de Google, la rédaction de FranceSoir n’est pas assez qualifiée, et a en son sein trop peu de journalistes, comparé au journal Le Monde et ses 450 journalistes. La taille serait donc un synonyme, ou un garant, de qualité éditoriale ? Si l’on suit cette logique, quand les petits commerçants français se sont élevés contre la grande distribution pour concurrence déloyale et pratique abusive, ils étaient sans doute illégitimes à le faire car incapables d’amener de quoi s’alimenter à leurs clients de proximité. David contre Googliath, avions-nous dit…

Car oui, selon l’avocat de Google, en matière de désinformation, FranceSoir est passible à la fois de tous les mots et de tous les maux. Rappelons toutefois ici que Google a désindexé 55 000 articles de FranceSoir sur dix ans de publication, dont moins de 3 % d’articles sur la Covid. Mais la démesure ne s’arrête pas en si bon chemin. Elle croise celle de l’obscurité de la tentaculaire organisation Google : Google LLC, Google Ireland, Google France ? Quel est vraiment le rôle de Google actualités ? Un moteur de recherche ou un intermédiaire d’information ? Lorsque l’avocat de Google indique que le géant a aussi sa liberté d’expression et peut l’exercer en censurant un organe de presse titulaire d’un certificat IPG, quel rôle joue-t-il exactement ? Celui de moteur de recherche ou celui de censeur ?

Le devoir de Google est justement d’assurer une information fiable à ses utilisateurs. Information fiable, ont-ils dit ? Nous sommes pour la Covid face à une nouvelle maladie avec peu d’information. Si la science est fondée sur le doute permanent, dans ces conditions, pourquoi émettre un jugement sur des doutes ?

Passons très rapidement en revue cinq exemples qui ont eu un vrai retentissement médiatique depuis le printemps 2020 et sur lesquels la VéritéTM que défend Google a déjà été officiellement prise à défaut.

1. L’origine du virus

Grâce à son travail d’enquête journalistique réalisé avec l'appui de spécialistes, FranceSoir a depuis le début essayé de comprendre « l’hypothèse humaine » (c’est-à-dire un virus fabriqué en laboratoire) à rebours de la thèse officielle sur son origine naturelle, promue par des autorités comme l’OMS ou les autorités américaines comme la FDA ou la CIA, que les médias mainstream se sont empressés de reprendre à l’unisson.

La version officielle a changé à plusieurs reprises. Début juin 2022, l’OMS a demandé encore plus d’études et d’analyses, la thèse humaine n’étant plus « complotiste », selon les médias mainstream. Même Patrick Cohen en a récemment parlé sur France 5, c’est dire. Dans une indiscrétion, Tedros Adhanon (article du Daily Mail du 18 juin 2022), directeur général de l’OMS, fait savoir qu’il croit à la thèse d’un « accident catastrophique » dans le laboratoire à Wuhan en 2019.

Pendant près de 24 mois, les médias mainstream, en chœur (hormis quelques rares d'entre eux comme le journal Marianne), auront pourtant repris les dépêches AFP sans recul critique. À l’inverse, FranceSoir parlait avec des scientifiques reconnus du monde entier, des généticiens, des docteurs en biologie moléculaire, faisait du journalisme d’investigation, et publiait toute une série d’articles sur l’histoire de la Covid (aujourd’hui édité chez un GAFAM, « L’histoire de la Covid », cosigné par Lounnas, Guillaume, Azalbert) sans qu’il ne fasse l’objet d’aucun fact-checking. Et pour cause, il serait trop compliqué de prouver l’inverse d’une analyse scientifique des plus poussées sans se mettre à risque.

2. Le LancetGate

·       Le 22 mai 2020, Le Monde titrait : « Covid-19 : une étude internationale suggère un risque accru de mortalité sous hydroxychloroquine ». L’article reprenait en réalité une dépêche AFP, aussi relayée par Ouest-France (notamment).

·       Le 22 mai 2020 à 23 h, FranceSoir interviewait Mandeep Mehra, l’investigateur en chef de cette étude, sur la base d’un questionnaire établi, après avoir revu l’étude avec ses propres experts. FranceSoir demeure encore à ce jour le seul média français à l’avoir interviewé.

