Crise agricole: Le Foll très chahuté au congrès de la FNSEA

Crise agricole: Le Foll très chahuté au congrès de la FNSEA

Publié le 01/04/2016 à 17:13 - Mise à jour à 17:14
©Matthieu Alexandre/AFP
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
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Stéphane Le Foll a été très chahuté, ce vendredi au 70e congrès de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Malgré les milliards déployés par l'Etat pour aider un secteur en crise, les syndicalistes l'ont copieusement hué et sifflé pendant presque tout son discours, qui a duré une demi-heure.

Huées, dos tournés: le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a reçu ce vendredi 1er avril un accueil très chahuté au 70e congrès de la FNSEA, premier syndicat agricole réuni en Mayenne, au terme d'une année de crises marquée par l'effondrement généralisé des prix.

Avant même d'arriver à Laval pour y prononcer son discours devant les 1.200 délégués invités, le ministre avait été vivement critiqué par les cadres du syndicat chargés de résumer les trois jours de débats. Au troisième et dernier jour de réunion, ce qui "transpire" c'est un "profond sentiment de ras-le-bol et d'exaspération envers la puissance publique", a déclaré Jérôme Despey, l'un des secrétaires généraux adjoints chargés de synthétiser les débats. Les agriculteurs en ont "marre de l'amateurisme au plus haut niveau de l'Etat. Nous attendons que les ministres suivent ou dégagent", a-t-il lancé, suscitant comme ses collègues les huées de la salle à chaque mention du nom de Stéphane Le Foll.

Le syndicat revendique quelque 600 actions organisées depuis l'été dernier en réaction à la grave crise de l'élevage déclenchée par la chute des prix payés aux producteurs, dont une manifestation ayant réuni plus d'un millier de tracteurs à Paris le 3 septembre 2015.

La FNSEA a "obtenu de belles victoires", a souligné Dominique Barrault, autre secrétaire adjoint, citant la création d'un comité sur les normes -dont l'accumulation exaspère les agriculteurs-, la baisse de 10 points des cotisations sociales et une probable entrée en vigueur de l'étiquetage obligatoire sur l'origine des viandes dans les produits transformés.

Quelques heures après, énumérant ces mesures, Stéphane Le Foll a été copieusement hué et sifflé pendant presque tout son discours d'une demi-heure, rendu quasiment inaudible par le brouhaha. "Quand on ne respecte pas les agriculteurs, on reste chez soi", avaient écrit sur des pancartes une vingtaine de membres des Jeunes Agriculteurs, branche de la FNSEA. Une dizaine de délégués a rapidement quitté la salle, tandis que les autres tournaient le dos à la scène, déployant des parapluies "pour se protéger de ses paroles".

"Les gens sont impatients, ils attendent de l'efficacité, ça fait trop longtemps que ça dure. Les annonces, ils n'y croient plus", justifie Philippe Jehan, président de la FNSEA Mayenne.

Les mesures "sont encore insuffisantes et leur mise en œuvre est laborieuse. (Celle) de l'année blanche (sur les intérêts) est en train d'épuiser les responsables locaux des FDSEA", a souligné à la tribune le président du syndicat, Xavier Beulin, ovationné à plusieurs reprises pendant son discours de près d'une heure, alors qu'il avait été hué le 3 septembre par les agriculteurs rassemblés place de la Nation à Paris.

Dans l'entourage du ministre, on ne cache pas une certaine consternation. "Il s'attendait à être bousculé mais lui n'a jamais tourné le dos aux agriculteurs", glissait-on, en soulignant que Stéphane Le Foll, "invité personnellement par Xavier Beulin à venir apporter des précisions sur les mesures annoncées ne s'est pas défilé" malgré le contexte.

Le décret donnant corps aux annonces du président de la République le 17 février a d'ailleurs été publié ce vendredi matin au Journal officiel. Il précise les conditions d'une baisse immédiate de sept points supplémentaires des cotisations sociales, avec effet rétroactif au 1er janvier 2016. Selon le ministère, cette baisse de charge, en plus des trois points annoncés précédemment, représente un manque à gagner de 500 millions d'euros pour l'Etat. "Au total, la production agricole bénéficie d'un montant de 2,3 milliards d’allègements de charges" souligne-t-il, "portant les allègements supplémentaires en 2016 à 1,3 milliard d’euros, comparé à 2012".

Les syndicalistes s'en sont aussi pris à Emmanuel Besnier, le très secret patron de Lactalis, géant mondial du lait dont le siège se trouve à Laval, critiqué pour les prix très bas payés aux éleveurs laitiers et pour sa totale absence de communication. "Vous avez su bâtir un bel empire, sauf que dans les zéros qui composent votre chiffre d'affaires se cachent des paysans sous-payés", a dénoncé le secrétaire Daniel Prieur.

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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Lors du discours de Stéphane Le Foll, une partie de l'assistance lui a tourné le dos et a déployé des parapluies "pour se protéger de ses paroles".

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