En attendant de se doter de missiles hypersoniques, la France renforce sa dissuasion nucléaire avec le missile M51.3, essayé avec “succès”

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France-Soir
Publié le 20 novembre 2023 - 13:30
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Missile Biscarosse 18 novembre 2023
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DGA / AFP
Le M51.3, tiré depuis le centre de la Direction générale de l'armement de Biscarrosse, dans le ciel de Nouvelle-Aquitaine, le 18 novembre 2023.
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FRANCE - Le ministère des Armées a annoncé samedi 18 novembre 2023 le “succès” de l’essai d’un missile balistique stratégique mer-sol. Le lancement du projectile supersonique M51.3, effectué dans “le strict respect des engagements internationaux”, “pérennise la crédibilité de la dissuasion océanique française durant les prochaines décennies”, a estimé le ministre Sébastien Lecornu. Cet essai, sans charge nucléaire, intervient dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine, le renforcement de l’arsenal nucléaire par les grandes puissances et surtout, la révocation, par Moscou, de sa ratification du TICE (Traité d'interdiction complète des essais nucléaires).

L’étrange boule de feu aperçue samedi dans le ciel de la Nouvelle-Aquitaine n’était autre que le M51.3. Dans un communiqué diffusé le même jour, le ministère des Armées a annoncé l’essai, “avec succès”, du lancement du missile balistique stratégique mer-sol. "Ce soir, un tir d’essai d’un missile M51 a été réalisé avec succès depuis le centre de la Direction générale de l'armement-Essais de missiles de Biscarrosse (Sud-Ouest)", lit-on.

Une portée de 10 000 kilomètres

Ce tir, poursuit la même source, “a permis de valider une évolution importante du missile qui contribuera à pérenniser la crédibilité de notre dissuasion océanique durant les prochaines décennies”.

Le projectile a été suivi tout au long de sa phase de vol et la zone de retombée se situe en Atlantique Nord, “à plusieurs centaines de kilomètres de toute côte”. La Défense précise que cet essai, qui “démontre à nouveau l’excellence de la haute technologie que les industries françaises mettent en œuvre dans ce domaine”, a été effectué “sans charge nucléaire et dans le strict respect des engagements internationaux de la France”.

Le ministre Sébastien Lecornu, qui a remercié le personnel de son département et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), a réagi peu après. “Cette évolution, écrit-il sur X, pérennise la crédibilité de notre dissuasion nucléaire et démontre l’excellence de notre filière lanceur”.

Le programme du missile M51, confié à ArianeGroup, a été lancé en 1996 pour remplacer, à l’horizon 2010, le M-45. Le développement du projectile suit une logique incrémentale, devant permettre à Paris de s’adapter aux évolutions des technologies de défense et “anticiper les menaces”, selon la déclaration d’André-Hubert Roussel, PDG d’ArianeGroup.

“Chaque évolution technologique du système d’armes est dotée de performances qui anticipent l’évolution des défenses à horizon de vingt ou trente ans”, explique-t-il.

Le missile supersonique M51 se décline actuellement en deux versions, qui équipent les sous-marins lanceurs d’engins. La première, M51.1, a été mise en service en septembre 2010 tandis que la seconde M51.2, est opérationnelle depuis 2016. Le missile peut atteindre une portée de 10 000 kilomètres et porter jusqu'à 10 projectiles, ayant chacun sa trajectoire.

Rattraper Moscou et Pékin dans la course hypersonique

Selon ce qu'explique le ministère des Armées, l'objectif est de "protéger les intérêts vitaux de la France en toute circonstance”. Si le missile M51 devrait “pérenniser la crédibilité” de la dissuasion nucléaire française, l’Hexagone accuse un retard aux yeux de nombreux observateurs, particulièrement dans la course au développement de missiles hypersoniques. Cette technologie octroie à des puissances comme la Russie leur supériorité militaire et s’est basée sur la magnétohydrodynamique (MHD), dont l’un des pionniers n’est autre que Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au CNRS et astrophysicien.

La course est actuellement dominée par la Russie avec ses Kinzhal, Zircon et Avangard, la Chine avec ses Dongfeng-17 (DF-17), ses DF-27 et ses YJ-21, ainsi que par les États-Unis et leurs missiles HAWC, AGM-183 ARRW et LRHW. Contrairement à ces trois puissances, dont l’arsenal hypersonique est déjà opérationnel, le Royaume-Uni, le Japon, l’Inde et la France développent toujours leurs programmes.

En juin, Paris a testé un planeur hypersonique V-Max, capable d’atteindre une vitesse supérieure à Mach 5. Le programme a été lancé en 2019 par ArianeGroup et une deuxième version, le VMaX 2, devrait voir le jour et être testée l'année prochaine ou en 2025.

Le test du M51.3 intervient une vingtaine de jours après la signature, par le président russe Vladimir Poutine, de la révocation, par Moscou, de sa ratification du traité d'interdiction des essais nucléaires (TICE), un accord international visant à interdire les essais nucléaires et aboutir, à terme, à un monde sans armes nucléaires. Le Kremlin a officiellement justifié sa décision par la non-ratification par Washington et Pékin de ce traité mais sa révocation intervient sur fond de conflit en Ukraine et de crise avec l’OTAN.

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les arsenaux nucléaires de plusieurs pays, comme la Chine, ont augmenté en 2022 tandis que d'autres puissances nucléaires ont continué à moderniser leurs outils. Si le nombre total de têtes nucléaires parmi les neuf puissances nucléaires a baissé à 12 512 début 2023, contre 12 710 début 2022, le nombre de têtes qui se trouvent dans des stocks militaires pour une utilisation potentielle a augmenté.

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