·       Le 23 mai 2020, par le biais d’un tweet, le ministre de la Santé Olivier Véran informait avoir demandé à l’ANSM (Agence nationale de la sécurité du médicament) de valider le résultat de l’étude.

·       Le 23 mai 2020, FranceSoir publiait l’interview de Mandeep Mehra et concluait que cette étude publiée dans le Lancet ne signerait pas la fin de l’hydroxychloroquine.

·       L’étude sera rétractée le 4 juin 2020, après un silence assourdissant des médias, alors que personne n’est jamais à ce jour arrivé à démontrer l’origine des données (impossibilité de trouver les hôpitaux les ayant fournies). Cependant, les conclusions de l’étude ont pourtant été utilisées par les autorités françaises des semaines, voire des mois après, signant ainsi la fin de l’usage de l’hydroxychloroquine dans les études menées dans l’Hexagone.

Le mensonge prend l’ascenseur tandis que la vérité arrive plus lentement par l’escalier.

3. Les mesures sanitaires

·       Le 5 juin 2020, FranceSoir publie une analyse sur le confinement et les mesures sanitaires, « Confinement, aberration économique, humaine et sanitaire ». L’article est co-écrit par le Dr Délepine et Xavier Azalbert. Ce questionnement légitime propose une comparaison des politiques sanitaires de divers pays.

·       Le 4 octobre 2020, trois illustres professeurs de médecine, le Pr Martin Kulldorff de l’université Harvard, le Pr Sunetra Gupta de l’université d’Oxford et le Pr Jay Bhattacharya de l’École de médecine de l’université de Stanford, publient la déclaration de Great Barrington en remettant en cause l’intérêt des confinements en matière de santé publique.

·       Le 24 novembre 2020, France Télévisions publie l’interview d’un psychiatre sur les effets du confinement : « Cette crise pourrait devenir une catastrophe psychologique" : quelles conséquences du Covid-19 et du confinement sur notre santé mentale ? »

·       Le 31 mars 2021, le professeur Kuldorff explique à FranceSoir pourquoi il ne faut plus jamais de confinement et pourquoi ces mesures sont contre-productives.

·       En mai 2021, le journal Le Monde en arrive à s’interroger sur la fatigue pandémique due aux restrictions. De son côté, le Figaro publiait un article intitulé Le confinement aurait détruit plus d'années de vie qu'il n'en a épargnées. En 2022, le CHU de Toulouse, par un communiqué de presse, confirme observer que le confinement aura eu des conséquences sur la santé cardio-vasculaire et la santé mentale avec une augmentation des risques.

4. Le remdesivir

·       Le 18 mars 2020, les Echos rapportent que le remdesivir est l’un des traitements les plus prometteurs pour traiter la Covid. Le médicament produit par le laboratoire américain Gilead est d’ailleurs mis en avant par le Pr Yazdanpanah, l’un des membres du Conseil scientifique.

·       Le 20 mars 2020, FranceSoir propose une revue des traitements contre le Covid-19.

·       Le 30 mars 2020, avec l’aide d’un pharmacien, FranceSoir rapporte que des études sont contradictoires sur l’efficacité du remdesivir.

·       Le 1er juin 2020, FranceSoir s’interroge : quel rôle joue le laboratoire Gilead qui développe le remdesivir ?

·       Le 17 juin 2020, le Collectif Citoyen commente pour FranceSoir le peu d’intérêt thérapeutique du remdesivir avant de se demander si l’entreprise Gilead n’aurait pas dissimilé la vraie toxicité du remdesivir et si l’EMA ne met pas en danger notre santé, avant de questionner le rôle de l’EMA et de Gilead sur fond de profits importants.

·       Le 23 octobre 2020, FranceSoir s’interroge sur le deux poids deux mesures de l’ANSM qui refuse une RTU pour l’hydroxychloroquine, qu’elle a approuvé pour le remdesivir.

·       Le 20 novembre 2020, Le Monde titre : l’OMS déconseille le remdesivir dans le traitement des malades du covid-19 hospitalisés.

5. Le vaccin AstraZeneca & Co

·       En février 2021, FranceSoir questionnait le facteur X sur le vaccin AstraZeneca et de potentielles complications thrombotiques.

·       Le 15 mars 2021, Les Echos nous informaient que le président Macron annonçait le retrait provisoire du vaccin AstraZeneca tout en espérant qu’il serait vite mis hors de cause.

·       Le 17 mai 2021, le ministre de la Santé expliquait sur BFM que le vaccin AstraZeneca était très efficace et qu’il n’y avait aucun problème.

·       Ce même mois, son utilisation sera retirée en France pour les moins de 55 ans alors qu’il est totalement retiré du marché dans les pays nordiques comme le Danemark. Idem pour le Janssen.

·       Quant au vaccin à ARNm, la commission d’enquête OPECST a regretté dans son rapport du 9 juin 2022 que l’ANSM elle-même n’alerte pas plus sur les effets secondaires sur les femmes. 

Se poser les bonnes questions (trop tôt), n’est-ce donc pas un traitement journalistique de l’information ?

David a-t-il donc été blanc, ou plus blanc que blanc ? FranceSoir a-t-il commis des erreurs ? Qui n’en commet pas ? Les erreurs sont corrigées et mentionnées dans les articles. Le manifeste de FranceSoir indique « qu’imparfaits nous sommes et qu’imparfaits nous resterons ». L’information n’est pas une science exacte. En témoigne le piège dans lequel tous les médias mainstream sont tombés avec un passager d’un avion identifié comme le recherché Xavier Dupond de Ligonnès. Ce biais important a amené les médias dominants français à devoir s’excuser après cette erreur mémorable. Et que dire de l’AFP, qui annonce à tort le décès de Martin Bouygues ? FranceSoir a bien annoncé le décès du Pr Montagnier, dernier prix Nobel de médecine tricolore, alors que les autres médias cherchaient encore à confirmer l’information, deux jours après sa mort.

L’erreur est humaine et invite à l’amélioration permanente. Et ce n’est pas l’excès de moyens qui garantit la bonne décision. La Société Générale avait les meilleurs contrôleurs, les meilleurs analystes et des budgets quasiment illimités. Cela n’a pas empêché l’affaire Kerviel d’éclater.

Oui, Google doit sûrement avoir raison. FranceSoir est le pire site de désinformation et il est donc d’intérêt général de le désindexer. Cependant, raison ne veut pas dire absolution, car si FranceSoir a raison six ou douze mois trop tôt, n’est-il pas bon pour le débat de laisser prospérer des idées, même les plus minoritaires, comme le juge la Cour européenne des droits de l’homme dans la jurisprudence Hertel :

« Peu importe que l’opinion dont il s’agit est minoritaire, et qu’elle peut sembler dénuée de fondement : dans un domaine où la certitude est improbable, il serait particulièrement excessif de limiter la liberté d’expression à l’exposé des seules idées généralement admises ». (CEDH, 25 août 1998, Hertel/Suisse, §50)

FranceSoir a, quoiqu’il en coûte, décidé de respecter la charte de Munich et de fournir une information loyale à ses lecteurs, permettant ainsi à la critique d’exister dans un pays qui consacre la liberté d’expression.

Alors, désinformateur criminel, ou d’utilité publique ? Comme le disait Pierre Lazareff, « l’important pour un journal, c’est d’être lu ». La rédaction de FranceSoir se permet d’ajouter que notre leitmotiv est d’apporter de « l’information loyale quoi qu’il en coûte ». N’en déplaise à nos détracteurs, le journalisme collaboratif, avec l’assistance d’experts, permet l’analyse la plus exhaustive possible de nombreux biais en temps réels, car c’est dans le collectif que naît la diminution du risque et non dans l’individualisme. Cette analyse ne devrait-elle pas être généralisée dans les rédactions, afin de prendre le recul nécessaire à la diffusion d’une information loyale, au lieu d’une information parcellaire ou biaisée ?

Le tort principal de FranceSoir serait-il d’avoir proposé des articles critiques allant dans le bon sens, et ainsi d’avoir eu raison deux ans trop tôt ?

La justice donnera sa réponse le 14 octobre 2022.

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